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rospélait la
mort de sa femme. Là, malgré les intrigues et les misérables jalousies qui travaillaient à le desservir auprès de la covr, Fleury, dans la prévoyance d’une guerre avec l’Angleterre, voulut l’entretenir. Le premier ministre fut si satisfait de cette conversation aussi bien que des Mémoires que lui remit La Bourdonnais sur les affaires que, peu de temps après, le roi, par le conseil de son ancien précepteur devenu premier ministre, nommait le gouverneur des iles de France et de Bourbon au commandement d’une escadre destinée pour les mers de l’Inde. La Bourdonnais se rendit immédiatement à Brest d’où l’escadre, composée de sept vaisseaux montés par douze cents marins et cinq cents soldats, partit le 5 avril 1741, et, le 30 septembre, elle arrivait à Pondichéry. Là, pour la première fois, La Bourdonnais se rencontra avec Dupleix qu’il ne pouvait que tenir en très haute estime sachant les services rendus par lui aux établissements français de la côte de Bengale et de Coromandel.
« Fils d'un fermier général, dit l’auteur cité plus haut, Dupleix montra de bonne heure du goût pour la méditation et les sciences abstraites ; après avoir fait plusieurs voyages en Amérique et aux Indes Orientales et rempli diverses fonctions à Pondichéry, il fut nommé, en 1736, directeur du comptoir de Chandernagor. Cet établissement se trouvait dans l’état le plus déplorable : le port était habituellement désert ; quelques mauvaises baraques en bois, éparses çà et là, composaient toute la ville. Bientôt deux mille maisons en briques sortirent de terre comme par enchantement ; on compta dans leport jusqu’à soixante et soixante-dix navires appartenant à Dupleix et à ses associés. Il les employait au commerce de l'Inde dont, après La Bourdonnais, il fut le premier à s'occuper; il les envoyait jusqu’en Perse et en Chine. Cette prospérité des
comptoirs du Bengale, toute brillante qu’elle füt, ne suffisait pourtant point à couvrir les dépenses de la compagnie pour la totalité des établissements; le gouvernement de Pondichéry se trouvait endetté de 5,000,000 de livres. La compagnie imagina que Dupleix saurait reproduire dans cette dernière ville, les merveilles de Chandernagor ; il y fut donc envoyé comme gouverneur et réalisa toutes les espérances de la compagnie et au delà. En peu d’années, la prospérité de Pondichéry égala ou surpassa celle de Chandernagor; le théâtre étant plus vaste se trouvait par conséquent mieux en rapport aveo le génie de Dupleix. »
Dès leurs premiers rapports, des difficultés se produisirent entre ces deux hommes, dont l'entente auraïît été si désirable; leurs pouvoirs respectifs étaient mal définis. La Bourdonnais, supérieur comme soldat et marin, était très inférieur comme homme politique et ne comprenait pas les grandes vues de Dupleix qui révait de donner l’Inde à la France.
La prise de Madras.
Après avoir dégagé Mahé assiégé et bloqué par les Naïres, La Bourdonnais revint à l’ile de France où sa présence était nécessaire, En 1743, la guerre, longtemps imminente, éclata entre la France et l'Angleterre. Les deux compagnies anglaise et française des Indes semblaient d'accord
le suffinpagnie nent de vres. La re dans or; il y utes les années, elle de ait par Dleix. »
'oduisit été si définis.
n, était prenait r l'Inde
Naires, éserce nente, ompaaccord
au début pour assurer la neutralité des établissements des ne. deux nations en deça du cap de Bonne-Espérance. Mais | cette convention ne fut pas longtemps observée et les hos- 110 tilités eurent leur «satre-coup en Asie. Dupleix vit Pondik chéry menacé par une escadre auglaise. La Bourdonnais D. ne pouvait en ce moment Venir à son secours, l'ile de 1 France souffrait de la disette par suite dn manque de récoltes et du naufrage du Saint-Géran qui, chargé des provisions apportées d'Europe, avait sombré à l'entrée du 4 port. Malgré toute l’activité et le zèle déployés par La 0 Bourdonnais pour réunir une escadre dès le mois de mai À 1744, illui fallut attendre la venue des vaisseaux de France AW qui devaient arriver en septembre.
4 Mais par suite du contre-temps résultant de la négli- 4 à gence des directeurs de la Compagnie, ces navires n’arri- 4 vèrent qu’au mois de janvier 1746 et dans le plus triste hi. état ; car, durant la traversée, une violente épidémie avait Lo: enlevé la plupart des ouvriers de la marine. La Bourdon- M nais trouva moyen de compléter ses équipages, et le 24 D à mars, il faisait voile pour Madagascar d’où il comptait se 0 diriger sur l'Inde. Mais à peu de distance de Foulepointe, “NN au moment d'aborder, son escadre, composée de neuf ‘3 vaisseaux, fut assaillie d’une furieuse tempête qui la dis- UN persa. Le navire même, qui portait le commandant, ayant perdu ses trois mâts, ne pût qu’à grand’peine gagner l’iloi désert de Marone et ensuite la baie d’Antongile, où vinrent le rejoindre successivement tous les bâtiments plus ou moins retardés par des avaries souvent graves, sans compter que les équipages étaient épuisés de’ fatigue. Pour comble de malheur, quoique ce ne fût pas encore la saison des pluies, celles-ci commencèrer:t à tomber prématu- | rément et avec une violence inouie même pour ces cli- 4 mats ; la côte inondée devint un marécage dont les exha-
Eh néon Mmes, Pro otre
laisons pestilentielles furent fatales aux équipages décimés par une épidémie qui enleva beaucoup de matelots et de soldats. Au milieu de ces terribles épreuves et de cette complication de difficultés, La Bourdonnais ne sentit pas faiblir sa résolution et son courage se montra inébranlable et plus fort que les obstacles.
