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306 s LES MARINS FRANÇAIS.
abandonner son bâtiment et passer surle Kernosprick, 4 dont bientôt les deux mâts de perroquet tombaient sous | le feu du Centaure. Mais cette lutte désespérée, inouie t devait avoir un terme. Îl y avait six heures entières qué le ‘ Centaure combattait. Quel sujet pour un peintre! Un f
seul vaisseau au milieu de quatorze qui le foudroient; f toutes ses manœuvres hachées, tontes ses voiles empor- é tées ou lacérées par la mitraille, sa grande vergue brisée, C ses mâts de hune croulant, son mât d'artimon ne tenant le plus que par artilice, ses mûâts majeurs entamés jusqu'au re cœur par les boulets, tous ses haubans coupés, tous ses L ponts ravagés, faisant eau de toutes parts, en ayant plus
de six pieds dans la cale, et par dessus cela noyé dans le el sang de ses défenseurs, que domine la fière et résiguée se figure de Sabran, toujours debout, au milieu des morts Q et des blessés, de Sabran, image du dévouement du ré
marin pour ses frères, et qui ne se laisse enlever par l'ennemi qu’au moment où le silence de ses canons lui a appris que toutes ses poudres sont mouillées et qu’il n’y a plus d’artilleurs vivants pour servir ses pièces; qu'au moment surtout où il s’est assuré que le sacrifice du Centaure a dù faire le salut de toute une escadre française, {l était sept heures ct demie du soir quand les quatorzo vaisseaux de Boscawen se rendirent maitres du vaisseau de Sabran. Oa fut obligé de le trainer à la remorque, et la pompe à la main, jusqu’à Gibraltar pour l'empêcher de couler bas ». Le dévouement de Sabran avait en effit sauvé les autres vaisseaux français qui avaient pu prendre la haute mer ou gagner un port neutre, mais la f‘lonie anglaise rendit ce dévouement inutile pour quatre de ces vaisseaux que des bâtiments anglais allèrent enlever ou brûler jusque sous les canons des forts portugais,
Dans la désastreuse journée du 20 novembre 1759, un
rnosprick, baient SOUS rée, inouie ières que le peintre! Un foudroient ; iles emporrgue brisée, jn ne tenant nés jusqu'au pés, tons ses an avant plus noyé dans le e et résiguée eu des morts vouement du : enlever par .
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‘embre 1759, un
officier se dévoua comme Sabran. Le chef d’escadre Saint- André du Verger, qui commandait l’arrière-garde et montait le Formidable, essaya d’arrêter la flotte anglaise et soutint l'effort de douze vaisseaux ennemis. Il fut tué, son frère le remplaça pour tomber à son tour mortellement frappé. Malheureusement l’amiral de Conflans n'était pas capable de profiter du dévouement de Saint-André. Quelques vaisseaux seulement échappèrent au désastre, les uns avec le chef d'escadre de Beaufremont purent se réfugier sous l'ile d'Aix, les autres, avec Villars de Labrosse, gagnèrent l'embouchure de la Villaine.
Avant de passer aux marins de Louis XVI, nous citerons encore quelques noms. Nous avons parlé du hardi corsaire bordelais Rozier, ce ne fut pas le seul. Thurot s’ac- Quit par ses exploits dans les mers du nord une grande réputation; il était devenu la terreur du commerce anglais. Avec une escadre de cinq frégates ou corvettes, il devait opérer une diversion sur les côtes d'Écosse pendant que Conflans et La Clue avec leurs flottes menaceraient les -côtes anglaises La défaite des deux flottes françaises n'arrêla pas l’intrépide corsaire; il sortit de Dunkerque avec -sa petite escadre, échappa à l’amiral anglais Boys et parut devant Aberdeeu, jetant par sa seule présence l’alarme dans toute l'Écosse. Une tempête le réduisait à trois petites frégates; il n’en poursuivit pas moins son expédition, refusant de rentrer en France sans avoir débarqué sur une terre auglaise. [l enleva la ville de Cuick-Fergus en Irlande, @ il revenait lorsqu'il fut attaqué par une escadre supérieure. Il en aurait peui-être triomphé s’il n'avait été mortellement frappé. La petite division fran- Gaise se rendit, La mort de Thurot fut célébrée en Angleterre à l’égal d’une grande victoire, tellement le hardi corsaire, encore tout jeune, s’était fait redouter. On pour-
em pére ce ed mere tm im
Pr
rait nommer les capitaines corsaires Cornick et Potier. Du reste, du 4° juin 1756 au 1°" juin 1760, les corsaires français prirent, d’après le relevé même des registres de Londres, deux mille cinq cent trente-neuf bâtiments, tandis que les Anglais n’en enlevèrent que neuf cent quarante quatre, pour la plupart navires de pêche.
Citons encore un trait de hardiesse du capitaine corsaire Canon. Escortant un important convoi pour la Canada, il arriva lorsque déjà le drapeau anglais flottait sur Québec. Prévenu tardivement, le capitaine Canon reprenait en toute hâte le chemin de la France, lorsque trois des bâtiments du convoi, parmi lesquels le Senectère échouèrent non loin de Québec. Une frégate anglaise fut détachée pour s’en emparer. Le commandant du Senectère, voyant toute défense impossible, descendit avec son équipage dans les canotls, après avoir mis le feu à une mèche qui communiquait avec la sainte-barbe de bâtiment. Les Anglais étaient à peine montés sur le Senectère, qu’une détonation se faisait entendre et qu'ils sautaient avec le bâtiment. En même temps, le capitaine Canon que montait le Machault, faisait attaquer la frégate anglaise privée d’une partie de son équipage par une chaloupe que montaient quarante marins ; la frégate fut enlevée à l’abordage, et Canon la ramena en France avec son convoi presque entier ; il n’avait perdu que les trois bâtiments gui avaient échoué dans le Saint-"aurent.
Nous terminerons ici avec les marins de Louis XV; toutefois, M. Bathild Bouniol ayant avec raison consacré une notice à Dupleix, le grand homme à qui la France faillit devoir l’empire des Indes, nous nous reprocherions de ne pas citer au moins ses deux principaux auxiliaires, l'ingénieur Paradis et le général Bussi, quoiqu’ils ne soient pas des marins, Paradis fut, avec Dupleix, l’âme
Potier. Du ires frangistres de bâtiments , cent qua-
taine cori pour la ais flottait ine Canon e, lorsque Senectère nglaise fut du Senec- It avec son feu à une > bâtiment.
Senectère, s sautaient Canon que te anglaise aloupe que ée à l’aboron convoi bâtiments
ouis XV; ison con- > à qui la s reprochepaux auxiquoiqu'il leix, l’âme
de la défense de Pondichéry assiégée par l’amiral Bos- <cawen; quoique manquant de ressources, il avait mis la ville en état de résister aux Anglais; ilinspirait aux soldats une telle confiance, que ceux-“i, jouant sur son nom, répétaient qu’ils suivraient Puradis jusqu’en enfer. Lorsqu'il tomba dans une sortie en repoussant les Anglais, ce fut un deuil général; mais Dupleix, s’improvisant ingénieur et général, sut le remplacer.
Joseph Patissier, marquis de Bussi-Castelnan, fut l’épée de Dupleix : il se signala par des exploits réellement fabuleux, traversant l'Inde avec quelques centaines de soldats ; attaquant et mettant en fuite des armées innombrables, Ainsi, en 1757, Bussi, menacé par le soubab Salabet-Sing, qui par suite des intrigues des Anglais, s'était tourné contre les Français, quoiqu'il leur dût le trône, traversa un pays inconnu à la tête de six cents Français devant une armée de plus de cinquante mille hommes. Arrivée à Hyderabad, il s'arrêta et fit face aux Indiens qni assiégèrent cette petite troupe dont ils se flattaient d’avoir facilement raison. Bussi, sans se laisser effrayer par le nombre des ennemis, faisait chaque jour des sorties heureuses qui tenaient les assiégeants à distance. Il avait prévenu Dapleix de sa situation, et celui-ci lui envoya un secours de six cents hommes commandé par le lieutenant Law de Lauriston. Cette petite troupe débarqua à Masulipatam et marcha sur Hyderabad. Les Français traversèrent en plein jour l’arméo de Salabet-Sing, stupéfait de leur audace. Avec ses douze cents hommes, Bussi se préparait à attaquer le camp indien, lorsque le soubab elfrayé demanda la paix. Elle lui fut accordée àjdesconilitions qu’il accepta et dont la première était le renvoi &e son ministre, vendu aux Anglais. Puis le général français retourna au Dekkan avec quelques centaines de Français pour pro-
pires nana aneanameenaenanrenenen mens
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téger le prince indien contre ses sujets et contre les. 1 Anglais et assurer l'influence de la France. « Les Anglais n’ont à aucune époque fait rien de plus extraondinaire (
dans l’Inde », dit avec raison Léon Guérin, après avoir
raconté cette merveilleuse campagne de Bussi. Celui-ci, du reste, savait faire reculer les Anglais aussi bien que les Indiens, et après la soumission du soubab du Dekkan - d qu’ils n'avaient pas eu le temps de secourir, il les força à abandonner les comptoirs de Madapoläm, d’Ingeram, de Raudermalanka, de Vizogapatam et de Mazulipatam. L'Inde était à la France si le gouvernement français l'avait voulu, et soumise à la France, elle serait devenue chrétienne, car, et c'est notre honneur, la croix marche toujours avec notre drapeau.
La guerre d’Amériquêé
Le héros, le grand homme de la marine française pendant la guerre de l'indépendance américains a été le bailli. de Sultiren ; M. Bathild Bouniol lui a consacré une notice spéciale, ainsi qu’à Du Couédic, le commandant de la Sur-veillante ; mais, pendant cette guerre qui a relevé la France des humiliations de la guerre de Sept ans et substitué le traité honorable de Versailles au désastreux traité de: Paris, d’autres marins se sont distingués qui méritent dé:
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ne pas être oubliés; rRous rappellcrons quelques-uns de leurs exploits sans faire une histoire complète de la guerre qui nous entrainerait trop loin.
Au moment n'ême où finissait la guerre de Sept ans, le ministre Choiseul, dont on doit blàmer la légèreté et condamner absolument la campagne pour la suppression des jésuites, mais qui ne manquait pas de sens patriotique, s’occupait avec Praslin, de reconstituer la marine. française. Leurs efforts ne furent pas inutiles, et c’est en partie à eux que Île roi Louis XVI et la France durent de pouvoir soutenir brillamment la lutte contre la marine anglaise, étonnée d’une résistance à laquelle elle était loin de s’attendre.
Nous avons eu à diverses reprises l’occasion de signaler le respect de la marine française pour ses vieilles traditions ; lorsqu'un marin s’est illustré, elle ne manque pas de conserver son souvenir en donnant son nom à un bâtiment de guerre. Il y a toujours dans la marine un bâtiment qui s’appelle le Laclocheterie, et il rappelle le souvenir du lieutenant de vaisseau qui,montant la Belle-Poule, un autre nom également conservé, livra le premier engagement de la guerre de l'indépendance anéricaine.
