‹ Les marins français [microforme]Chapitre 25 sur 41 · Auguste Marceau, par nn de ses amis · texte numérisé non relu

Auguste Marceau, par nn de ses amis

idées vagues qui ne pouvaient aboutir à rien de pratique. » Bien des années après, un officier, disant devant jui: « À trente-cinq ans on est un homme et l’on doit savoir se conduire!» Marceau répondit à la grande stupéfaction de l'officier « À trente-cinq ans, moi. je n'étais qu’une bôle. »

Lorsqu'il parlait ainsi, il était commandant de l’Arche d'alliance. Un matelot de ce navire, rencontrant un ancien compagnon, celui-ci lui dit: «Où es-tu maintenant ? — A bord de l’Arche d’alliance.— Quel capitaine ? — Capitaine Marceau. — Ah! pauvre garçon, je te plains ! — Oui, mais M. Marceau d'aujourd'hui n’est plus M. Marceau d’autrefois.— Alors, reprit l’autre avec un sourire d’incrédulité, il faut qu'il ait terriblement changé ?

— Oui, terriblement, comme tu dis, ou plutôt merveilleusement, car c’est maintenant, vois-tu, l’homme le plus doux, le plus patient, et bien fin qui pourrait le surprendre en colère. — Allons donc, pas possible, à moins d’un miracle ! — Ce miracle a eu lieu, la religion aidant, qui a fait du satané capitaine, comme d’aucuns lappelaient, ce qu’il est aujourd’hui, un père pour les matelots, si secourable, si charitable, au point qu’il mériterait, disait un anglais de Sidney, qu’on le canonisât de son vivant. — Ah! bien, si celui-là est converti, il faut que tout le monde y vienne et le diable lui-même doit penser à se faire ermite.»

Or, ce que disait le matelot à son cam arade n’était que l’exacte vérité. Au milieu de ses plus grands écarts, il y avait chez Marceau, avec un fonds de droiture naturelle, le besoin immense de la vérité. Frappé au cœur par un deuil de famille, la mort d'un neveu qu’il aimait tendrement, il sentit s’éveiller en lui des pensées nouvelles par le besoin de consolation pour sa sœur et pour sa mère non moins que pour lui-même. Puis, les conseils, les entretiens

d'amis chrétiens, accompagnés de lectures sérieuses faites de bonne foi, ouvrirent, la grâce aidant, ses yeux à la lumière. Un officier de ses amis, chrétien pieux qu'avait savent sontristé son incrédulité, le retrouvant, au retour + voyage, si différent de lui-même, après l'avoir fé ::., lt demanda comment cela était arrivé. « J'ai fait ce que vou: m'avez dit, répondit Marceau; j’ai lu, j'ai prié, et le Ciel u fait le reste. »

k Une autre fois, dans une réunion où il se trouvait, parlant encore de sa conversion, il disait : « Sachez-le, j'ai été impie comme quelques-uns de vous le sont peut-être ; nul plus que moi n’a détesté le christianisme ; mais je dois lui rendre celte justice que, tant que je n’ai pas été chrétien, j'ai été malheureux, profondément malheureux... Je n’ai pas vécu jusque-là : non, ce n’était pas vivre ; je m’agitais ou plutôt mes passions me tiraient, m’entrainaient ; mais je ne vivais pas... Non, je n'étais pas un homme, j'étais une machine, »

Une fois entré dans la voie du bien, notre offivier, avec son caractère généreux et ardent, n’y marcha pas seulement d’un pas ferme, il y courut, il y vola ; cédant à l’influence supérieure qui semblait le destiner à quelque vocation spéciale, il étonna même de bons chrétiens par la pratique de vertus qui, dans leur pieuse harliesse, rappelaient les saints héros de la primitive Église. On le vit à Lorient, où il commandait le Vautour, assister en grand uniforme, le cierge et le chapeau à la main, aux processions de la Fête-Dieu. Comme quelques-uns s’en étonnaient.

— Quoi! répondit-il, j’ai été publiquement incrédule, et apôtre, hélas! trop ardent du mensonge, et je ne trouverais pas juste de réparer, aulant qu’il est en moi, le scandale donné à la société ?

— On se garderait bien, disait-il, un autre jour, de paraître devant les princes sans le costume militaire et vous voudriez que je le quittasse devant le Roi des Rois ?

Mais cette pratique assidue était chez lui vivifiée par l'esprit. Admirable était son humilité, admirable sa charité, comme la sévère pureté de ses mœurs. Heureux d’avoir contribué à ramener à la foi plusieurs personnes de sa famille, sa bien-aimée mère en particulier, il travail! ‘t, avec zèle mais avec prudence et douceur, à éclairei ses anciens camarades el amis, et aussi ses inférieurs, sont i! se faisait au besoin le catéchiste. Quelle sollicitude :aricut il montrait pour les mousses ! La vertu chez lui terduit tout d'abord à la perfection héroïque et, pour dire le :ot, à ia sainteté. Certains de ses actes semblent de :::x ue, dans une époque comme la nôtre surtout, on peut proposer plutôt à l'admiration qu’à l'imitation, celui-ci par exemple :

« Il était en station à Brest. À deux lieues de cette ville, se trouve une chapelle célèbre dédiée à Sainte- Anne. Le lieutenant, pour satisfaire sa dévotion et se vaincre lui-même, fit ce trajet, pieds nus, par un chemin mauvais et rocailleux, sans craindre les moqueries que sa conduite pouvait lui attirer, ou plutôt pour s’y exposer lui-même. Ses pieds étaient ensanglantés. Racontant cela à son directeur dont la prudence avait quelquefois besoin de le retenir et dont il écoutait humblement les conseils, il disait: «Plusieurs me traitent de fou ; mais c’est ce qu’il me faut, mon Père; l'orgueil est mon vice principal ; faut qu'il plie cet orgueil '.»

Un autre jour, dans son désir de ramener à Dieu une personne qu'il voyait au désespoir par suite d'une perte

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