« Il construisit un quai en pierre, dit un historien bien informé, bâtit des ateliers assez larges pour qu’il füt possible d’y travailler aux mâtures, établit des forges, construisit une corderie. Ces premiers soins accomplis, il s'enfonça presque seul dans les forêts malsaines, pestilentielles pour y chercher le bois propre aux constructions navales. Pour amener ce bois jusqu’au rivage, il fallut franchir un marais en apparence impraticable et large d’une lieue. La Bourdonnais le traversa d’une longue chaussée, Il fallait encore traverser plusieurs fois une rivière d’un cours de sept lieues, et n’ayant pas assez d’eau pour faire flotter les arbres ; puis au-delà un bras de mer large d’une lieue ; il resserra le lit de la rivière et construisit des pirogues qui amenèrent enfin les troncs d’arbre jusqu'aux vaisseaux délabrés. Après auarante-huit jours employés à cesgigantesques travaux, l’escadre put reprendre la mer. » (4°° juin 1746.)
La Bourdonnais se mit aussitôt à la recherche des Anglais qu’il rencontra non loin du fort Saint-David. Leur flotte se composait de six vaisseaux seuls:ment, mais beaucoup plus forts que les nôtres. Cette différence se compensait d’ailleurs par la supériorité numérique des équipages, et La Bourdonnais, comptan, sur le courage des soldats et des matelote pour rétablir l'équilibre, n’hésita pas à ordonner le branle-bas général et il fi manœuvrer ses vaisseaux de façon à ce qu’on en vint le plus tôt possible à l’abordage.
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Mais l'amiral anglais Peyton qui savait que là était pour lui le danger, manœuvra habilement en sens contraire, tint ses navires à distance et le combat, qui se prolongea toute la journée du 26, eut lieu seulement à coups de canon. La victoire resta indécise ; les vaisseaux anglais avaient beaucoup souffert sans doute ; mais nos pertes en hommes étaient plus considérables.
La nuit sépara les combattants. La Bourdonnais gagna Pondichéry afin de réparer ses avaries et aussi d'obtenir les canons qu'il jugeait nécessaires pour rétablir l'égalité entre sa flotte et la flotte anglaise. Dupleix ne put lui en donner qu’un petit nombre. De là entre les deux chefs un échange de paroles assez vives où Dupleix n’eut pas tous les torts.
La Bourdonnais se remit à ia recherche des Anglais pour en finir avec eux; Peyton non-seulement évita le combat, mais même il abandonna complètement ces parages. La Bourdonnais revint alors au projet conçu par lui dès longtemps d’attaquer Madras, le comptoir le plus florissant des Anglais dans ces contrées ; il le savait défendu par une garnison assez faible qui comptait deux cents Européens seulement.
Le 3 septembre, la flotte française apparaissait devant la place, et, douze jours après, le 15 septembre, La Bourdonnais arrivait avec le matériel de siège et les troupes de débarquement comprenant onze cents Européens, quatre cents Cafres et quatre cents cipayes. Dès le 16, la place était investie ; le 18, commença le bombardement dirigé
particulièrement sur le quartier dit de la Ville Blanche, habité par les Européens et où s’élevaient les principales fortifications. Tout d’abord, les assiégeants s'étaient emparés d’un faubourg, y avaient établi des batteries dont les feux secondaient vigoureusement l'artillerie des navires.
La Bourdonnais sentait la nécessité de se hâter ; car l’escadre anglaise, qu’on avait annoncée, pouvait arriver d'un moment à l’autre et prendre la sienne entre deux feux. Les boulets et les bombes, partant des navires et des batteries avaient ruiné partie des édifices de la ville et ouvert une large brèche dans les remparts, ce qui rendait l’assaut assez facile, lorsqu'une députation se présenta au camp français. Le but des négociateurs, paraît-il, était de trainer les choses en longueur, dans l'espoir que la flotte anglaise pourrait arriver à temps encore. Aussi, au lieu de parler de capitulation, ils commencèrent par des plaintes sur la violation d’un territoire qu’ils prétendaient une dépendance du grand Mogol.