La guerre n'était pas encore déclarée, mais les Anglais, peu scrupuleux, n'avaient pas l'habitude d’attendre une déclaration de guerre pour commencer les hostilités, on le savait par expérience dans la marine française et les officiers se tenaient sur leurs gardes. Le lieutenant de vaisseau Chaudeau de Laclocheterie, avec la frégate la Belle-Poule, de vingt-six canons, se trouva le 17 juin 1778, dans les eaux de Brest,en vue d’une escadre anglaise ; il prit chasse, mais fut atteint par la frégate l’Aréthuse, de 28 canons, commandant Marshall, Le commandant anglais, qui était par le travers de la Belle-Poule, à porté
de pistolet, somma Laclocheterie de se rendre auprès du se chef de l'escadre britannique. Sur le refus de celui-ci, il lu lui envoya toute sa bordée ; il était six heures du soir, il et à cause de la faiblesse du vent les deux bâtiments gu manœuvraient difficilement. Laclocheterie riposta et le de combat fut acharné et sanglant. Sur la frégate française, l’a la plupart des officiers étaient blessés ou tués ; Lacloche-
terie, atteint lui-même de deux blessures, restait à son poste m de commandement. Après cinq heures de combat, l’Aré- ur thuse, dont le feu était éteint, allait être forcée de se et rendre, lorsqu'une brise favorable lui permit de prendre s0 la fuite. Laclocheterie ne pouvait la poursuivre sans s'ex- lo: poser à tomber au milieu de l’escadre anglaise ; il regagna ni le port de Brest, où on lui fit une réception enthousiastes de ainsi qu’à son équipage décimé. Il fut bientôt après nommé re
capitaine de vaisseau dans les circonstances suivantes : « Le commandant de Laclocheterie faisait une partie de piquet chez le comte de Maurepas, dit Lonchamps, Histoire des événements de la guerre de 1772; le roi entra et ne voulut point qu’on se dérangeât. Alors quelqu'un des assistants ayant dit que M. de Laclocheterie avait beau jeu, Sa Majesté prit la parole et ajouta : « M, de Laclocheterie a beau jeu partout. » Un moment après, ie roi s’adressant à cet officier, lui dit: « J’ai des reproches à vous faire, M. de Laclocheterie, je ne vous croyais pas si inconstant. — Comment, sire, ai-je pu mériter ? — Oui, je sais que vous êtes infidèle à la Belle-Poule.— Moi, sire. — Ne cherchez pas à vous défendre ; il est sûr que vous la quittez pour un vaisseau de soixante-quatre canons. » À ces mots, M. de Laclocheterie se jette aux pieds du roi qui le relève avec bonté. » L’anecdote n’est-elle pas charmante ?
Le capitaine de vaisseau de Laclocheterie, sur son vais-
iprès du Jui-ci, il du soir, ätiments sta et le rançaise, aclocheon poste t, l’Arée de se prendre ins s'exregagna ousiastes s nommé ivantes :
artie de Histoire ra et ne u’un des ait beau Lacloches, ià roi roches à s pas si ) — Oui, Moi, sire.
que vous anons. »
is du roi as char-
son vais-
seau l’Hercule, se montra digne du commandement qui lui était confié ; il se signala dans diverses rencontres, ot il promettait à la marine un de ses chefs les plus distingués, lorsqu'il tomba mortellement frappé dans la bataille des Saintes, le 12 avril 1782, en essayant de dégager l'amiral de Grasse.
Après l'affaire de la Belle Poule et quelques autres du même genre, la guerre était engagée. Le 8 juillet 1772; une flotte française forte de trente-deux vaisseaux de ligne et quinze frégales ou autres bâtiments, sortait de Brest sous le commandement du lieutenant général Louis Guillouet, comte d’Orvilliers. C'était un élève de La Gallissonnière, et il passait avec raison pour le plus habile tacticien de la marine française. Quelques jours après, d’Orvilliers rencontrait, près d’Ouessant, la flotte anglaise que commandait l’amiral Keppel. Les deux marins luttèrent d’abord d’habileté pour s'assurer l’avantage de la position, mais l'amiral français l’emporta. La bataille s’engagea le 27 juillet ; elle se termina à l'avantage des Français, mais elle aurait été décisive et elle aurait amené la destruction de la plus grande partie de la flotte anglaise, si le duc d’Orléans, qui commandait l’escadre bleue, avait compris et exécuté les ordres de l'amiral et suivi les conseils de Lamothe Piquet, l’habile et vaillant marin qu’on lui avait donné pour guide. La victoire n’en était pas moins incontestable, d’Orvilliers offrit vainement le combat aux Anglais ; Keppel, dont le rapport fut accusé de mensonge par ses propres officiers, n’osa point recommencer la lutte; il se retira à la faveur de la nuit, cachant soigneusement ses feux pendant que la flotte française étalait les siens, et gagra le port de Plymouth. L'effet moral de la victoire d'Ouessant fut immense, non seulement en France, mais dans toute l’Europe, et même en Angleterre. Il existait
donc une marine qui pouvait tenir tête à la marine anglaise. Dans son récit du glorieux combat, Léon Guérin signale la messe qui fut dite sur chaque vaisseau le matin même: «Un recueillement. solennel régna sur chaque vaisseau ; une multitude de braves s'inclinaient alors devant autant d’autels qu’il y avait de vaisseaux dans l’armée, et sous les mains bénissantes des aumôniers, hommes saints, courageux et dévoués.» Nos marins n’en étaient pas moins vaillants pour être chrétiens, et d’Orvilliers, l'habile amiral, était d’une haute piété,
L'année suivante, d'Orvilliers se trouvait dans la Manche à la tête d'une flotte encore plus considérable; il devait faciliter la descente en Angleterre d’une armée commandée par le maréchal de Vaux. Les lenteurs de la flotte espagnole qui ne le rejoignit que tardivement, puis le scorbut qui décima ses équipages, l’empêchèrent de réaliser les grands projets formés. Toutefois son habileté et son dévouement réduisirent les Anglais à cacher leur flotte ; leur pavillon n’osait paraitre dans cette mer de la Manche où ils se prétendaient les maitres. Dans cette campagne, sa dernière, d’Orvilliers donna une preuve éclatante de son dévouement : son fils unique mourut dans ses bras, à bord de la Bretagne ; il n’en conserva pas moins son commandement, rerplissant sa mission jusqu’au bout. « Il puisait dans un grand fonds de piété joint à l’amour du pays, dit Léon Guérin, la force d’accomplir son devoir jusqu’à la fin de la campagne. »
Le comte Duchaffaut remplaça d’Orvilliers dans le commandement de la flotte ; il s'était acquis une belle réputation pendant la guerre de Sept ans. A la bataille d’Ouessant, il commandait comme lieutenant général l’une des trois escadres ; il montait la Couronne; il vit tomber son fils frappé sous ses yeux, sans quitter son commandement
qu'il bles:
A lieut cam!
flotte vaiss angl prisc quat rcsq| de |:
Lato décla désir que, aucu la vi son énco che, Lato cano ilen Ave rous( angl dec Jac
* la n Lato deux vaiss
marine n Guérin le matin
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a Manche il devait mmandée bite espae scorbut aliser les é et son ur flotte ; la Manche :ampagne, latante de ses bras, moins son ’au bout.
à l’amour son devoir
ins le comlle réputallc d’Oues-
| l’une des tomber son nandement
qu'il conserva jusqu’au moment où il reçut une grave blessure à l’épan'e, qui mit ses jours en danger,
À côté de d'Orvilliers et de Duchaffaut se distinguait le lieutenant-général Levassor de Latouche-Tréville, Dans la campagne de 1779, il commandait une des divisions de la flotte, Envoyé en avant avec une escadre légère de cinq vaisseaux, il enleva, presque sous le canon des côtes anglaises, plusieurs bâtiments parmi lesquels l'Ardent. La prise de ce vaisseau amena entre les commandants des quatre frégates qui l'avaient pris une curieuse et chevaleresque discussion ; chacun d’eux prétendait à l'honneur de la victoire; ils soumirent le débat à l'arbitrage de Latouche-Tréville, qui avait assisté au combat et qui déclara « que tous les quatre s'étaient montrés animés du désir de bien faire, avaient manœuvré également bien et que, l’Ardent s'étant rendu au milieu des quatre frégates, aucun m'avait le droit de s’attribuer plus particulièrement la victoire.» Latouche-Tréville vit débuter sous ses veux son neveu qui était appelé à une célébrité plus grande encore ; d’abord connu seulement sous le nom de Latouche, il prit ensuite, à la demande de son oncle, celui de Latouche-Tréville. Commandant une frégate de vingt-six canons, l’Hermione et croisant dans l’ouest de l'ile Dieu, il enlava deux corsaires anglais qu’il amena à La Rochelle, Avec la même frégate, il attaqua, de concert avec Lapeyrouse, qui commandait lAstrée, une flotte marchande anglaise que convoyaient six bâtiments de guerre ; deux de ces bâtiments, la frégate le Charlestown et le votre le Jack furent enlevés; les autres n’échappèrent que grâce à la nuit, En 1782, au moment où la guerre allait finir, Latouche-Tréville et le lieutenant de Vallongue, avec les deux frégates l’Aigle et la Gloire atiaquèrent l'Hector, vaisseau de soixante-quatorze canons, et le maltr.itèren
tellement qu’il coula peu de jours après. Rencontrées par toute une division anglaise, les deux frégates se jetèrent dans le Delaware ; la Gloire put passer, mais l’Aigle dont le tirant d’eau était plus grand s'échoua ; toutefois Latouche-Trévills put sauver son équipage. Ces débuts présageaient le brillant amiral du Consulat,
Un des amiraux de la guerre d'Amérique, d'Estaing, avait servi d’abord dans l’armée de terre ; il avait déjà une trentaine d'années et occupait un grade supérieur, lorsqu'il fut envoyé dans l’Indo. Après la défaite de Lally, fait prisonnier par les Anglais, il s’'échappa, se rendit à l’ile de France où ilarma deux bâtiments avec lesquels il fit une campagne des plus hardies. Il enleva un bâtiment sous les murs de Mascate, prit d’assaut divers forts et comptoirs, s’empara de plusieurs vaisseaux, se révélant marin.
Au commencement de la guerre d'Amérique, d'Estaing, promu licutenant général des armées de mer, fut appelé au commandement de la flotte envoyée au secours des Américains. L’un de ses premiers exploits fut de forcer brillamment l'entrée de la passe de Newport et il aurait détruit la flotte anglaise, si le général Sullivan, menacé par les Anglais, n”: ait demandé avec instance à l’amiral français de lui envoyer des secours. Une tempête qui survint mit en grand hasard la flotte française, et le Languedoc que montait d'Estaing, courut les plus grands dangers. Tout désemparé, le Languedoc fut atlaqué par un vaisseau anglais, le Renown qui, ignorant qu'il avait affaire au vaisseau amiral et découragé par la résistance qu'il rencontrait, ne poussa pas l'attaque à fond.
En 1779, d'Estaing, par un hardi coup de main, s’em-
pare de la Grenade. Il était à peine maitre de l'ile qu’on signalait une flotte anglaise commandée par l’amiral
trées par
jetèrent igle dont bis Latouts présa-
l'Estaing,
déjà une lorsqu'il r, fait prià l’ile de ilfit une t sous les pmptoirs, in.
\’Estaing, ut appelé cours des de forcer il aurait , menacé \ l'amiral > qui sur- , le Lan- 1s grands laqué par u’il avait résistance
in, s’emile qu’on l'amiral
Byron. Le combat s’engagea le G juillet ; il fut sanglant, mais se termina à l’avantage des Français. Byron qui, en voyant le drapeau français flotter sur la Grenade, avait compris qu'il était arrivé trop tard, se retira précipitamment à la Jamaïque.
Un échec à Savannah, dans une attaque combinée des Américains et des Français contre les Anglais, mit fin au commandement de d'Estaing, quoique le vice-amiral français, se rappelant qu’il avait servi dans l’armée de terre, eût lui-même conduit les colonnes d’assaut, l'épée à la main. Rappelé en France, d'Estaing qui, à une incontestable bravoure et à une réelle habileté maritime, joignait de la hauteur ct un caractère difficile, conserva de son espèce de disgrâce, quoique le roi lui eut fait un accueil des plus flatteurs, un mécontentement qui contribua sans doute à le jeter quelques années plus tard dans le parti révolutionnaire, Commandant de la garde nationale de Versailles les 5 et 6 octobre 1789, lorsque la populace parisienne marcha sur le château, d'Estaing joua un rôle peu digne de lui, laissant attaquer les gardes du corps sous prétexte qu’il n’avait pas d'ordre. L'homme n’était pas à la hauteur du soldat et du marin. Cette faiblesse, qui était peut-être une complicité, ne l’empêcha pas d’être plus tard une des victimes de la Révolution.
