‹ Les marins français [microforme]Chapitre 24 sur 41 · Pélerinages de Bretagne, par Hippolyte Violean · texte numérisé non relu

Pélerinages de Bretagne, par Hippolyte Violean

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A peine âgé de vingt-trois ans ‘ et aspirant de marine de première classe, Marceau reçut la croix pour un glorieux fait d'armes, lors de l'expédition de Madagascar, en 1829. Grâce à son initiative, et par une intelligente diversion, tout un détachement, qu’on jugeait perdu, fut sauvé.

La suite répondit à ces débuts, Enseigne de vaisseau en 1831, lieutenant en 1836, Marceau obtint le commandement du bateau à vapeur le HWinos, et bientôt après, pendant une relàche à Gibraltar, il montra que chez lui l’intrépidité s’anissait à la générosité des sentiments. Le Pembroke, vaisseau anglais de soixante-quatorze, que la menace d'une tempête avait forcé de chercher le port, ne put arriver à temps et se trouva engagé tout à coup au milieu des LU

1. Il était né le 1er mai 1806, ‘à Châteaudun,e dont son pére était sous-préfet,

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rochers et chassant sur ses ancres. Le péril était tel que le commandant d’un vapeur anglais, qui se trouvait aussi en

rade, n’osa appareiller pour porter secours à ses compa -

triotes. Plus hardi, Marceau chauffa sa machine et s’appro-

cha du Pembroke pour lui offrir ses services. Remercié assez froidement, il n’en resta pas moins toute la nuit, qui fut terrible, à portée du vaisseau anglais dont le comman-

dant, sir Parker, le matin venu, voyant le naufrage immi-

nent, dut réclamer le secours du Minos. Le Pembroke fut

alors remorqué heureusement dans le port, où les deux

navires se virent accueillis par des hourras d’enthousiasme

et des cris répétés de : Vive la France! Le lendemain, le

capitaine du Minos, étant descendu à terre, se trouve tout à coup, dans la grande rue de Gibraltar, en face d’un régiment anglais dont le colonel le reconnait. Aussitôt, par l'ordre du chef,chaque peloton, en passant devant le Français, lui porte les armes et les officiers le saluent de leur épée. Sir Parker également, avant de quitter le port, avait fait arborer au grand mât le pavillon français salué de plusieurs coups de canon. Nobles témoignages d’une juste

gratitude qu’on est heureux de pouvoir rappeler !

Voici qui atteste, avec une intrépidité rare, un merveil-

leux sang-froid. « Le machiniste du Minos, dit un biographe, s'étant laissé aller au sommeil, l’eau manqua et£la chaullière rougit. On court au commandant. Il ordonne au machiniste de descendre... Épouvanté du péril, celui-ci hésite... Marceau tire son pistolet, le lui met sous la gorge, descend avec lui... En un clin d’œil, il a vu le danger et le

remède... Un instant de retard ‘et un accident terrible

avait lieu ‘ », i

1. Auguste Marceau, capitaine de frégale, par un de ses amis, — deux vol, in-12.

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Le jeune Marceau, ayant perdu son père de bonne heure, se trouva, dès l’âge de quatorze ans, exposé aux plus dures épreuves. « Pour toute richesse, il ne lui restait que l’épée de son oncle ; la lourde carabine qui l'avait étenäu mort sur le champ de bataille; l’affection d’une sœur, le cœur de sa mère... et sa propre énergie. »

C’est à celle-ci comme au dévouement de sa mère qu'il dut de pouvoir continuer ses études, et d’entrer à l’école polytechnique dont il fut un des élèves distingués. Par choix et par goût, il se destinait à l’armée de terre, mais il en fut détourné par un ami de sa famille, officier supérieur, qui lui dit :

— Comment pouvez-vous songer à entrer dans une carrière où s’est distingué un parent du même nom que vous ? Vous devez viser à une gloire indépendante et personnelle. DT DT. |

Le jeune homme écouta le conseil, un peu par raison et, comme on l’a vu, il n'eut point à le regretter. Il avait de Vambition mais, confiant dans son mérite, il savait atten-

” dre, et se refusait fièrement à toute sollicitation ; il disait :

« Ayons patience et faisons notre devoir; notre tour vien. dra. » Il avait de lui-même une haute idée: « J'ai été fou d’ambition et d’orgueil, écrivait-il en 1849; je ne sais ce que j'aurais fait pour mériter le regard d’un chef.» Et encore: « Séduit par mes idées d’homme ayant un rôle à jouer, j'avais fini par me croire un être indispensable, et destiné aux plus grands emplois. »

On voit que, parmi ses qualités à cette époque, on ne pouvait compter l'humilité, Il y avait plus d’une ombre Æncore au tableau. D'une réserve qui n’était pas exempte de Jhauteur vis-à-vis de ses chefs, Marceau se montrait sévère dans le commandement, ne passant rien à ses subordonnés, Aussi quelques-uns l’avaient surnommé la terreur

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des matelots, et l’on affirme que la seule menace faite par les autres capitaines d'envoyer sur son bord les sujets récalcitrants était souvent plus efficace que les punitions.

Par un motif parfois léger, il se laissait emporter à des violences terribles, comme le témoigne cette anecdote : a Un jour, le chien qui le suivait, n'ayant pas répondu assez tôt à son appel, il le saisit avec colère et le lança brutalement par la porte. C'était au café. Un habitué qui entrait reçut l'animal en pleine poitrine et Marceau du s’excuser !. »

Sauf le sentiment de l'honneur et une générosité instinctive, il ne connaissait pas de frein dans sa fougue indomptable ; par le malheur de son éducation au collège, il était resté étranger à ces saintes croyances qui, seules, donnent une règle de conduite infaillible, et forcent la nature rebelle à lutter contre les entraînements des passions. Sorti des écoles avec la complète ignorance de la religion, il n’avait pas tardé, par de fatals contacts, à passer de l'indifférence à l'hostilité. Sur le pont d’un navire, en revenant d’Aiger, il se rencontra un jour avec un prêtre zél$ qui parut vouloir l’entretenir des intérêts de son âme. Mais, aux premiers mots, Marceau l’interrompit en disant brusquement :

h« Si vous voulez, monsieur, causer avec moi science, physique, mathématiques, j’y consens. Quant à la religion, j'ai la mienne, gardez la vôtre!»

Or, la sienne, c'était un étrange amalgame d'idées philosophico-saint-simoniennes dont il disait plus tard: « Un ami m'interrogeant sur mes opinions religieuses, l’embarras où je me trouvai me prouva que je n'avais que des

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