Mais La Bourdonnais, qui pénétrait leur dessein, coupant court aux doléances et récriminations, leur dit :
— Je n'ai fait, messieurs, que repousser la force par la forte ; ce sont vos compatriotes qui, les premiers, ont commencé les hostilités, en enlevant les vaisseaux français dans les ports neutres. Vous savez cela comme moi, aussi bien que moi. Aussi ne perdons point le temps en discussions oiseuses. Que voulez-vous de moi? Vous êtes venus ici, dans quel but ? pour demander une capitulation sans doute ?
— Pas précisément, reprend l’un descommissaires, mais dans l’espoir que vous consentiriez à lever le siège moyennant... un prix raisonnable,
— Messieurs, répondit l’amiral français, avec l'accent de l’indignation, je ne vends point l'honneur ; le pavillon du roi flottera sur Madras, ou je mourrai au pied des muraille.
À ces fières paroles, les commissaires s’étonnent, se troublent; néanmoins, reprenant bientôt leur sang-froid, ils répondent que, plutôt que de se rendre à discrétion, ils
car l’est arriver tre deux es et des le et oudait l’asau camp de trailotte an-
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se défendront jusqu’à la dernière extrémité, qu'ils ne peuvent admettre la pensée de livrer leurs femmes, leurs enfants, leurs alliés et eux-mêmes avec leurs propriétés, à la merci d’un vainqueur dont rien ne leur garantirait la modération.
— Messieurs, interrompit La Bourdonnais, vous rendrez votre ville et tout ce quelle renferme, et je vous promets sur mon honneur de vous la rendre moyennant une rançon ; fiez-vous à ma parole, et comptez, quant à la question d'intérêt, que vous me trouverez toujours accommodant.
— Mais qu’entendez-vous par être accommodant ? demanda l’un des commissaires.
— Ce que j'entends, reprit La Bourdonnais, le voici, monsieur : et prenant le chapeau de l’Anglais, il ajouta : Supposez avec moi que ce chapeau vaille six roupies, vous m’en donnerez trois ou quatre et ainsi de toutes choses.
Les envoyés insistèrent néanmoins pour que le prix de la rançon fut immédiatement fixé, et cette condition n’ayant pu être admise par le général français, ils retournèrent dans la ville pour délibérer et dans l’intention évidente de
* prolonger la négociation et gagner du temps. Mais immé-
diatement le feu recommenca plus terrible, et quelques heures après, le traité, tel que La Bourdonnais l'avait dicté, était signé par les plénipotentiaires. Les portes de la ville s’ouvrirent alors ; mais le général français, avant qu’on seul soldat y mit le pied, fit lire aux troupes un ordre du jour interdisant le pillage sous peine de mort. Au delà du pont-levis attendait le gouverneur ; il présenta son épée à La Bourdonnais qui de l'air le ca courtois s’empressa de la lui rendre.
Une fois en possession de la ville, La Bourlonnais s’oc:
cupa, d’accord avec le gouverneur, de l’exérution du traité. Toutes les valeurs, appartenant au gouvernementanglais et à la compagnie anglaise et estimées à la somme de 161,000 livres sterlings, furent embarquées sur des navires à la destination de Pondichéry, aussi bien que la moitié de l'artillerie et du matériel et 24,000 livres sterlings, plus une contribution de 1,000,000 de pagodes ou 440,000 livres sterlings.
La Bourdonnais, en échange de ces envois, pressait Dupleix de lui envoyer la ratification du traité comme gouverneur général des possessions françaises dans l’Inde. Mais Dupleix répondit par un refus péremptoire, s'appuyant sur c motif que La Bourdonnais avait outre-passé ses pouvoirs, et qu’il ne devait pas permettre à la ville de se racheter. La Bourdonnais lui opposa un extrait de ses instructions écrites qui disait : « Il est expressément défendu « au sieur La Bourdonnais de s'emparer d’aucun établis- « sement ou comptoir ennemi pour le conserver. »
Comme nous le disions plus haut, les instructions du gouvernement étaient fort peu précises. Dupleix voulait que Madras, comme jadis Calcutta, fût rasé jusqu'aux fondements et dans cet état rendu au nabab. Par là, il ruinait définitivement la puissance des Anglais dans l’Inde. Mais La Bourdonnais avait donné sa parole.
Celui-ci voulait partir dès les premiers jours d'octobre, sachant les dangers que cette saison pouvait faire courir à la flotte. Aussi accepta-t-il assez volontiers un compromis proposé par Dupleix et d’après lequel, pour laisser le temps d’enlever de Madras toutes les marchandises, l’occupation de la ville par les Français serait prolongée de trois mois; le commandant nouveau, nommé par Dupleix et confirmé par La Bourdonnais, s’engageait visà-vis des Anglais à leur remettre la place au terme fixé
lu traité. 1 nglais et % > 461,000 ‘4 ires à la é de l'ar- ‘À plus une 4 00 livres 3
Le Bourdonrais, cet officier installé, se hâta de mettre à la voile, car peu de jours auparavant, pendant la nuit, un ouragan terrible avait éclaté dont les suites avaient été désastreuses pour la flotte ; six vaisseaux, qui se trouvaient près de la côte, avaient été dispersés. L’un d’eux, de soixante-dix canons, eut tous ses mâts brisés ; un autre le duc d'Orléans, entrainé au large, y périt corps et biens. La Marie-Gertrude ayant échoué, quatorze hommes seu-
pressait lement de l’équipage purent gagner la terre. On conçoit $ comme que La Bourdonnais fût impatient de s'éioigner de cette s l'Inde. me côte funeste. Après une courte relâche à Pondichéry où ses ppuyant D relations avec le jouverneur général ne pouvaient qu'être assé ses De. fort difficiles, il se dirigea vers l'ile de France où déjà il le de se était remplacé.