Il est deux autres officiers généraux de ia guerre d’Amé: rique qu’on ne saurait, sans injustice, passer sous silence, Lamothe-Piquet et Guichen. Né à Rennes en 1720, le comte Toussaint-Guillaume de Lamnothe-Piquet entra dans la marine à l’âge de quinze ans; de bonne heure, il fut considéré comme un des plus habiles tacticiens de la marine française. À la bataille d'Ouessant, il assistait le duc d'Orléans qui commandait l’escadre bleue, et si le prince avait suivi ses conseils, la victoire des Français eut
eo ads soute men pren
PAR CNE AG AR CO née comen dm mn —
été décisive. Il commandait lo vaisseau l’Annibal, dans la pa flotte de l'amiral d'Estaing, au combat de la Grenade, et ur, plus que tout autre il contribua à la victoire ; un moment, q' il dut soutenir l’attaque de plusieurs vaisseaux anglais. Au au mois de décembre, ave: trois bâtiments seulement dont d’e , l'Annibal, il osa attaquer une escadre anglaise de quatorze ch vaisseaux qui poursuivait un convoi de vingt-six navires lig escorté par une seule frégate, Par une manœuvre auda- an. cieuse, il dégagea la frégate et sauva plus de la moitié de Sa la flotte, Quelques semaines après, malgré la présence de cot l'escadre anglaise, il ee nduisait un convoi de la Martinique du
à Saint-Eustache. En 1780, escortant avec quatre vaisseaux les une flotte marchande, il rencontrait à sept lieues de Saint- lier Domingue l’escadre de l'amiral Hyde Parker, beaucoup fois plus forte ; il l’attaquait résolument et par deux fois la àa forçait à la retraite. [l se préparait à une troisième attaque vai lorsque, voyant qu'elle était renforcée, il se retira, avec la un flotte marchande, dans le port du Cap Haïtien, sans que ils
les Anglais osent s'opposer à son passage. En 1781, avec Gu
six vaisseaux et quatre frégates ou corvettes, il enleva un s0 convo: de vingt-deux bâtinents qui apportait en Europe Ce
les richesses enlevées par l’arniral Rodney dans les Antilles sut françaises. Le commodore Hotham, qui escortait le convoi pas avec deux vaisseaux et deux frégates, prit la fuite sans gla essayer de le défendre. dés
Le comte de Guichen servait, comme chef d’escadre, à del la batail'e d'Ouessant ; il montait la Ville de Paris, beau po vaisseau de cent canons, construit en 1762 avec l'argent d’une souscription patriotique des Parisiens. Attaqué par Ch deux bâtiments anglais, le Foudroyant, de quatre-vingt de canons, et le Victory, de cent canons, monté par l'amiral J'ai Keppel lui-même, 11 les força à labandonner. Mais le rie
principal titre de gloire du comte de Guichen est sa cam-
bal, dans la
| Grenade, et
un moment,
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rt-six navires œuvre audala moitié de \ présence de la Martinique tre vaisseaux ues de Sainter, beaucoup deux fois la sième attaque retira, avec la ien, sans que in 1781, avec , il enleva un it en Europe ns les Antilles rtait le convoi la fuite sans
if d’escadre, à le Paris, beau
avec l'argent s. Attaqué par e quatre-vingt té par l’amiral nner. Mais le en est sa cam-
pazne de 1780 comme lieutenant général, Guichen avait ur flotte de vingt trois vaisseaux ; il arriva à la Martinique le 25 mars. L’amiral anglais Rodney avait des forces au moins égales, et cependant il ne se souciait nullement d'engager le combat, Il essaya d'abord d'échapper à Guichen ; se voyant forcé de combattre, il voulut couper la ligne française, mais vit ses calculs déjoués. Les vaisseaux anglais furent fort maltraités et Rodney dut quitter le Sandwich de quatre-vingt-dix canons qui était prêt de couler. Toutefois, malgré les efforts de Guichen, ce combat du 17 avril, glorieux pour les Français, n'était pas décisif; les Anglais avaient pu se retirer. Une deuxième affaire eut lieu le 15 mars près de Sainte-Lucie ; comme la première fois, il fallut toute l’habileté de Gui.:hen pour forcer Rodney à accepter le combat. Les Anglais, qui avaient perdu deux vaisseaux se dérobèrent pendant la nuit. Le 19 mars dans un troisième combat, les Anglais furent encore battus et ils profitèrent de la nuit pour se réfugier à la Barbade. Guichen, qui avait eu son fils, lieutenant de vaisseau, tué sous ses yeux, fit jusqu’au bout son devoir de général. Ces trois journées donnaient aux Français une grande supériorité dans les Antilles, et si les Espagnols n'avaient pas paralysé par leurs lenteurs l’amiral français, les Anglais auraient perdu toutes leurs possessions. Guichen, désolé de ses retards, se chargea d’escorter en France deux importantes flottes marchandes qu’il amena à bon port.
Nous mentionnerons encore, le lieutenant général du Cheyron du Pavillon, l'inventeur d’un nouveau système de signaux, qui se distingua comme cheï d'état-major de l'amiral d'Orvilliers à la bataille d’Ouessant et se lit glorieusement tuer à la bataille des Saintes ; le capitaine de vaisseau Kersaint, digne héritier d’un nom déjà célèbre
dans la marine, qui, portant des dépêches, sut, avec une seule frégate, échapper à une escadre anglaise et faillit même enlever une des frégates lancées à sa poursuite ; le capitaine de vaisseau de Borda, celui qui a donné son nom au vaisseau-école de Brect, un savant et un soldat en même temps ; montant le Solitaire et ayant avec lui un autre vaisseau et deux frégates, Borda fut attaqué par huit vaisseaux anglais ; il soutint la lutte jusqu’à la dernière extrémité et ne rendit le Solitaire qu'après une héroïque résistance; la ville de Dax, patrie de Borda, lui éleva une statue ; le lieutenant de vaisseau de Rumain, en qui d'Estaing signalait un marin du plus grand avenir, et qui, après de brillants débuts, tomba mortellement frappé dans un combat inégal dont peut-être il serait sorti vainqueur ; le corsaire Royer, de Dunkerque, auquel Louis XVI fit remettre une épée d'honneur en récompense de ses exploits. Après un combat opiniâtre, Royer avait forcé un bâtiment anglais à amener son pavillon ; une chaloupe, montée par onze marins, allait amariner le vaisseau anglais, lorsque le capitaine fit tirer dessus et la coula ; il se flattait d’avoir ainsi suffisamment. affaibli le corsaire français pour pouvoir l'enlever ; mais Royer, indigné de cette perfidie, aborda lui-même le vaisseau anglais dont le capitaine et une partie de l’équipage furent passés au fil de l'épée, Royer fut tué dans une lutte qu'il engagea avec trois frégates seulement contre quatre frégates anglaises de force supéie ure qui durent battre en retraite,
Nous terminerons par un soldat, le marquis de Bouillé, qui a joué un rôle si important au début de la Révolution. Gouverneur de la Martinique, Bouillé enleva successivement l’ile de Saint-Domingue, l'ile Saint-Eustache, les iles Saint-Martin et Saba et l’ile Saint-Christophe. Dans cette dernière expédition, il fut un moment pris entre le
at, avec une ise et faillit oursuite ; le iné son nom n soldat en avec lui un qué par huit : la dernière ne héroïque a, lui éleva ain, en qui enir, et qui, frappé dans vainqueur ; uis XVI fit nse de ses ait forcé un e chaloupe, le vaisseau la coula ; il | le corsaire indigné de glais dont le Jassés au fil ngagea avec es anglaises te.
s de Bouillé, Révolution.
ra successiache, lesiles . Dans cette is entre le
défenseurs de Saint-Christophe et des troupes d ‘barquées par l’amiral Hood; il battit le corps de débarquement ct força ensuite la ville à capituler.
La marine sous la Révolution.
Ce qu'on ne sait pas suffisamment, c'est que la Révolution française a été pour la marire française la plus mauvaise époque; jamais, même aux plus tristes jours du règne de Louis XV, après les défaites de La Clue et de Conflans, aux dernières années de la guerre de Sept ans, la marine française n'avait été réduite à uné telle situation. Et cependant, au début de la Révolution, la marine française était sans contredit la deuxième du monde; elle avait fait trembler et reculer la marine anglaise pendant la guerre de l'Indépendance américaine, et depuis la paix de Versailles, le gouvernement réparateur de Louis XVI n'avait pas cessé de la développer et renforcer. Dans la guerre d'Amérique, on avait remarqué la faiblesse des étatsmajors, ce qui,si quelques officiers étaient mis hors de combat, risquait de laisser les vaisseaux sans commandement, Des mesures fort bien combinées avaient été prises pour remédier à ce danger. Mais la Révolution commence et tout change immédiatement, Périsse la marine française, mais que les idées révolutionnaires triomphent. Les offi-
ui ds
ciers de marine sont suspects, alors même qu'ils n’appartiennent pas à la noblesse, et les états-majors sont désorganisés, On prêche la révolte aux marins comme aux soldats ; toute discipline disparait. Des équipages refusent de partir ; ils refusent même de se battre, et les officiers sont obligés de laisser des bâtiments anglais parfois plus faibles que les leurs s’arroger en leur présence le droit de visite sur les navires de commerce français, parce que les matelots ne veulent pas leur obéir. Des révoltes ont lieu dans les ports et sur les bâtiments; des officiers supérieurs et généraux estimés, connus par de glorieux. exploits, couverts de blessures, sont menacés et même assassinés par les marins. |
Il est surtout un homme dont à cette époque l’action sur la marine fut néfaste, car il porta la désorganisation à son comble. C’est Jean Bon Saint-André, le délégué de la Convention qu’on a prétendu parfois réhabiliter et même glofier et qui plus qu'aucun autre a contribué à la destruction de la brillante marine de Louis XVI. Jean Bon Saint- André détestait les officiers de l’ancienne marine et il les déclarait inutiles. Qu'avait-on besoin de savants tacticiens ? Il suffisait d’avoir des officiers républicains, ayant au cœur l’amour de la Révolution et qui auraient raison des Anglais par l’abordage. Voici les propres paroles de Jean Bon Saint-André : « Nos marins, dédaignant par esprit de calcul et de réflexion des évolutions savantes, jugeront plus convenable et plus utile de tenter ces combats à l’abordage où le français fut toujours vainqueur et d’étonner a:nsi l’Europe par des prodiges d’intrépidité. » On n'avait même pas besoin de canonniers et de fusiliers de marine. Des volontaires, des gardes-nationaux, pourvu qu’ils aient l’amour sacré de la liberté, les suppléraient Et Jean Bon Saint-André força les anciens officiers de
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marine, toujours sous Ja menace du tribunal révolutionnaire, c’est-à-dire de l’échafaud, à disparaitre ; il fit supprimer l'artillerie de marine. Le réformateur finit iuimême par comprendre qu’il avait été trop loin; dans les derniers temps de sa mission, il se plaignait de l'ignorance des officiers qu’il avait choisis, de l’insubordination des équipages qu’il avait lui-même excités à la révolte, de l’insuffisance des gardes-nationaux qu'il avait substitués aux anciens canonniers et fusiliers de marine. Îl était trop tard, et la France souffrit longtemps des destructions qui avaient été faites.
