‹ Les marins français [microforme]Chapitre 1 sur 41 · RENE BRAY, LIBRAIRE-ÉDITEUR 82, RUE RONAPARTE · texte numérisé non relu

RENE BRAY, LIBRAIRE-ÉDITEUR 82, RUE RONAPARTE

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Les rivaux.

L'établissement des Français dans la presqu’ile de l’Inde ne remonte guère au delà de 1662. À cette époque un Français, vieilli au service de la compagnie hollandaise des Indes et que la compagnie française du même nom s'était attaché, parut dans le golfe Persique avec quelques vaisseaux. D'abord attiré sur la presqu’ile de Guzarale, il l’abandonna, cherchant un point central qui devint la base de ses opérations et crut l'avoir trouvé à Trinquemalé dans l’île de Ceylan. Mais le manque de ressources dans cette partie de l’ile fit que les nouveaux culons se virent à la veille de mourir de faim. Dens cette extrémité, ils remontèrent sur leurs navires et vinrent attaquer Saint- Thomé, appartenant aux Hollandais, dont ils s'emparèrent: mais six années après (1678), les Hollandais revinrent en force et à leur tour forcèrent les envahisseurs à leur céder la place. Les Français, assez nombreux encore et libres par

suite d’une capitulation honorable, vinrent s'établir sur la côte de Coromandel, dans le village de Pondichéry que le rajah de Gingi leur avait cédé.

Caron ayant péri sans doute, un officier du nom de Martin prit le commandement dont il se montra digne à tous égards. Grâce à lui la bourgade se transforma en un comptoir important, qui bientôt devint une ville entourée par des remparts, mais insuffisants encore pour la protéger quand les Hollandais, inquiets et jaloux de sa prospérité naissante, vinrent pour la détruire ou s’en emparer. Les assiégeants avaient eu d’abord la pensée de faire attaquer la ville par des troupes indigènes. Mais le rajah de Gingi, quand la proposition lui fut faite, la repoussa par cette noble réponse : « Non, les Français ont payé la place, elle est à eux. »

Les Hollandais ne s'emparèrent pas moins de Pondichéry qui nous fut rendu en 1697 par le traité de Ryswick, et Martin se vit réinstallé gouverneur. Cet acte de justice se trouva être en même temps un excellent calcul. « Politique habile et négociant éclairé, dit Dumont d'Urville, cet agent de la compagnie améliora ses affaires dans le continent indien. Sous son influence, Pondichéry devint une belle possession commerciale et un marché préféré par toutes les peuplades de l’intérieur. Martin traita d'égal à égal avec les rajahs des environs, eut chez eux des ambassadeurs et obtint une foule de concessions utiles. Sous ses ordres, les Français avaient perdu cette turbulence fanfaronne, cette légèreté imprévoyante qui leur avaient valu tant d'échecs; ils étaient devenus doux, modestes, appliqués. Grâce à ce concours d'efforts, Pondichéry put bientôt compter pour chef-lieu des comptoirs français dans l'Inde. »

A Martin succéda Lenoir, puis Dumas qui continua de

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développer notre établissement en obtenant de la cour de Delhy, avec le droit de battre monnaie, la céssion du territoire de Karikal. An milieu des guerres que se faisaient les indigènes, Dumas, dans sa prudente et loyale neutralité, sut imposer à tous le respect du nom français. Le nabab de Marcatte ayant été vaincu et tué par les Marattes, sa famille vint demander asile à la ville neutre de Pondichéry. Mais le vainqueur, Ragogi Boussola, envoya réclamer les proscrits par un de ses officiers à qui Dumas fit cette réponse magnanime :

— L'hospitalité de la France n’a jamais été une dérision ni une trahison ; la famille du nabab est sous la sauvegarde des colons de Pondichéry, il faudra les tuer jusqu'au dernier pour arriver à elle.

Le chef maratte connaissait Dumas ; sans insister, il se retira et Pondichéry continua de prospérer libre et tranquille sous le commandement de son gouverneur non moins habile que prudent.

Après lui, dit l’écrivain déjà cité, « vinrent deux hommes qui devaient jeter un bien vif éclat sur nos possessions indiennes, génies d’une tendance toute diverse, l'un plutôt civil, l’autre tout militaire ; celui-ci habile et profond, celui-là bouillant et ingouvernable, tous les deux fortement trempés et destinés à donner l'Inde tout entière à la France si, au lieu de se combattre, ils avaient pu combiner leurs efforts. Ces deux hommes étaient Dupleix et La Bourdonnais. »

Ce dernier s'était fait un nom par tout ce qu'il avait accompli en quelques années dans les îles de France et Bourbon, complétement dénuées de ressources quand la France en prit possession. Elles n'avaient encore qu'une colonisation bien peu développée, lorsque La Bourdonnais y fut envoyé par le ministre comme gouverneur

« Né à Saint-Malo en 1699, Mahé de La Bourdonnais, dit M. Barchou de Penhoen dans sa savante histoire, embarqué tout enfant, avait parcouru toutes les mers de l'Orient; versé dans les mathématiques, le commerce, la navigation ; doué d’une grande énergie de caractère, d’un esprit juste, droit, entreprenant, nul homme ne pouvait étre plus propre à ce poste important. Il s'y montra tout à la fois soldat, marin, agriculteur, ingénieur, architecte. Il fit cultiver les grains nécessaires à la nourriture des habitants qui jusque-là avaient dépendu pour cet objet, de tous le plus essentiel, de l’arrivée des navires; il introduisit la culture du coton, de la canne à sucre, de l’indigo; il naturalisa celle du manioc, malgré les préjugés populaires qui repoussaient cette nourriture. Des ouvriers de toute espèce se formèrent grâce à ses soins, de toutes parts s'élevèrent des magasins, des arsenaux, des batteries, des fortifications, des casernes. Il créait en même temps un gouvernement régulier, détruisait les nègres marrons qui infestaient l’île, organisait un vigoureux système d'administration. Son ascendant sur les habitants était tel qu'il n’y eut pas un seul procès dans la durée de son gouvernement qui fut de onze années ; les parties adverses ne manquèrent jamais de s'en remettre à son arbitrage. À son arrivée, les colons se servaient pour la pêche de grossières embarcations auxquelles ils pouvaient à peine faire les plus urgentes réparations; peu de mois après, il faisait ‘construire un brigantin dans lequel n’entrait pas un seul clou, une seule cheville qui n’eût été fabriquée dans les tles. En 1738, deux autres vaisseaux de trois cents tonneaux sortirent du port; un vaisseau de cinq cents plus tard armé en guerre s6 trouvait déjà sur les chantiers. » La colonie se trouvant ainsi en pleine voie de prospérité, La Bourdonnais revint en France où le rappelait la

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