ses ins- La Bourdonnais partit pour la France. A cause d2 la défendu guerre, il prit passage à bord d’ur navire hollandais. Mais établis- celui-ci fut rencontré en route paï un vaisseau anglais qui » voulut.le visiter et fit prisonniers les Français, invoquant ions du en vain la neutralité du pavillon sous lequel ils navilait que guaient. La Bourdonnais fut conduit à Londres, où l’ac- « fonde- cueil qu’il reçut lui fut un glorieux dédommagement. Parruinait tout sa présence excitait une admiration sympathique que le. Mais lui témoignaient les lords £e l’amirauté tout aussi bien que les matelots et les artisans. Il fut reçu par le roi, et les mi-
)ctobre, nistres tour à tour lui firent visite et se plurent à le félicourir à citer et le remercier de sa conduite à Madras. Le prince de promis Galles pareïillement témoiyna de son estime et de sa haute isser le considération pour l’illustre étranger. Il voulut le présenter s, l’oc- à sa femme à laquelle il dit :
igée de — Madame, je vous ::mène celui qui nous a fait tant de né par ‘4 mal.
ait vis- ê — Ah! Monseigneur, s'écria La Bourdonnais, ne m'anne fixé noncez pes ainsi, vous allez me faire regarder avec horreur.
T. Il, 9
Pr PR RARE nes an ant gnee
LEs MARINS FRA'ÇAiS.
— Ne craignez rien, répondit le prince, on ne peut
qu’estimer un sujet qui sert bien son roi et fait comme 4 vous la guerre en ennemi généreux autant que brave et b habile, : % ILest à croire que, par cette courtoisie, les Anglais le 1 remerciaient de son opposition aux plans de Dupleix bien À | plus dangereux pour eux. 143 Eu France La Bourdonnais fut mal accueilli ; on connai 4 #4. l'histoire de sa captivité à la Bastille, qui fut dure ; il finit 4
cependant par obtenir justice.
Si les historiens frança's ont été unanimes pour glorifier
la mémoire de cet homme illustre, les écrivains anglais ne 4
se sont pas montrés moins empressés à lui rendre justice, Li. $ témoin ce qu’en ont écrit Grant dans son History of Mau- 4 fic ritius Island, etMill: The History of Bristish India. Bien « Pr avant ceux-ci, Orn, presque contemporain, puisqu'il écri- n ‘©
vait moins de vingt ans après la mort de La Bourdonnais, n'avait pas craint de dire dans son History of the mililary transactions in India : « Ses plans étaient simples, « ses ordres clairs et précis; se montrant toujours au « niveau du service qu’on lui confiait, doué d’une appli- « cation infatigable, les difficultés ne servaient qu'à sti- « muler son activité; il excitait, par son exemple, le zèle « de ceux qu'il commandait. »
Ces paroles sont vraies surtout pour le marin ; mais dans sa querelle avec Dupleix, c’est celui-ci qui voyait le plus juste.
han etes a :
y ne peut it comme brave et
Anglais le ipleix bien
on connai re ; il finit
ur glorifier anglais ne dre justice, ry of Mau- India. Bien isqu'il écriurdonnais, f the milint simples, oujours au une applint qu'à stiiple, le zèle
; mais dans yait le plus
Disgrâce de Dupleix,
Dupleix avait à lutter dans l'Inde contre de grandes ditficultés. Dès l’année 1748 (26 juillet), l'amiral Boscawen paraissait devant Pondichéry avec treize vaisseaux de guerre et dix-neuf bâtiments de transport montés par quatre mille sept cents Européens. L’amiral Boscaven, à peine ar-. rivé devant la place, l’'investit par terre et par mer et poussa les travaux de siège avec la plus grande activité ; il comptait sur la supériorité de ses forces, car la garnison ne se composait que de cent Français et troi. mille Indiens protégés par des remparts jugés très insuffisants. Mais celui qui commandait dans la ville valait à lui seul une armée, et pour le seconder, il pouvaïi compter sur des soldats intrépides et sur un lieutenant aussi brave qu'intelligent, Paradis.