Lorsqu’on compara les pertes respectives des Anglais et des Français dans les engagements maritimes sous la Révolution et même sous l'Empire, on est frappé de la disproportion qui existe; presque toujours les pertes des Français sont beaucoup plus fortes. D'où cela provient-il? De l’inexpérience des marins et des artilleurs français, de l'insuffisance des officiers; ils se battent bravement, le chilfre des morts et des blessés le prouve, mais ils font peu de mal à l'ennemi.
Voici un fait significatif raconté par le commandant Chevallier. Dans la bataille du 1° juin 1794, «la Qucen- Charlotte gouverna sur le vaisseau de l'amiral Villaret. Le trois-mâts anglais manœuvra pour passer entre la Montagne et son matelot d’arrière le Jacobin. Le capitaine Bazire, de la Montagne, mit son grand hunier et son perroquel de fougue sur le mât dans le but de barrer la route à la Queen-Charlolte. Au même moment, le capitaine Gassin, du Jacobin, forçait de voiles pour empêcher le {rois-mâts anglais de nasser sur son avant. Les deux vaisseaux le Jacobin et la Montagne se trouvèrent tout-à-coup très près l’un de l’autre. L’abordage semblait inévitable. Le capitaine Gassin fit une arrivée, ce qui permit à l’ami-
ral anglais de couper la ligne. La position de la Queen: Charlotte, entre le Jacobin et la Montagne était fort périlleuse. De l’aveu même des historiens anglais, lord Howe ne pouvait échapper à l'alternative d’amener son pavillon ou de voir son bâtiment couler sous ses pieds. !l n’en fui rien. Notre artillerie, mal dirigée, lui fit peu de mal, »
Ces réflexions ne concordent guère avec les rapports menteurs des Barrère et de ses émules à la Convention: mais elles ne sont que l’expression de la vérité, comme l’a récemment établi dans de remarquables travaux un offcier supérieur de la marine, M. le capitaine de vaisseau Chevallier (1).
Cependant la valeur française n’a pas disparu et l'on trouve encore, même aux plus mauvais jours de ia Révolution, des marins dont les noms peuvent être cités à côté de ceux des Villaret-Joveuse et des Dupetit-Thouars dont a parlé M. Bathild Bouniol.
Truguet, l’un des amiraux et des ministres de la Révolution, appartenait à l’ancienne marine; fils d’un chef d’escadre de Louis XV, il était lui-même capitaine de corvette pendant la guerre d'Amérique et avait servi avec distinction sous les amiraux d'Estaing et de Grasse; envoyé dans Archipel, il rédigea un Traité de manœuvres et de tactique, qui, traduit en turc, devint classique dans la marine ottomane. La Révolution en fit un peu brusquement un contre-amiral, mais c'était au moinsun homme de métier, un marin. Commandant d’une flotte dans la Méditerranée, il contribua à la prise de Nice et de Villefraache; se rendant ensuite devant Oneille, il y envoya une embarcation avec le drapeau parlementaire ; elle fut accueillie à coups
(1) Histoire de la marine française sous la première République et sous le Consulat et l'Empire. Paris, Hachette, 2 vol. in-8,
la Queenétait fort olais, lord nener son s pieds. !l fit peu de
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e République el 1-8,
de fusil. Truguet tira une écletante vengeance de celte violation du droit des gens; la ville fut bombardée, puis enlevée par des troupes de débarquement. Une expédition contre la Sardaigne fut moins heureuse ; les révolutionnaires français,sur la foi de quelques réfugiés, s’étaient persuadé que la population n’attendait que la présence de qu&'ques régiments pour se soulever contre la tyrannie royale et acclamer la liberté révolutionnaire. "l n’en était rien, et Truguet trouva une résistance inattendue contre laquelle il n’avait que des forces insuffisantes ; de plus le mauvais temps ne lui vermnettait pas de rester longtemps sur une côte dangereuse. L’amiral n’étoit pas responsable
j de cet échec.
Conime nombre d’amiraux et généraux, Truguet fut jeté en prison sous la Terreur; il eut le bonheur d’être oublié, et le 9 thermidor le délivra.
Ministre de la marine en 1796, Truguet essaya, et c’est là peut-être son plus grand mérite, de faire abandonner le système de la Terreur qui, en annihilant le commandement militaire et en le mettant partout sous ladirection des administrateurs civils, avait grandement contribué à laf faiblissement de la marine. Mais si la erreur avait cessé, si la Convention avait fait place aux conseils des Ginq- Cents et des Anciens, les préjugés révolutionnaires persistaient. Violemment attaqué, Turguet échoua et sa louable tentative finit par lui coûter son ministère.
Avant même que la guerre ne fût déclarée, le capitaine Callamand, commandant la frégate la Résolue, de trentedeux canons, avait fait preuve de fermeté vis-à-vis des Anglais. Il escortait dans la mer des Indes deuxbâtiments de commerce. Deux frégates anglaises, de quarante canons chacune, prétendirent visiter les deux bâtiments. Une des frégates tira sur le convoi ; Callamand répondit coup pour
coup tout en continuant sa route. Se voyant poursuivi, il mit er panne pour demander des explications. Les Anglais lui répondirent qu’ils avaient ordre de visiter les navires de commerce, et une embarcation anglaise se dirigea sur un des bâtiments. Le capitaine Callamand envoya sa bordée à l’une des frégates qui l’attaquèrent de concert, la lutteétait trop inégale, et la Résolue amenason pavillon après avoir eu douze hommes tués et cinquante-six blessés parmi lesquels le commandant. L’officier anglais invita alors Callamand à rehisser son pavillon et à reprendre sa route ; celui-ci refusa, se considérant comme prisonnier de guerre. Lorsque la Résolue, conduits par un équipage anglais, arriva à Mahé avec une des frégates anglaises, le chef de division de Saint-Félix voulut obtenir réparation du commodore Cornwallis et le prévint qu’il s’opposerait par la force à la visite de tont vaisseau français. Mais les équipages de la Cybèle et de la Résolue déclarèrentqu'ils ne se battraient pas, et le commandant de Saint-Félix dut prendre le large pour ne pas rester témoin impuissant des violences anglaises. On voit ce que devenait, sous l'empire des idées révolutionnaires, le patriotisme, jadis ei ardent, des marins français,
On sait que la grande campagne de Villaret-Joyeuse et le combat du 1° juin 179% avaient pour but principal, et même unique, de faciliter le passage d’une flotte considérable qui venait es Etats-Unis chargée de blé. On avait en France un besoin urgent de ces blés, et la perte de la flotte eût été un véritable désastre. Les Anglaisle savaient et leurs flottes battaient la mer le long des côtes de France. Le convoi a passé et l'on fait parfois honneur de ce résultat à Villaret-Joyeuse, et par contre coupà Jean BonSaint- André qui était avec lui. Sans nier les mérites de l'amiral qui ne doit rien au conventionnel, il ne faut pas leurattri-
poursuivi, ions, Les visiter les ise se dirind envoya le concert; n pavillon six blessés lais invita prendre sa prisonnier équipage glaiscs, le réparation opposerait s. Mais les èrent qu'ils Saint-Félix mpuissant nait, sous sme, jadis
Joyeuse et ‘incipal, et e considé- 5, On avait perte de la le savaient de France.
le ce résul- Bon Saintle l'amiral s leurattri-
buer l’heureuse arrivée du convoi en France, au détriment de celui qui le commandait. La flotte marchande étaitescortée par l’amiral Van Stabel,un marin qui commandait une division de deux vaisseaux et quatre frégates; c'est à lui qu’estdà le salut du convoi; il avait eu l’habileté,le bonheur si l'on veut, d'échapper aux flottes anglaises, auxquelles Villaret-Joyeuse, forcé de regagner les côtes de France après le combat du £‘ juin, laissait pleine liberté d’action. « Dans la nuit du 12 au 43 juin, dit le commandant Chevallier, on aperçut un grand nombre de feux dans la raz de Sein. Au jour, le convoi apparut. Le contre-amiral Stabel avait traversé le 30 mai les parages où les deux armées avaient eu la veille un engagement. Le 2 juin, rencontrant le trois-ponts le Montagnard et la frégate la Seine, il avait donné à ces deux bâtiments l’ordre de le suivre.Craignant detrouver les Anglais à l'entrée de l'froise, il s'était dirigé sur le Penmark qu’il avait reconnu le 12 à six heures du soir, Dans la nuit, les bâtiments dont se composait son convoi, les prises et l’escorte franchirent le raz de Sein. Ce fut par
cette belle manœuvre que Van Stabel termina sa campagne
«Jean Bon Saint-André dit dans son journal que le convoi des Etats-Unis mouilla sur la rade de Bertheauine vingt-quatre heures après l’escadre. D’après une dépêche oflicielle, adressée par lamiral Villaret à la commission de marine à Paris, le convoi arriva le 43 juin. Il ne peut s'élever aucun doute sur l’erreur de Jean Bon Saint-André. Pendant la journée du 11 et celle du 12, nos vaisseaux étaient restés immobiles, alors que l'amiral Montagu uroisait aux atterrages de Brest. Si la flotie marchande avait échappé à ce péril, ce n’était ni à Villaret, ni au représentant, mais à Van Stabel que l'honneur en revenait. » C'est donc à celui-ci que la France doit d’avoir reçu ce convoi de blé si nécessaire.
Le 11 juillet 1795, la flotte française de la Méditerranée, commandée par l'amiral Martin, se retirait devant une flotte anglaise supérieure commandée par l’amiral Hotham:; les vaisseaux français faisaient force de voiles pour gagner le golfe Juan où ils seraient en sûreté. « La brise, plus faible à mesure qu’on se rapprochait de terre, restait fraiche au large, et la distance qui nous séparait des Anglais diminuait rapidement. À midi, notre arrière-zarde commença à échanger des boulets avec les bâtiments les plus avancés. L’Alcide, exposé au feu du Victory, du Cumberlandet du Culloden, souffrit beaucoup. Vers ue heure, ce vaisseau, déjà très dégréé,ne put se maintenir à son poste. Son matelot de l'avant mit son grand hunier sur le mât pour ne pas s'éloigner, mais le nombre des navires qui attaquaient notre arrière-garde augmentait rapidement ; il fit de la voile pour ne pas être coupé. Les frégates la Justice, la Sérieuse et l’Alceste voulurent sauver l’Alcide. L'une d'elles, l’Alceste, excita l’admiration générale. Le capitaine de cette frégate, le lieutenantde vaisseau Hébert, manœuvrant avec autant de calme que s’il eût été hors de Ja présence de l’ennemi, se plaça à petite distancesur l’avant de l’Alcide. Après avoir mis en panne, il amona une embarcation qu’il expédia à bord du vaisseau désemparé. Les bâtiments ennemis, à la vue de cette frégate osant leur disputer leur proie, qu'ils regardaient déjà comme assurée, dirigèrent sur elle tous leurs coups. Le capitaine du trois-ponts le Victory, sur lequel flottait le pavillon du contre-amiral Robert Mann, descendit lui-même dans les batteries pour ordonner aux canonniers de concentrer leur feu sur l’Alceste, Le canot de la frégate française, alteint par un boulet, disparut avec ceux que lemontaient, Toute tentative pour sauver lAlcideétant devenue inutile, le capitaine de l’Alceste dut songer à sa propre sûreté,
terranée, ant une Hotham; \r gagner rise, plus tait frais Anglais rde comles plus Cumberheure, ce on poste.
ur le mât ivires qui ement ; il es la Jusl'Alcide.
