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Pren“ers établissements en Afrique.
D'après une tradition adoptée par la plupart des historiens et même les plus sérieux, bien qu’on ne puisse l'appuyer sur des documents écrits, anciens du moins, ce furent des Normands qui, de 1364 à 1390, les premiers abordèrent aux côtes de Sénégambie et Guinée, et avec le consentement des indigènes, s’y établirent. « En effet, n'est-il pas bien sensible, dit Villaut de Bellefonds, de voir par toutes ces côtes quantité de baies, que les Mores appellent Baies de France, des places mêmes qui portent encore le nom de nos villes comme le Petit Dieppe, Paris, ete., être si fort abandonnées (4659) qu’il n’en reste plus que le nom et le désir aux habitants de les y revoir. »
I dit ailleurs d’une façon plus précise : «Comme la
France commençait à respirer sous Charles V des guerres et malheurs qu’elle avait soufferts sous le roi Jean, son père, les Dieppois de tout temps adonnés au commerce, équipérent, au mois de novembre de l’année 1364, deux vaisseaux du port d'environ cent tonneaux chacun qui firent voile vers les Canaries et arrivèrent vers Noël au Cap-Vert et mouillèrent devant Æio Fresca dans la baie qui conserve encore le nom de Baie de France... Au mois de septembre de l’année suivante, les marchands de Rouen s’associèrent à ceux de Dieppe et, au lieu de deux vaisseaux en firent partir quatre. Au commencement du règne de Charles VI, en 1380, ils équipèrent pour la même destination un vaisseau de cent cinquante tonneaux appelé la Votre-Dame de bon Voyage, et l’année suivante, partirent de Dieppe, le 28 septembre, trois vaisseaux nommés la Vierge, le Saint- Nicolas, V' Espérance... Or, par ce que dessus, je conclus que les Français ont les premiers habité ces terres, qu’ils les ont connues avant les Portugais, et que les Dieppois doivent avoir cet avantage, qui leur est justement dù, d’avoir été les premiers navigateurs de l'Europe *. »
Le capitaine qui commandait la première ou l’une des premières expéditions, Jean le Normand, surnommé Prunaut, était de Rouen. Longtemps après son départ, Charles V étant venu à Dieppe, entendit parler de ce voyage, en même temps que des inquiétudes que la longue absence du marin causait à sa famille et à ses amis, et il témoigna pour l’entreprise d’un vif intérêt. Par fortune, Jean le Normand et ses compagnons,
! Relation de Guinée, in-89 — 1669,
échappés à tous les périls de leur navigation, arrivèrent sur ces entrefaits. Le Roi voulut qu'ils lui fussent présentés et, après avoir entendu de Ja bouche du capitaine le récit de son voyage à la côte d'Afrique, il lui dit :
— Preux naute (hardi marin) Dieu vous maintienne ! Et en même temps qu'il l’anoblissait, il lui fit don d’une terre, le nomma «amirax de sa navie » et voulut qu'il s’appelàt Pru-naut lui et tous ses descendants,
Le manque de documents originaux ne saurait infirmer la réalité de ces faits établis par une tradition constante, « Il y a lieu de penser, dit avec raison, M. d’Avezac, que les éléments du récit publié par Villaut de Bellefonds, le premier des expéditions dieppoises en Guinée, au XIV: siècle, avait été puisé dans les registres de l’Amirauté de Dieppe que le bombardement de 16% a détruits. Dans tous les cas, le fait fondamental de l'établissement des Français à la Mine, au XIV‘ siècle, n’en demeurerait pas moins constaté par des témoignages antérieurs qu’on a pu ignorer ou perdre de vue, mais qui subsistent et dont on essaierait vainement de contester l'autorité !. »
Il ne semble donc pas douteux que les Français fréquentaient depuis longtemps la côte d'Afrique et sy étaient établis, encore que le Père Labat, quand, pour rédiger la Nouvelle relation de l'Afrique occidentale ?, il prit connaissance de tous les mémoires et documents contenus dans les archives de la Compagnie des Indes et du Sénégal, trouvàt que les anciens titres ne remontaient
‘ Notice des découvertes faites au moyen-dge dans l'Océan Atlantique.
3 5 vol, in-12 — 1798.
ANDRÉ DE BRAUE. 173
pas au-delà de 1626. Dès cette époque, nous voyons les Français authentiquement établis à l'embouchure du Sénégal (à Saint-Louis), mais dans des conditions qui prouvent que les établissements remontaient à une époque fort antérieure. Une Compagnie dite de Rouen, avait le privilége du commerce sur la côte et la possession et l'exploitation des établissements; elle en jouit jusqu’en 1664 où le mauvais état de ses affaires la forca de vendre à la Compagnie des Indes occidentales laquelle, en 1672, dut céder à lu Compagnie du Sénégal. À celle-ci succéda la Compagnie dite du Sénégal, côte de Guinée e4 d'Afrique (1681), dont les priviléges et établissements devinrent, en 1696, la propriété de la Comgagnie royale du Sénégal, cap Nord et côte d'Afrique. Ces changements continuels ne prouvent pas en faveur du système des Compagnies trop souvent fatal à nos colonies. Mais sur cette côte d'Afrique, plus qu'ailleurs peut-être, les résultats furent médiocres où même désastreux par suite de l’égoïisme mercantile et de l’étroitesse de vues qui dominaient chez les associés, sans souci de l'avenir, uniquement préoccupés du sucrèsimmédiat et de l’intérêt matérie]. En voici la preuve :
« On sera surpris, dit Labat, de ce que je ne dise rien de la manière dont le spirituel est administré dans les établissements où la Compagnie entretient des commis et d’autres officiers ; on aura raison ! mais je n’ai pu faire autrement, parce que ce point a été tellement négligé qu’il ne faut pas s'étonner que Dieu n’ait pas versé ses bénédictions sur des gens qui avaient si peu d'attention pour son culte. Je crois ne pas me tromper quand j'attribuerai à cela le désordre et la déroute de tant de