En peu de jours, les fortifications furent réparées et augmentées, appuÿées par de nouveaux bastions et des fortins dont l'artillerie liabilement servie faisait éprouver des pertes considérables aux assiégeants.
jans une sortie l’intrépide Paradis tomba mortellement blessé, mais Dupleix,s’improvisant général, n’en fit pas moins subir aux Anglais des échecs réitérés, et les pluies de l'arrière-saison venant à tomber, la maladie se
an rpm aan. = ;
‘mit dans ‘eur ctinp et avec elle le découragement. Bos-
cawen, dout les pertes s’élevaient déjà à plus de mille Européens tués ou”morts de maladie, sans compter les cipayes, se vit dans la nécessité, l'hiver approchant, de lever le siège après trente-cinq jours de tranchée ouverte. Pendant qu'avec d’extrèmes difficultés, il rembarquait ses troupes et son matériel, Dupleix triomphant faisait chanter un Te Deum dans toutes les églises de Pondichéry et par des missives expédiées en toute hàte il annonçait sa victoire à tous les nababs, au subliadar du Dekhan et au Grand-Mogol lui-même qui s'empressèrent à l’envi de lui adresser leurs félicitations. En Europe, cet événement n'eut pas moins de retentissement que dans j'inde. La France récompensa le vainqueur par le grand cordon rouge et le titre de marquis.
Dupleix cependant, daus ses patriotiques ambitions, jugea que c'était peu de chose d’avoir éloigné l'ennemi s’il ne tirait pas parti desa victoire et de l’in:luence qu’elle lui cr‘ait pour consolider ct étendre l'influence de la France dans l’Inde ; dans ses vastes projets il ne rêvaii pas moins que d’établir cette suprématie sur la presqu’ile entière, peut-être même de la conquérir. Le traité d’Aix la- Chapelle, en ramenant dans l'Inde la paix entre les deux nations, ne faisait que favoriser ses desseins parce qu'il lui laissäit la liberté d'action. Le premier il eut l’idée d'appliquer ce système dont les succès de l’Angleterre ont plus tard démontré l'efficacité, à savoir d'arriver à dominer les indigènes par les indigènes eux-mêmes, en intervenant habilement dans leurs querelles en profitant de l'anarchie où se trouvait la péninsule par suite de la dissolution de l'empire mosvl, tous les nababs travaillant à se rendre indépendants.
a Le fameux Nizam-el-Moulouk, qui s éta’ rendu indé-
pen rien vac:
trou céde nati s'ass Dup de avai en { expl
Ce dan:
le n trou que bab enr sou recu
M dait Jouk éter cent hui par qui Pon lim
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ent. Bosde mille pter les hant, de ouverte.
quait ses t chanter ry et par t sa vichan et au vi de lui énement ‘inde. La
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mbitions, anemi s’il qu'elle lui la France évaii pas qu’ile end’Aix la- | les deux e qu’il lui > d’appliont plus dominer tervenant ’anarchie lutiun de se rendre
du indé-
pendant dans le Dekhan, venait de mourir, dit un historien, Dupleix entreprit de mettre sur ce trône, devenu vacant, un soubab ou vice-roi qui, lui devant tout, se serait trouvé sous sa protection immédiate ; et il résolut de procéder de la même manière au sujet de la nabadie du Karnatic, province dont il importait d’autant plus de s'assurer que Pendichéry faisait partie de son territoire. Dupleix offrit la couronne du Dekhan à Mustapha et le titre de nabab du Karnatie à Chanda-Saïb qui, tous deux avaient de nombreux compétiteurs, mais avaient témoigné en tout temps pour les Français d’une sympathie qui expliquait le choix de Dupleix. »
Celu:-ci prête à l’un et à l’autre de l’argentet des troupes; dans une grande bataille livrée à Amour (23 juillet 1749), le nabab d’Arcate est tué à l’âge de cent septans; ses troupes se dispersent et Mustapha et Chanda-Saïb vainqueurs sont proclamés, sur le champ de bataille, l’un soubab du Karnatic, l’autre soubab du Dekhan. Tous deux, en reconnaissance des services rendus, donnent en toute souveraineté d’immenses territoires à Dupleix qui les reçoit pour la compagnie des Indes.
Mais dans le Dekhan un compétiteur redoutaÿle attendait Mustapha, Nazerzingue, second fils de Nizam-el-Moulouk. Tous les princes feudataires s’étant rangés sou ses étendards, il commandait à une armée de plus de trois cent mille hommes que suivaient treize cents éléphants et huit cents pièces de canon. Mistapha, abandonné de ses partisans, en est réduit à se livrer lui-même à son ennemi qui le fait aussitôt enchaîner. Chanda-Saïd trouve asile à Pondichéry que semble menacer cependant l’approche de l'immense armée ennemie.
La fortune paraissait abandonner Dupleix qui, lui, ne s’abandonnait pas. Alors que sa situation semblait plus
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critique, il préparait une éclatante revanche, en ménageant une de ces révolutions de palais, si fréauentes dans les pays orientaux et qui font comme partie des habitudes du pays. Tout en négociant un traité de paix avec Nazerzinque, ses affidés pratiquaient les nababs de celui-ci et les amenaient à conspirer contre leur souverain qui, un matin, tombait frappé de deux balles, Par un de ces revirements soudai :s si fréquents dans ces contrées, Mustapha, le prisonnier auquel, peu d’instants auparavant, son oncle avait ordonné de couper la tête, était proclamé soubab à sa place, c'est-à-dire souverain de plus de 35,000,000 de sujets, et se voyait ac:lamé par l’armée même de son rival.