érale. Le u Hébert, é hors de ar l'avant nena une semparé, yate osant jà comme capitaine ivillon du e dans les oncentrer française, ontaient, Je inutile, re sûreté,
Commesi le Dieu des armées eût étendu sa main sur les braves gens qui montaient cette frégate, celle-ci ne souffrit pas du feu de l'ennemi. Après avoir réparé quelques avaries sans importance, elle se couvrit de voiles et s’éloigna (1)». L’Alcide ne tomba pas au pouvoir des Anglais ; le feu se mit au vaisseau qui sauta, ayant encore son pavillon, d’après l'amiral français, l’ayant amené, d’après la relation anglaise,
Au mois de mai 1 », une escadre française de trois vaisseaux, le Zélé, le Neslor et le Fougueux, sortit de Brest,sous le commandement du contre-amiral Vence,pour protéger les bâtiments de commerce françuis. Le 8 juin, l'amiral avait rejoint un convoi assez important venant de Bordeaux, lorsqu'on lui signala une escadre anglaise de cinq vaisseaux, sous le command:ment du vice-amiral Cornwallis. La disproportion des forces ne permettait pas à l’amiral français d'engager la lutte ; il se retira dans la rade du Palais à Belle-Ile, non sans perdre huit bâtiments de commerce qui furent enlevés par les Anglais. L’amiral Villaret-Joyeuse étant venu au secours de l’amiral Vence, les Français avaient douze vaisseaux contre cinq. A leur tour, les Anglais prirent chasse, « Nous avions sur nos adversaires l’avantage du vent. L’ennemi formait une ligne régulière et très ser: £e ; les bâtiments français n’observaient aucun ordre. Les meilleurs marcheurs s'étaient rapprochés de l'ennemi, mais le gros de l’escadre était en arrière et très loin. Dans ces condi.ions, nos efforts devaient tendre à désemparer les vaisseaux de queue de la ligne anglaise. Ceux-ci, restant en arrière de leur escadre, ne pouvaient manquer de tomber entre nos mains, Si l'amiral Cornwallis laissait porter pour les secourir, il
(1) Chevallier,
retardait la marche de sa division, et il donnait à l’aämiral Villaret le temps d'arriver sur le champ de bataille avec toutes ses forces.A neuf heures du matin,le Zélé commença à tirersur le Mars.Le Tigre, les Droits del’ Homme,le Formiduble et le Jean-Bart, survenant peu après, attaquèrent le Mars,le Triumph ct lo Bellerophon. Le capitaine de la frégatela Virginie, leli utenant de vaisseau Bergeret, manœuvra avec autant d’habileté que d’audace. Il se plaça dès le début de l’action, par la hanche d dessous le vent du Mars, et faisant des embardées, il lui envoya des volées entières. « Ilest fort heureux pour le Marset le Triumph, dit un historien. anglais, et on peut ajouter pour toute l’escadre anglaise, car l'amiral Cornwallis n'aurait abandonné aucun de ses vaisseaux, que les capitaines des bâtiments les plus avancés de la flotte française n’aient pas été des Bergeret(1). »
Finalement l’escadre anglaise échappa tout entière ; Villaret, dont plusieurs vaisseaux marcheient mal, voyait la distance s’agrandir entre ses Lâtiments ; il savait qu’une flotte anglaise de vingt vaisseaux, croisait dans ces parages sous le commandement de lord Bridport. Il jugea la retraite nécessaire et donna l’ordre de cesser le feu. Ce qu’il y a de remarquable dans cet engagement, outre la manœuvre labile et hardie du lieutenant de vaisseau Bergeret, qui devint plus tard amiral, c’est la faiblesse des pertes infligées aux vaisseaux anglais par notre artillerie. Quoique plusieurs vaisseaux français eussent combattu avec vizueur, le Mars, serre-file de la ligne anglaise, ne comptait que treize blessés; le Triumph, longtemps exposé à notre feu, n’avait fait ancune perte. Était-ce parce que, pour retarder la marche des vaisseaux anglais, on avait
(1) Chevalier.
| à l'amiral taille avec commença me,le Foritaquèrent , capitaine 1 Berseret, .Ilse plaça ous le vent a des volées Triumph, pour toute irait aban- :s des bàtiient pas été
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surtout visé à les dégréer ? Mais les avaries du Mars et du Triumph étaient sans importance. Et le commandant Chevallier conclut : « Ce qui ressort clairement de là, c’est l'impuissance complète, absolue de notre artillerie. » Quelques jours après, à propos d’un autre combat, l’amiral Villaret disait dans un rapport : «Tous nos coups porlaient dans l’eau, » Dans ce combat de l'ile de Groix, où trois vaisseaux français avaient lutté avec énergie, nous avions eu près d’un millier d'hommes hors de combat, et les Anglais à peine cent cinquante,
Le 13 janvier 1797, le capitaine de vaisseau Lacrosse, de l’ancienne marine, qui commandait les Droits de l’homme, livra un combat resté célèbre. Il était menacé en même temps par l’Indefatligable, vaisseau rasé de quarante-quatre canons, et par la frégate l’Amazone, de trente; il essayait de leur dérober sa marche, d’autant qu'il devait les croire seatenus par d’autres bâtiments, lorsque son vaisseau démâta de ses deux mâts de hune. Cet accident, en lui rendant toute retraite comme toute manœuvre impossible, le mettait dans une grande infériorité. En apparence les forces étaient à peu près égales, car les Droits de l'homme portaient soixante-quatorze canons ; mais dès le début de l’action, l’état de la mer, l'amplitude du roulis, le peu de hauteur de la batterie basse, moins élevée de 35 centimètres environ que sur ics bâtiments du même rang, ne permirent pas au bâtiment français de se servir de ses canons de trente-six. Cela rendait la lutte out à fait inégale, car l'Indefatigable était un navire puissamment armé, portant vingt-six canons de vingtquatre dans sa batterie et dix-huit caronades de quarantedeux sur les gaillards. Le combat fut vif; suspeniu parfois parce que les vaisseaux avaient besoin de se réparer, il reprenait avec une nouvelle vigueur. Le vaisseau français
avait,outre son équipage, six cents soldats passagers, ca qui permit d'entretenir un feu très vif. Gravement blessé, le, commandant Lacrosse dut remettre la direction de la lutte au capitaine de frégate, Provost Lacroix, qui le suppléa dignement. Le combat ne cessa qu'au moment où les trois capitaines, qui ne s'étaient pas préoccupés de la position de leurs navires, se virent sur le point d’être jetés sur des rochers. Les Droits de l'homme avaient à ce moment cent tués et cent-cinquante blessés, trois officiers étaient parmi les morts, sept parmi les blessés, L’état-major, suivant l'expression du commundant Lacrosse « avait suppléé par son intelligence et son courage aux moyens qui manquaicnt ». Les pertes des Anglais étaient bien inférieures; l’Indéfatigable avait seulement dix-neuf hommes hors de combat, dont un officier, et l’Amazone, trois tués et quinze blessés. Nos canonniers tiraient mal. Lo combat fut suivi d’une épouvantable tempête dans laquelle se perdirent les Droits de l'homme et Amazone jetés à la côte; seul, l’Indefaligable put s'échapper. La vaillance du commandant Lacrosse fut récompensée par le grade de contre amiral. C'était justice.
Mème dans nos défaites, on est heureux de relever des acles de courage et de dévouement. M. Bathild Bouniol a raconté l'héroïque défense et la mort de Dupetit-Thouars sur le Tonnant ; ce n’est pas le seul que l’on puisse citer. Brueys, s’il se montra peu capahls comme amiral, fit vaillamment son devoir comme commandant de j’Orient, Attaqué par le Bellerophon, il le força à s'éloigner du champ de bataille. Deux vaisseaux anglais, l’Alerander et le Leander, l’attaquèrent alors ; il riposta avec vigueur. Blessé à la tête et à la main, l'amiral Brucys ne voulut pas quitter son poste ; il ne voulut même pas se laisser panser, Bientôt après il eut la jambe gauche emportée
rs, CA qui blessé, le e la lutte e suppléa ù les trois a position és sur des
ent cent ent parmi , Suivant ippléé par qui manférieures; es hors de s tués et eo combat quelle se one jetés La vailsée par le
elever des Bouniol a -Thouars isse citer.
imiral, fit à l'Orient, oigner du \lerander
> vigueur.
ne voulut se laisser emportée
par un boulet ; on voulait le descendre au poste des blessés ; il refusa, voulant mourir à son banc de quart. Il
expirait quelques instants plus tard. « À huit heures,
raconte un de; survivants de l'état-major, l'amiral fut
blessé i. la tête et à la main; il ne voulut pas être pansé ;
il se contenta d'essuyer, avec son mouchoir, le sang qui
coulait de ses blessures. À huit heures et demie, il eut la
cuisse gauche emportée., Nous l'entourämrs; le chef de
timonnerie le reçut dans ses bras. Quoiqu'il ne püt pas
revenir de sa blessure, nous voulions le faire porter au
poste des blessés, mais il nous dit de le laisser, qu'il vou-
lait mourir sur le pont. Il mourut avec la mème tranquillité d'âme qu'il avait montrée en combattant. » Le soldat
rachetait les fautes de l'amiral.
Le Timoléon était commandé par le capitaine Léonce Trullet ; il se trouvait en dehors de l'attaque des Anglais, avec le Généreux et le Guillaume-Tell, « À huit heures un quart, le capitaine Léonre Trullet, impatient de se porter au feu, fit hisser ses huniers. Ce brave officier, pénétré de regrets en voyant l’inutilité de l’arrière-garde, espérait, par celte manœuvre, provoquer un ordre d’appareillage, que malheureusement l’umiral Villeneuve ne songeait pas à lui donner. Dans le procès-verbal dressé à l’occasion de la perte du Tümoléon, on lit : « A huit heu- « res un quart, le capitaine Trullei, commandant de ce « vaisseau, impatient de sa nullité, lorsqu'il y avait la « moitié de la ligne française engagée, ordonna de hisa ser les huniers pour montrer par là le désir qu'il avait « qu’on lui fit le signal d’appareiller pour aller secourir « les vaisseaux de tête. » Le Timoléon prit vaillamment part à la futte désespérée que soutenaient la plapart des vaisseaux français. Les avaries qu'il reçut ne lui permirent pas de prendre la mer avec le Généreux et le Guillaume-
Tell qui étaient restés en dehors du combat et que les vaisseaux anglais étaient hors d’élat de poursuivre. Le capilaine Trullet, ayant fait venir des embarcations de Rosette, débarqua son équipage qui emporta les ancres et les munitions; puis le vaisseau fut brülé ; il ne tombait pas aux mains des Anglais.
Un autre des héros du combat d’Aboukir fut le contreamiral Blanquet-Duchayia, qui montait le Franklin. Cet officier général n'aurait pas voul" qu’on attendit la flotte az.glaise dans la baie d’Aboukir ; il insista par deux fois pour qu’on mit à la voile et allàt à la rencontre de l’ennemi. Cela aurait au moins empêché une défaite aussi désastreuse; plusieurs bâtiments auraient certainement échappé à la capture ou à la destruction. Le Franklin, qui était un des matelots de l'Orient, l'autre était le Tonnant, fut un des premiers vaisseaux attaqués. Lorsque l'incendie se füt déclaré à bord du vaisseau amiral et qu’il fût impossible de l'arrêter, le Franklin courut de grands dangers. Après l'explosion de l'Orient, l'amiral Blanquet-Duchayla reprit le premier ia lutte ; le Franklin et un autre bâtiment, le Spartiate, furent attaqués par dix bètiments anglais. Vers minuit, après une admirable défense, ie Franklin dut amener son pavillon; il n’avait plus que trois canons en état de tirer, et les deux tiers de l'équipage étaient hors de combat ; l’amiral Blanquet- Duchayla était au nombre des blessés. Le général Bonaparte, sur des renseignements inexacts, avait mal jugé la conduite de l'amiral; celui-ci réclama et il lui fût rendu pleine justice: «Le vaisseau le Franklin, que montait le général Blanquet, dit le ministre de la marine Bruix, nonseulement a fait son devoir, mais même est de ceux qui, de l’une et l’autre armée, ont fait la plus belle résistance Le capitaine Barré, dans un rapport qu’il avait été chargé
ue les vre. Le ions de cres et ombait
ontre-
in. Cet a flotte ux fois e l’en- Be aussi ement inklin, Tonorsque iral et vut de amiral anklin Jar dix le dén'avait tiers iquet- Bonaugé la rendu tait le » non- X qui, tance hargé
defaire, déclare qu’il ne restait au Franklin que le mât de misaine (saus mât de hunc) qui était hors d'état de service, puisque les Anglais l’ont coupé. Ce mème officier transmet le rapport du citoyen Emond, chef de brigade, commandant l'artillerie à bord du Franklin. Il est ainsi conçu : Le général Blanquet s’est battu en homme d'honneur jusqu’au moment où il a été blessé assez dangereusement pour perdre connaissance. Lorsqu'il revint à lui, il demanda pourquoi l’on ne tirait plus; et lorsqu'on lui objecta qu’il ne restait plus que trois canons en état : Eh bien! dit-il, tirez toujours; le dernier est peut-être celui qui nous rendra victorieux. » :
Nous signalerons encore deux faits; un abordage singulièrement hardi et l'évasion de deux marins:
Dans le courant du mois de décembre 1793, la corvette de vingt-quatre canons, la Bayonnaise, fut attaquée par la frégate l'Ambuscade, de quarante canons. La lutte était trop inégale, et la corvette française allait succomber dans un combat d'artillerie, lorsque le capitaine Richer, qui avait des soldats passagers, se résolut à tenter l’abordage. Les deux bâtimeuts étaient à portée de pistolet; la Bayonnaise «par un coup de barre, engagea son bout dehors de grand foc dans les haubans d’artimon de l’Ambuscade » et matelots et soldats sautèrent sur la frégate qui fut enlevé, La Bayonnaise put gagner la rade de l’ile d’Aix avec sa prise. Ge succès n'avait pas été obtenu sans perte ; le commandant Richer, son second, le lieutenant de vaisseau Corbie, et l'enseigne de vaisseau Gragnier, qui s'étaient succédé dans le commandement, avaient été tous les trois mis hors de combat; c'était le dernier officier du bord, l’enseigne Ledanseur, qui commandait.
La corvette la Bonne Citoyenne avait été prise par les
Anglais et conduite à Plymouth. « Le chef de timonnerie Zélis ct le pilote côtier Thierry, appartenant à l'équipage de cette corvette, étaient en captivité depuis sept mois lorsqu'il tentèrent de s'évader. Arrêtés, ils furent mis en prison. À quelque temps de là, on les conduisit, avec six autres français, au dépôt des prisonniers pour Bolany- Bay. Ils résolurent de se soustraire par la fuite au sort misérable qui les attendait. Ils furent repris encore une fois. Après huit mois d’une détention rigoureuse, on les embarqua sur un navire de cinq cents tonneaux, armé de vingt-deux pièces de canon, du nom de Lady Shore, sur lequel se trouvaient déjà cent dix-neuf prisonniers. Il y avait, à bord de ce bâtiment qui était monté par vingtsix hommes d'équipage, une garnison de cinquante huit soldats. Le Lady Shore prit la mer le 28 mars 1796. Le {°' août, Zélis et Thierry étaient maitres du navire
anglais. Zélis, après avoir débarqué une partie de ses prisonuiers sur les côtes du Brésil, mouilla devant Montevideo le 31 août 1796.» Comme le dit avec raison le commandant Chevallier, qui raconte cette évasion, «il y a peu d'exemples d'hommes ayant déployé ure semblable éuergie pour recouvrer leur liberté. »
nonnerie équipage ept mois it mis en avec six Botany- > au sort core une e, on les armé de hore, sur iers. Il y ar vingtante huit ars 1796.
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Les marins de l’Empire.
Quoique la marine française ne se soit pas relevée sous ‘ l'Empire, il serait injuste de confondre cette époque avec la Révolution, et Napoléon avec les hommes de la Convention ou du Directoire. Napoléon comprenait la nécessité pour la France d’une puissante marine; il voulait la lui donner ; son génie organisateur voyait dans quelles conditions pourrait s’accomplir cette œuvre capitale de la reconstitution de la marine française, mais il se heurtait à des difficultés presque insurmontables. Si, à la rigueur, une armée peut s’improviser, il n'en est pas de même d’une marine, dont le matériel est long à constituer, le personnel encore plus long à former. Napoléon n’eut ni le temps, ni les loisirs nécessaires. On construisait de nombreux bâtiments, mais beaucoup se perdaient rapidement dans des luttes trop inégales. Le personnel, difficilement recruté, souvent avec de mauvais éléments, restait insuffisant..Les états-majors étaient peu nombreux et l’on n’arrivait pas à en combler les vides. Ce fut seulement en 1810 que i’ Empereur créa deux écoles de marine destinées à recruter les officiers ; comment l’idée ne lui en était-elle pas venue plus tôt? L'Empereur n’eut pas le temps de tirer profit de cette institution utile, nécessaire même ; il lui
reste le mérite de l'initiative, quoiqu’elle ait été tardive. Le personnel des matelots et des canonniers élait insuffisant et inexpérimenté. Les équipages sont incapables de manœuvrer : les canonniers se font bravement tuer, mais ils ne font aucun mal à l'ennemi. L’historien que nous avons déjà précédemment cité pour la Révolution, le commandant Chevallier, n’est pas moins explicite pour l'Empire.
C'est le Généreur, qui amène par son travers une frégate anglaise, le Succès, et lui envoie deux volées « qui avraient dù la couler », si « les pièces avaient été servies par des hommes plus instruits dans le cünonnage et en même temps plus aguerris ». C’est l’Africaine, qui dans une lutte contre la Phocbé, frégate de même force, a cent vingt-sept morts et cent soixante-seize blessés, tandis que la frégate anglaise a seulement deux tués ei douze blessés. L’Africaine, « criblée de boulets, coulant bas d’eau », est obligée d'amener son pavillon, malgré ie courage du commandant Saunier, blessé mortellement. La corvette la Sans-Pareille est chassée par une frégate : elle se trouve un moment sur l'avant de la frégate anglaise en position de lui envoyer une bordée d’enfilade, dont l'effet serait terrible ; mais « les trois quarts de l’équipage sont malades du mal de mer. » A la bataille de Trafalgar, un moment le Royal Sovereign que monte l’amira! Collingwood, reçoit le feu du San Leandro, du San Justo, de l'Indomptable et du Fougueux ; « on aurait pu croire que le trois-ponts anglais serait détruit ou forcé d’amener son pavillon ; il n'en fut rien; notre tir était tellement mauvais que le Royal Sovereign put attendre, sans souffrir beaucoup, l'arrivée d’autres vaisseaux anglais. » Sur un autre point de la bataille le Victory, le vaisseau de Nelson, exécute lentement, la brise ayant
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molli, une manœuvre dangereuse. « Si l’escadre française avait eu de bon canonniers, le vaisseau anglais eût été mis rapidement dans l'impossibilité de poursuivre sa route, mais notre tir était tellement mauvais qu'il arriva jusqu’à nous sans avoir éprouvé de sérieux dommages. Le mât de perroquet de fougue coupé, la roue du gouvernail brisée, des voiles déchirées, telles étaient ses avaries ; ses pertes en hommes s’élevaient à vingt tués et trente blessés. »
Malgré son génie et sa puissance d'organisation, l’empereur ne parvint pas à triompher de ces difficultés, que des guerres incessantes et des défaites comme celle de Trafalgar rendaient encore plus grandes. Dans les dernières années, il dut même réduire les armements maritimes et demander à la marine les soldats qui lui faisaient défaut, Et cependant sous l’Empire, autant et plus que sous la Révolution, on trouve des marins à citer à côté de Surcouf le corsaire et de Duperré, le futur amiral.
Le premier qui certes mériterait une notice spéciale, si nous r’étions forcé de nous borner, est Latouche-Tréville. Nous lavons vu débuter brillamment dans la guerre d'Amérique. Au début de la Révolution, chargé d'une mission délicate à Naples, il accomplit avec autant d’intelligence que de bravoure ; mais il est gentilhomme, partant suspect ; il disparaît pour reparaitre contre-amiral au Consulat. Le premier consul qui, dès l’abord, avait apprécié la haute valeur de Latouche-Tréville, lui confie le commandement de la flottille de canonnières qu’on commençait à organiser à Boulogne. L’Angleterre se préoccupait de cette
concentration dans laquelle elle voyait déjà une menace ;
Nelson part pour détruire la flottille avec trente bâtiments de tout rang, parmi lesquels plusieurs bombardes. Le & avril 1801, il attaque la flottille qu’il canonne toute la
Journée ; il est obligé de se retirer, ayant seulement coulé
trois bateaux qui furent renfloués et reprirent leur place. ” L’échec était complet.
Le 15 août, nouvelle attaque plus sérieuse ; cn ne se borne pas à un simple vombardement, «Les embarcations anglaises, montées par un personnel d'élite, pris parmi les matelots et les soldats de marine, avaient l’ordre d’enlever les bâtiments de la flottille à l’abordage., Des canots, désignés à l’avance dans chaque groupe, étaient chargés d’entrainer au large les bâtiments attaqués. Les embarcations anglaises étaient munies des matières nécessaires pour incendier les canonnières ou bateaux-canonniers qu’elles ne pouvaient pas emmener. » Mais « l’amiral Latouche-Tréville avait pu compléter les dispositions prises pour la défense de la rade ; à chacune des extrémités de la ligne d’embossage, il avait formé une nouvelle ligne perpendiculaire à la première. Dans cette situation, la flottille faisait de toute part face aux assaillants; une division légère, placée en avant de notre ligne, surveillait l'ennemi. »
Les habilesdispositions de Latouche-Tréville et la ferme contenance des marins et soldats français triomphèrentdes efforts des Anglais; ceux-ci perdirent environ deux cent: hommes et douze embarcations, dont huit coulées et quatre prises. La flottills française ne perdit qu’une péniche et une cinquantaine d’hommes, dont huit tués. Pour la deuxième fois, Nelson était battu.
Ce n’était pas le premier service que rendait Latnuche- Tréville depuis sa promotion au grade de contre-amiral, Appelé en 1809 au commandement de l’escadre de Brest, à peu près désorganisée par l’incurie du Directoire, ik avait obtenu des résultats inespérés. « L’escadre de Brest, lorsque Latouche-Tréville en avait pris le commandement, au commencement de l’année 1800, dit le commandant Chevalier, se trouvait dans la plus triste situation. Les équi-
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pages, mal nourris, sans argent, à peine vêtus, commettaient des actes d’indiscipline continuels. Les désertions étaient nombreuses. Les élats-majors découragés opposaient une sorte d'inertie aux ordres de leurs chefs. Latouche-Tréville ne reculadevant aucune des difficultés de sa tâche. Il donna, pour la tenue et la propreté des bâtiments, des instructions dont il surveilla lui-même l'exécution. Les aspirants furent envoyés à bord des navires qui mettaient sous voiles ; quant aux officiers, ils s’exercèrent aux évolutions navales dans les embarcations de l’escadre. Des vaisseaux mouillés en grande rade se tinrent prêts à s’embosser ou à appareiller au premier signal. Une division de l’escadre mit sous voiles toutes les fois que le temps le permit. Dans une dé ces sorties, deux frégates s’abordèrent. Le capitaine, dont la manœuvre avait amené ce fâcheux résultat, comparut devant un conseil d'enquête qui conclut à sa non-culpabilité. L’amiral, convaincu que les membres du conseil avaient eu surtout pour but, en agissant ainsi, de montrer qu’ils désapprouvaient les fréquents appareillages des vaisseaux et des frégaies de l’escadre, obtint du ministre que ce capitaine fût immédiatement remplacé dans son commandement.