Quelques jours après, l’heureux Mustapha entrait à Pondichéry, où Dupleix lui fit une réception des plus solennelles, L’artillerie tonnait, les cloches sonnaient à toute volée, ‘es tambours battaient aux champs, pendant que Mustapha s’asseyait sur ua trône magnifique, où il voulut que Dupleix prit place à ses côtés.
À ces honneurs il ajouta des témoignages de reconnaissance plus positifs, de nouvelles et immenses concessions territoriales qui, de Khrisna au cap Comorin, ne comprenaient p:s moins de deux cents lieux de côtes: puis de grandes largesses pécuniaires, en outre de 600,000 livres tournois à partager entre tous les membres de la famille de Dupleix, et un: gratification de 1,250,000 livres pour le corps européen qui avait contribué à la victoire. Dupleix voyait réalisés, dépassés tous les rêves de son ambition; mais une catastrophe inattendue allait de nouveau tout remettre en question.
. Mustapha partit pour prendre possession desa soubabie. Mais en route une sédition éclata, ct le prince, victime de son imprudence, tombait sous les balles des rebelles, avant que Bussy, qui commandait le corps français, püt
ménates dans abitudes Nazerciet les malin, rements , le prile avait sa place, jets, et
itàPon-
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à toute ant que | voulut
connaiscessions :omprepuis de 0 livres famille cs pour Dupleix 1bition ; au. tout
ubabie.
time de ebelles, ais, pût
LA BOURDONNAIS ET DUPLEIX, La
arriver. pour le secourir. La position des Européens eût été critique sans le sang-froid et l'énergie de Bussy qui fit immédiatement proclamer soubah Salabetzingue, frère du mort, prince faible et incapable, mais tout dévoué en apparence aux Français, à qui il fit don de quatre nouvelles provinccs.
Muis si de ce côté la situation semblait satisfaisante, il n'en était pas de même dans le Karnatic où Dupleix, pour maintenir Chanda-Saïd, avait à soutenir une guerre d'autant plus rude, que les Anglais, effrayés des progrès de la puissance française dans l'Inde, s'étaient déclarés les protecteurs de Mehemet-Ali-Kan, le compétiteur deChanda- Saïd. Le génie de Dupleix cependant était à la hauteur des difficultés que lui créait cette alliance, bien qu'il eût à lutter contre des officiers tels que Lawrence, Saunders et surtout Clive depuis si célcbre. Malheureusement les moyens matériels lui manquaient trop souvent, et tandis que les renforts arrivaient sans cesse aux généraux anglais, Dupleix recevait à peine, à de longs intervalles, des recrues peu nombreuses. Il eût été facile au ministère d’expédier pour l'Inde quelques régiments qui auraient suffi pour assurer à Dupleix la supériorité de toute munière ; mais le ministère restait sourd aux réclamations du gouverneur général, et la compagnie faisait de inème.
Après avoir poussé aux acquisitions territoriales, elle s'était subitement refroidie à ce sujet, et quand Dupleix insistait pour de nouveaux sacrifices nécessaires afin de continuer la guerre, la compagnie, jugeant la situation à distance et au point de vue de ses intérêts commerciaux mal compris, répondait : la paix ! la puit! et refusait les hommes et l'argent. Bien plus, la compagnie comme le ministère, habilement circonvenus par les in{rigues des émissaires anglais, décidèrent de remplacer Dupleix. Au mo-
ment où le gouverneur général, après de graves échecs dans le Karnatic, se croyait en mesure de prendre sa revanche et d'établir définitivement la puissance de la France sur toute la péninsule, il vit arriver l’un des directeurs de la compagnie, nommé gouverneur à sa place et en même temps chargé de traiter de la paix (1754). Godeheu, sourd à tous les conseils de Dupleix, entra en pourparlers avec Saunders, diplomate habile autant que soldat intrépide, et finit par siguer un traité de paix à des conditions telles qu'un historien anglais ‘ a pu dire, ironiquement sans doute : « Il est douteux qu'aucune nation ait jamais fuit d’aussi grands sacrifices à l'amour de la paix que les Français en cette occasion. »
Par ce traité, en effet, les Français perdaient tous les avantages qu'ils avaient conquis au prix du sang de tant de braves; les Anglais au contraire oblenaient tout ce pour quoi ils avaient combattu et cela au prix d’engagements illusoires, comme la suite devait trop le prouver.