« Des divisions de frégates, mouillées à Bertheaume et à Camaret, furent maintenues dans un état d'activité continuelle. Elles reçurent des ordres très précis pour se porter en avant ou se retirer, suivant les forces qui leur seraient opposées. Un service pour la protection des caboteurs fut organisé; l’amiral, à la tête de chaloupes armées, se portait souvent en dehors de la rade pour favoriser l'entrée des convois. Un jour que le succès n'avait pas couronné ses efforts, il écrivit au ministre : « Je m’attends « qu’on m’accuse d’imprudence, de témérité et de faire le « métier d’un capitaine de frégate, ce qui ne convient pas
« à un général d'armée. Ce sont les expressions de quel- « ques-uns de mes bons amis ‘je réponds à cela que ceux « qui ne font rien ne commettent pas de fautes, et que je « préfère celles occasionnées par l’activité aux vices de « l’oisiveté et de l’inertie. »
Dans son commandement de Brest, le contre-amiral donna à son escadre l'ordre suivant : « Tous les matins, il sera arboré, au grand mât du vaisseau commandant, un pavillon bleu auquel chaque vaisseau répondra par le même pavillon, A ce signal, tous les ouvrages du vaisseau cesserunt, et pendant les cinq minutes qu’il restera arboré, chaque homme de l'équipage sera libre d’invoquer le Dieu de la nature dans la forme et de la manière que lui presrit sa croyance. Tous seront invités à se tenir avec respect et recueillement pendant ce seul moment consacré à l'action de grâce, de prière et de reconnaissance que tout homme doit au créateur de toute chose ». Quand on se rappelle que cet ordre est antérieur à la signature du concordat et à la reprise publique du culte catholique, il n’est pas difficile d’y reconnaitre les sentiments chrétiens de l'officier de ancienne marine française.
Ou sait que Napoléon, dans son plan d’invasion de l’Angleterre, avait besoin d’un marin hardi et habile qui, malgré l’infériorité des forces, trouvàt le moyen d’être le maitre dans la Manche pendant deux jours ; il comprit qu'il avait dans Latouche-Tréville l'homme qu'il lui fallait. Ji le nomma vice-amiral et l’envoya prendre le commandement de l’escadre de Toulon. «L’instruction des ofliciers, des aspirants et des équipages devint l’objet de tous ses soins. L’escadre mouilla en grande rade, prête à s'embosser ou à apparciller. Les capitaines et les officiers restèrent à l:ur bord. L’amiral se préoccupa de la défense de la rade ; dans l’hypothèse d’une attaque faite par l’es-
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cadre anglaise, chaque vaisseau devait envoyer à une batterie, désignée à l'avance, le personnel nécessaire pour l’armer.
« Le 24 mai 1804, les vaisseaux anglais, le Canopus et le Donegal, et la frégate l’Amazon, sous le commandement du contre-amiral Campbell, s’'approchèrent du cap Scpet. Cinq vaisseaux et trois frégates, mettant sous voiles avec promptitude firent route sur les bâtiments ennemis qui rallièrent immédiatement leur escadre, Le 13 juin, deux frégates, l’Incorruplible et la Sirène, se trouvaient dans les iles d'Hvères, faisant route sur Toulon avec une faible brise d’ouest-srd-ouest, L’amiral Nelson fit chasser ces deux frégates pa: l’Amazon et la Phæbe. Les frégates anglaises, arrêtées par le calme, n’arrivèrent que le lendemain matin à l’ouvert de la grande passe; elles aperçurent les bâtiments français mouillés sous le château de Porquerolle. L’amirai Nelson, prévenu par signal de la position de nos frégates, donna l’ordre au vaisseau l'Excellent de rejoindre l'Amazon et la Phæbe. Telle était la situation lorsque l'amiral Latouche-Tréville, appareillant avec huit vaisseaux et sept frégates, se dirigea sur l’escadre anglaise. Nelson, rappelant immédiatement l’£Excellent et les deux frégates, fit route vers le large sous petites voiles. Latouche- Tréville rentra à Toulon avec l’Incorruplible ct la Sirène.
« En lisant la correspondance de Latouche-Tréville, on est frappé du savoir de cet amiral, de la vigueur et de l'énergie qu’il déployait. Il possédait, ce qui est toujours rare, la double qualité d’hemme d'action et d’organisateur. C’était bien le chef qu’il fallait à la marine française, ron militaire et déshabituée de l’activité; malheureusement pour nous, les jours de cet amiral étaient comptés. Revenu malade de l’expédition de Saint-Domingue, il n'avait pu, depuis son retour en France, se rétablir complètement. Il
344 LES MAXINS FRANÇAIS.
mourut, le 20 août 1804, sur le vaisseau le Bucentaure qui portait son pavillon. Litouche-Tréville fut enterré sur le cap Scpet où il avait l'habitude de se rendre pour surveiller la croisière ennemie et diriger les mouvements de son escadre ». La perte était irréparable, et Napoléon dut modifier toutes ses combinaisons.
Un autre amiral en qui Napoléon avait une grande confiance, Bruix, devait lui manquer également au moment décisif. Ministre de la marine sous le Directoire, Bruix, comme Truguet, s'était heurté aux mauvaises dispositions des directeurs et des membres des Cinq-Cents et des Anciens. Lorsque, après la rupture de la paix d'Amiens, Napoléon songea à réunir à Boulogne un flottille pour le transport en Angleterre d’une armée d’invasion, Bruix fut appelé au commandement supérieur. Il eut à repousser la tentative que firent les Anglais le 1°‘ et le 2 octobre 180% pour incendier la flottille. « Des petits bâtiments, cotres, goëlettes et bricks, furent transformés en brülots. On coustruisit des coffres en bois ayant vingt pieds de long et trois de large ; chacun d’eux contenait deux mille cinq cents kilogrammes de poudre et au-dessus de cette poudre cinquante-quatre boules de grande dimensivn, remplies d'artifices. Ces boules étaient réunies deux à deux par une chaîne; il entrait dans leur composition du nitre, du soufre, de la résine et du sulfure d’antimoine. Ces machines, auxquelles les Anglais avaient donné le nom de catamarans, élaient disposées de telle sorte que leur partie supérieure restait à la surface de l’eau. N’ayant pas de mâts, elles étaient conduites sur le lieu de l’action à l’aide d’une remorque. Les catamarans avaient, à une de leurs extrémités, un grappin qui les maintenait, en s’engageant dans les câbles, le long des navires abordés Dans l’intérieur des brülots et des catamarans, était placé un mouvement
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d’horlogerie que l’on réglait suivant le chemin que ces machines incendiaires avaient à parcourir. Après un laps de temps déterminé, le chien d’une forte platine, retenu jusque-là, se trouvait dégagé ; en s’abattant, il déterminait l'explosion. Des barils remplis d'artifice formaient la troisième espèce de brülots ; ces barils, maintenus verticalement sur l’eau par la disposition des poids, faisaient explosion au moindre choc. »
. Les Anglais comptaient si bien sur le succès de cette tentative, que le premier lord de l’amirauté, lord Melville, se trouvait avec l’amirai Keith, le commandant de l'expédition, sur le Monarch. Pitt et plusieurs autres ministres s'étaient rendus sur de hautes falaises, en face de la côte française, pour jouir de la vue de l'incendie de la flottille. L’amiral Bruix qui, sans connaître d’une "nçon précise les plans de l'ennemi, se doutait d’une attaque, avait pris d’excellentes mesures de défense. La canonnade et la fusillade commencèrent dans la soirée du 1°‘ octobre. Des canots anglais remorquaient les brûlots, les catamarans et les barils. Reçues à coups de canon, les embarcations prirent le large, en abandonnant les machines incendiaires. Celles-ci n’arrivèrent pas jusqu’à la ligne française ; elles sautèrent sans faire grand mal; une seule embarcation française se perdit avec treize marins, sept soldats et un officier ; quelques matelots furent en outre blessés. Ce résultat témoignait « de la bonne organisation de la flottille et de l’habileté des dispositions prises par l'amiral Bruix. C'était pour le gouvernement anglais un échec honteux, et la presse anglaise elle-même se montra très sévère pour les organisateurs de cette expédition. » F
Comme Latouche-Tréville, Bruix, malade depuis longtemps, ne put résister aux fatigues d’un commandement
à l'exercice duquel il apportait tout son dévouement ; il succomba le 18 mars 1805; « par son activité, son énergie, son savoir, il avait joué un rôle considérable dans l'organisation de la flottille; sa mort, comme celle de Latouche-Tréville, était une grande perte pour la marine, »
L'une des grandes difficultés pour les commandants des diverses divisions de la flottille, c'était de les amener à Boulogne; les croisières anglaises surveillaient la côte de très près, et toute division qui se mettait en marche se voyait immédiatement attaquée, Le 17 juillet, l’amira Verhuell partait de Dunkerque pour gagner Ambleteuse avec quatre prames et trente-deux chaloupes-canonnières ; il arriva à Calais malgré le feu des bâtiments anglais. Le lendemain, il était attaqué au mouillage et forçait les bàtiments ennemis à se retirer. L'amiral Verhuell reprit sa route, le maréchal Davoust étant à son bord. À hauteur du cap Banez, la division française se trouva en face d’une escadre anglaise comprenant un vaisseau de cinquante canons, le T'rusty, plusieurs frégates, des corvettes et une douzaine de bricks, bombardes ou cotres, auxquels la profondeur de l’eau permettait d'approcher. L’amiral passa, soutenu par le feu des batteries de côte et de l’artillerie mobile ; il doubla le cap Grisnez sous une véritable pluie de boulets et de mitraille sans perdre un seul bâtiment. Les navires anglais fort maltraités durent quitter la croisière pour aller se faire réparer en Angleterre, « L’habileté des dispositions prises par l’amiral Verhuell, la bonne contenance de nos bâtiments, la rapidité et la précision de leur feu avaient décidé le succès. Cette affaire fit le plus grand honneur à l'amiral; elle ajouta à l’enthousiisme de l’arnée, à sa confiance dans l’expédition et à son désir de l'entreprendre. »
Le capitaine de vaisseau Hamelin ne fut ni moins
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habile, ni moins heureux que l’amiral Verhuell ; il se rendait du Hävre à Boulogne avec quatre chaloupes canonnières et quatorze navires de transport. Sa division fut attaquée, peu après sa sortie du Havre, par une frégate, une corvelte, un brick et un cotre. L'action fut vive. mais les bâtiments français purent, tout en combattant, continuer leur route et arriver à Fécamp; les navires anglais s’éloignèrent fort maltraités. Quelques jours après, le commandant Hamelin gagnait Boulogne après un nouvel engagement non moins vif et non moins heureux. « Je suis enchanté de la petite affaire du capitaine Hamelin, écrivait l'Empereur ; cela montre bien ce qu'il est possible de faire avec nos canonnières..…. C'est une petite affaire qui cst charmante. »
Il ne serait pas juste de parler de la flottille de Boulogne, sans avoir au moins un souvenir pour le miaistre de la marine qui a tant conuribué à son organisation, l'amiral Decrès. Denis Decrès ou de Crès avait appartenu à l’ancienne marine royale et s'était distingué dans la guerre de l'indépendance américaine. Dans les premières années de la Révolution, il servit dans la mer des Indes ; mais suspect, malgré ses services, il fut rappelé et emprisonné. A la fin de la Terreur, il recouvra sa liberté et reprit du service. Il était à Malte avec le général Vaubois et l'amiral Villeneuve, lorsque le général, dont la position devenait chaque jour plus difficile, fit appel à son dévouement pour aller en France exposer au premier Consul la situation désespérée des troupes. L'entreprise était diMcile, presque impossible ; il lui fallait avec un seul vaisseau, le Guillaume-Tell, forcer ou tromper une croisière qui comprenait trois vaisseaux et une frégate,et dont la surveillance était éveillée. Decrès n’hésita pas. IL mit à la voile le 30 juillet dans la soirée ; son départ avait échappé
aux premiers vaisseaux anglais, mais il fut aperçu par la frégate la Pénelope, excellente voilière, qui le suivit en se couvrant de feux pour indiquer sa position. Le Guillaume-Tell fui attaqué dès le matin par le Lion; Decrès manœuvrait pour aborder le bâtiment anglais, très maltraité, lorsqu’arriva le Foudroyant de quatre-vingts canons. Le Guillaume-Tell résista encore à ce nouvel adversaire, et il manœuvra pour l’aborder; mais le Lion, qui avait réparé ses avaries, revint à l'attaque et le bâtiment français eut à répondre en même temps à trois adversaires. L’amiral Decrès, atteint de trois blessures, ayant plus de deux cents hommes hors de combat, ayant ses canons démontés, dut amener son pavillon; l'honneur de la lutte était pour le vaincu. Le Guillaume-Tell était en si mauvais état que la frégate la Penélope dut le remorquer jusqu’à Syracuse.