Dupleix, au désespoir de voir ainsi crouler par la base le magnifique édifice de cette grandeur à laquelle il avait consacré tant de talent et d’efforts, prit passage à bord d’un navire qui le ramena en France où l’at'endaient les plus criantes iniustices. Il mourut en pleine’ disgrâce en 1763, au lendemain de la publication d’un mémoire où il disait notamment :
« J'ai sacrifié ma jeunesse, ma fortune, ma vie à combler d’honneurs et de richesses ma nation en Asie... De « malheureux amis, de trop faibles parents, des citoyens vertueux consacrent tous leurs biens pour faire réussir « mes projets... ils sont maintenant dans la misère. Je me
de Vilkes.
s échecs b sa reà France eurs de même , Sourd rs avec répide, hs telles t sans ais fuit S Fran-
ous les de tant t tout d’enrop le
base le | avait d d’un s plus 1763, disait
com- .. De oyens éussir Je me
« soumets à toutes les formes judiciaires; je demande, « comme le dernier des créanciers, ce qui m'est dû. Mes « services sont des fables, ma demandeest ridicule; je suis « traité comme le plus vil des hommes. Je suis dans la « plus déplorable indigence. Le peu de bien qui me reste «est saisi; j'ai été obligé d'obtenir des arrêts de sur- « séance pour n'être pas trainé en prison. »
La postérité a relevé Dupleix encore piüs que La Bourdonnai:. Si celui-ci reste un des plus habiles marins de la France au dix-huitième siècle, Dupleix est l’un des plus grands hommes d’État à cette époque. Les Anglais euxmêmes ont reconnu que c’est en s'inspirant des procédés de Dupleix qu'ils ont pu s’assurer la possession de l'Inde. Qu: le faible gouvernement de Louis XV ait compris les plans de ce grand homme et les ait favorisés, et l'Inde était française.
La victoire de Négatapam.
Suffren Saint-Tropez (Pierre-André de), né le 13 juillet 1726, au château de Saint-Cannat en Provence, embarqué comme garde-marine dès l’âge de dix-sept ans sur le vaisseau le Solide, fut, après plusieurs campagnes où il fit preuve d'autant de sang-froid que d'intelligence, nommé enseigne en 1748. (‘est en cette qualité qu’il servait sur le navire le Monarque qui, après s'être vaillamment défendu contre l'amiral angiais Haw, dut amener son pavillon. La paix, signée la même année, rendit Suffren à la liberté, Le repos ne pouvait convenir à ce caractère bouillant. Il se rendit à Malte, et ayant fait ses preuves contre les corsaires barbaresques, il fut reçu chevalier, puis commandeur de l'Ordre et enfin baülli. Ce titre devint pour lui comme une sorte de surnom ou plutôt de prénom glorieux et populaire par lequel il fut connu du public et plus tard
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désigné par les historiens. « La postérité, & dit judicieusement un écrivain, n’a pas voulu séparer son propre nom de ce titre précieux qui ne s’obtenait alors que par des preuves éclatantes de bravoure. Le bailli de Suffren apparait dans nos annales comme l’une dus dernières grandes fisures de cette milice vénérable de Malt:. qui sut acquérir dans le monde chrétien tant de gloire et de célébrité, » Lors de la reprise des hostilités en 1755, Suffren revint en France. Embarqué sur le Dauphin-Royal, puis sur l'Orphée, comme lieutenant, il prit part au combat livré entre Majorque et Minorque par la Ga'issonnière à l’amiral Bvng, et à la suite duquel les Français victorieux s’emparèrent de Port-Mahon. L'année suivante fut moins heureuse pour Suffren de nouveau prisonnier des Anglais par suite de la capture de l'Océan sur lequel il naviguait. Üu échange le rendit à la liberté au bout de quelques mois. Nommé capitaine de vaisscau, après une croisière dans le Levant, 11 prit le commandement du Fantasque, faisant partie de l’escadre de l'amiral d'Estaing. Suffren, dans un poste secondaire, rendit des services que, plus d’une fois, l'amiral se plut à signaler ; mais, pour mettre pleinement en relief les talents comme le courase du célèbre bailli, il fallait un vaste théâtre, il lui fallait le commandement en chef. Les circonstances allaient lui donrer l’un et l’autre. La France avait conservé dans l’Inde quelques établissement que les Anglais menaçaient comme ceux des Hollandais. Ces derniers proposèrent à la France une alliance maritime bientôt conclue et dont le premier résultat fut l'envoi d’une escadre française au secours de la colonie du cap de Bonne-Espérance vers laquelle on savait que le commodore Johnson se dirigeait avec une flotte. L’escadre française, composée de cinq vaisseaux et deux frégales, était commandée par le bailli de Suffren, nommé
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récemment chef d’escadre. Averti que l’escadre de Johnson avait relàché à Praya, l’une des iles du Cap-Vert, 11 va l'y chercher, l’aitaque et lui fair éprouver de telles avaries qu'elle ne put continuer sa route, et la colonie du Cap, au lieu des Anglais ennemis, a la joie de saluer l’arrivée des Français victorieux, ses libérateurs. Après avoir débarqué au Cap les troupes destinées à renforcer la garnison, le bailli mit à la voile en se dirigeant vers l’ile de France où il fit sa jonction avec l’escadre dn comte d’Orves, et tous deux arrêtèrent le plan de la campagne qu’on allait entreprendre dans la mer des Indes. Les deux escadres réunies, formant une floite de cnze vaisseaux, (rois frégates, trois corvettes et huit bâtiments de transport sur lesquels, outre les munitions et l’artillerie, étaient embarqués trois mille hommes de troupes aguerries, firent voile pour la côte de Coromandel. Mais bientôt l’amiral d'Orves, malade, remit le commandement en chef au bailli de Suffren; la grande et glorieuse carrière de l’illustre marin commençait.
La flotte française, toujours continuant sa route pour Pondichéry, rencontra, le 17 janvier 1782, à quelque distance de Madras, l’amiral anglais, sir William Hughes, chargé de couvrir avec sa flotte Trinquemalé dans l’île de Ceylan. L’amiral anglais, jugeant l’occasion favorable pour combattre la flotte française gênée par la protection de ses transports, vint hardiment l’attaquer. Mais le bailli n'était pas homme à se laisser surprendre ; se plaçant résolàment entre son convoi et la flotte anglaise, il salua celle-ci par un feu terrible, s'attaquant particulièrement, avec le Héros qu'il montait, au vaisseau amiral le Superbe, bientôt désemparé, ainsi que plusieurs autres navires qui cussent probablement été pris ou coulés bas, si tout à coup une brume épaisse, suivie d’un violent ouragan, ne fût veuue séparer les deux adversaires.
Suffren alors, pendant que les Anglais regaguaient péniblement Trinquemalé, continua sa route pour Pondichéry et débarqua à Porte-Nuovo ses trois mille Français qui bientôt s'emparèrent de Gondelour. Ces troupes devaient prêter au besoin aide et concours au célèbre prince hindou Haider-Ali-Khan, l’ennemi déclaré des Anglais, avec lequel Suffren signa un traité d'alliance offensive et défensive, Puis le bailli remit à la voile pour aller à la recherche de la flotte anglaise qui, de son côté, s'était réprrée. Une première rencontre eut lieu à la hauteur de Rovedieu, à l’est de Ceylan, mais sans résultat décisif, quoiqu‘on se füt canonné pendant “inq heures. Il n’en fut pas de même à la bataille de Négatapam (6 juillet 1782), où les deux flottes se retrouvèrent en présence. De nouveau une furieuse carnonnade s’engagea entre le Héros et le Superbe qui ne fut pas moins maltraité que la première fois; l’amiral anglais vit son capitaine de pavillon tué à ses côtés. Plusieurs de ses navires, le Honarque, le Worces'er, n'ayant pas été moins maltraités, il dut s'éloigner. Le bailli qui attendait des renforts en hommes et en vaisseaux de l’île de France, se rapprocha de la côte.
Dans ce combat de Négapatam, le vaisseau français, le Sévère, se vit tout à coup exposé au feu de plusieurs navires eunemis. La situation était critique; le capitaine la crut désespérée et il donna l’ordre d’amener son pavillon. Les officiers, qui ne partageaient pas les craintes de leur chef, encourageaient :eurs hommes à la résistance, quand ils virent tout à coup descendre du grand mât le pavillon. Un cri de douleur et d’indignation s'échappe de toutes les poitrines.
— Que faistu Ià, malheureux ? s’écrie l’un d’eux nommé Dieu, au matelot placé près du grand mât et qui faisait glisser la corde, |
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LE BAILLI DE SUFFREN 3h
— J'exécute l’ordre du capitaine.
L'officier hors de lui court à son chef qu'il aperçoit à quelques pas, l’interpelle avec véhémence : « À quoi pensez-vous, Monsieur, lui dit-il, quand le vaisseau n'a pas une avarie sérieuse, avec un équipage déterminé et brave, des officiers résolus, et à peine quelques hommes tués ou: blessés, vous songez à vous rendre ? Ni les munitions, ni les armes, ni les hommes ne nous manquent et le combat doit continuer. »
Cela dit, laissant le capitaine atterré, il s'élance dans les batteries où les artilleurs que sa voix électrise redoublent leur feu. La mousqueterie, habilement dirigée, ne fait pas moins de ravages sur les navires ennemis dont la manœuvre semble hésitante et incertaine. Dieu, par une manœuvre heureuse et hardie, dégage le Sévère qui regagne son poste dans l’escadre. Le capitaine cependant s'était décidé, après l’algarade du lieutenant, à faire relever son pavillon; mais cela ne put empêcher cette épigramme toute française et dont s’amusèrent fort officiers et matelots :
— Le capitaine du Sévère avait voulu se rendre aux Anglais, mais Dieu ne l’a pas voulu.
Après le combat, sir William Hughes envoya un parlementaire pour réclamer, au nom du roi d'Angleterre, un navire français qui s'était rendu à un bütiment anglais. puisqu'on l'avait vu amener son pavillon.
— Vous répondrez à l'amiral, dit Suffren à l’envoyé, qu'il n’est point à ma connaissance qu’un de mes vaisseaux. se soit rendu. Si par un événemevt quelconque ce malheur l'üt advenu, sachez que je serais allé moi-même l'enlever au milieu de l'escadre anglaise. Mais dites à M.Hughes,que s’il croit de son devoir d’insister, il peut venir chercher ce vaisseau lui-méme.
L’Anglais se le tint pour dit.
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