Comme Decrès, Durand de Linois avait appartenu à l’ancienne marine et avait brillamment débuté dans a guerre de l'indépendance américaine ; conime lui, il fut classé parmi les suspects pendant la Terreur et ne reprit un commandement que sous le Directoire. Le premier consul le fit contre-amiral. Le 3 juin 1801, le contre-amiral Linois partit,avec trois vaisseaux, l’!ndomptable,\e Formidable et le Desairet la frégate le Muiron, pour aller rejoindre à Cadix une division espagnole de six vaisseaux en armement. Prévenu que l’amiral anglais Saumarez croisait devant Cadix avec sept vaisseaux, Linois alia mouiller dans la baie d’Algésiras. L’amiral anglais vint l'y attaquer avec six vaisseaux.
Les bâtiments français formaient une ligne qui s'appuyait d’une part sur la batterie San-Yago, de l’autre sur celle de Pile Verte ; les Espagnols avaient assuré l'amiral que les deux batteries pourraient le soutenir. Le combat commen-
çu par la ivit en se e Guil- ; Decrès rès male-vingts e nouvel le Lion, le bàtis à trois lessures, at, ayant honneur l'ell était e remor-
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çait à peine que Linois vit que les sspagnols l’appuyaient mal ; leur tir était lent et mal dirigé. Des soldats furent mis à lerre, sous le commandement du général Devau, et prirent le service des batteries qui causèrent de grandes pertes aux Anglais. Ceux-ci essayèrent d'enlever l’île Verte, mais ils furent repoussés. Les bâtiments français, vivement attaqués par les vaisseaux anglais, resistèrent énergiquement. L’amiral Saumarez, comptant sur une victoire facile à cause de la supériorité deses forces, avait attaqué avec plus d’ardeur que d’häabileté. Il paya son imprudence ; il dut se retirer fort maltraité, abandonnant un de ses vaisseaux l’Hannibal, qui amena son pavillon. En rendant compte de ce brillant succès, l'amiral Linois constatait que ses équiqages,à la mer depuis six mois étaient aguerris; de là leur résistance.
Dans le combat d’Algésiras, le Formidable avait perdu son commandement Laindet-Lalonde, et Linois lavait remplacé par le capitaine de frégate Troude. Lorsque l’escadre française, au devant de laquelle étaient venus quelques vaisseaux espagnols, se rendit d’Algésiras à Cadix, le Formidable, mal réparé, naviguait avec une mâture im-provisée ; il marchait donc mal et, au moment où l’escadrefranco-espagnole se trouvait en vue de Cadix,ilétait fort en arrière. Un vaisseau anglais, le Vénérable, l’atteignit et la lutte s’engagea très violente, à portés de pistolet. Au bout de deux hsures,le Vénérable, rasé de tous ses mâts et coulant bas,cessait son feu, et sansle voisinage des autres vaisseaux de l'amiral Saumarez,qu'ilne devait pas attendre,le capitaine Troude l'aurait certainement enlevé. Lorsque, après ce combat, le Formidable entra à Cadix, il fut accueilli par les applaudissements de la foule qui avait suivi les péripéties de la lutte.
La terrible défaite de Trafalgar, dostles résultats furent
si désastreux, ne fut pas elle-même sans honneur. Si Villeneuve se montra irrésolu,c’était un marin qui connaissait son métier et un brave soldat; il fit vaillament son devoir à bord du Bucentaure, avant d'amener son pavillon. D’autres officiers firent également preuve de vaillance ; les capitaines de vaisseau Baudoin, du Fougueux, Filhol de Camas,de l’Achille, tombèrent sur leur banc de quart ; le contre-amiral Magon, qui montait l’Algésiras, et qui s recevait des bordées d’enfilade auxquelles il ne pouvait répondre que par ses pièces de l'avant, ordonna de tenter l'abordage ; il se proposait de conduire lui-même l'équipage sur le navire anglais. Blessé au bras droit et à la cuisse, il ne quitta pas son poste ; une balle, qui l’atteignit en pleine poitrine, le renversa mort à son poste, » Mais les héros de la lutte furent les capitaines Lucas et Infernet,
Le capitaine Lucas commandait le Redoutable ; il se trouva opposé au propre navire de Nelson, le Victory. « Les deux bâtiments étaient bord à bord. Les matelots français dirigeaient,à travers les sabords du Victory, une fusillade très nourrie sur les hommes qui manœuvraient les pièces. Des hunes du Redoutable, on faisait un feu très vif de mousqueterie; enfin, des grenades étaient jetées sur le pont du vaisseau anglais. Nelson, revêtu d’un uniforme couvert de décorations, se promenait sur le gaillard d’arrière du Viclory avec son capitaine de paviilon. Une balle, partie de la une d’artimon du Redoutable, le frappa à l'épaule gauche, Le projectile, après avoir traversé l’épaulette ct labouré la poitrine, se logea dans l’épine dorsale. Nelson fut transporté dans le faux-jont. Les médecins ne purent se faire illusion sur la gravité de sa blessure; l'amiral était mortellement atteint. ;
« Le capitaine Lucas, apprenant que le pont du Victory
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semblait abandonné, fit monter les divisions d’abordage. Nos matelots rencontrant de grandes difficultés pour passer sur le pont du vaisseau anglais, l’ordre fut donné d'amener la grand” vergue. Déjà l’aspirant Yon et quatre matelots avaient sauté à bord du Victory, et l'équipage s’apprêtait à les suivre lorsque parut le Téméraire. Rangeant l’arrière du Redoutable, il lui envoya, à portée de pistolet, une bordée à mitraille. Deux cents hommes tombèrent morts ou blessés. Comme s’il n'eût pas suffi de ces deux troisronts pour réduire un vaisseau de soixanie-quatorze, le Neptune, de cent canons, prit position sur l'arrière du Redoutable et lui envoya des bordées d’enfilade. Dématé, coulant bas d’eau, ayant cinqcent-vingt-deux hommes hors de combat, sur six cent-cinquante-cinq dont se composait son équipage, le Redoulable amena son pavillon. Sept officiers étaient tués ot six blessés ; sur onze aspirants, six étaient tués et cinq grièvement blessés. »
Le capitaine Infernet, qui commandait l'Intrépide, un nom justifié, se montra le digne émule du capitaine Lucas. fl mit le cap sur le Bucentaure,attaqué par plusieurs vaisseaux anglais, pour le dégager, et il se trouva presque immédiatement assailli par cinq bâtiments : l’Africa, d'Orion, l’Ajax, le Conqueror et l’'Agamemnon. I soutint cette lutte inégale jusqu’au bout et fut.le dernier à cesser le combat, « Il y avait plus de vingt minutes que le feu avait cessé sur toute la ligne quand il cessa le sien. Il était ras comme un ponton, coulant bas ; sur six cent-soixantedix hommes, trois cent-dix étaient hors de combat. Sur ce nombre, on ne compta le lendemain que quatre-vingts blessés ; les deux cent-vingt-six autres furent donc tués ou succombèrent dans la nuit à leurs blessures. Les pertes de l'état-major furent : le capitaine de frégate, le premier lieutenant et le premier enseigne qui succombèrent à leurs
blessures, et le deuxièmo lieutenant qui fut blessé aux deux jambes. Il y eut aussi, parmi les morts, plusieurs officiers de troupe. Toutefois fallut-il faire violence au commandant Infernet qui ne voulait pas rendre son vaisseau. »
Nous n’avons certainement pas enregisiré les noms de tous les marins qui, sous l'Empire, se sont distingués par leurs services, mais nous devons nous limiter, et nous ‘ nous bornerons à mentionner les brillants débuts du capitaine Bouvet, du lieutenant Roussin et de l'enseigne de Mackau qui devaient plus tard s’élever aux plus hauts grades de la marine.
La marine pendant la guerre de 1870.
Nous passons rapidement sur la période qui s’étend de la chute du premier Empire à la guerre contre la Prusse en 1870 ; la Restauration et la monarchie de juillet ont été des époques de paix relative et les guerres du second Empire ont été surtout continentales.
Ce n’est pas que les noms des marins manquent dans cette période : l'amiral de Rigny, à Navarin, combattant à côté des escadres de la Russie et de l’Angleterre, soutient dignement l’honneur de la marine française; l’amiral Roussin, forçant en 1821 l'entrée du Tage, fait preuve
jé aux 1Sieurs nce au n vais-
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d’autant de résolution que d’habileté ; contestabl: au point de vue politique, l’expédition est remarquable au point de vue militaire ; l'amiral Baudin, qui a laissé une jambe dans un combat, enlève brillamment le fort de Saint-Jeand'Ulloa et force Santa-Anna, le président de la république mexicaine, à donner satisfaction aux justes revendications de la France ; avec lui se trouve un jeune prince de la famille royale, le prince de Joinville, qui ira sur la Belle-Poule chercher à Sainte-Hélène les cendres de Napoléon et plus tard commandera le bombardement de Mogador. Certes, ce sont là des noms dont la marine française a le droit d’être fière.
Sous l’Empire, pendant la guerre de Crimée, la marine, réduite à un rôle secondaire, fit preuve d’une admirable abnégation: les bâtiments de la flotte de la mer Noire prirent leur part du siège de Sébastopol ; des officiers de marine et des matelots furent mis à terre pour servir des batteries; ils préludaient ainsi au rôle que la marine allait remplir pendant la guerre franco-allemande.
On devait croire que, dans la guerre qui éclatait si brusquement au mois dejuillet 1870, la marine française aurait peu à faire. La Prusse n'était pas une puissance maritime, et l’empereur Napoléon, par son accession à la déclaration de 1856 contre la course, avai, peu près désarmé la France; il avait enlevé aux marins français une arme terrible. L’amiral Bouet Willaumez fut bien envoyé dans la Baltique avec une flotte de cuirassés; mais que pouvait-il faire ? Les vaisseaux allemands étaient à à l'abri dans un port intérieur, d’un abord inaccessible ; le tirage de nos cuirassés ne leur permettait pas de s’approcher des côtes ; une seule ville, Colbert, aurait pu être bombardée à une distance de deux kilomètres; l’opération était sans danger contre cette ville ouverte qu’il aurait été
facile de détruire en faisant de nombreuses victimes. L’amiral français dédaigna une semblable victoire ; il fit bien. Son chef d'état-major était un jeune officier supérieur, appelé à devenir une de nos gloires maritimes, le commandant Courbet.
Dans les autres mers, nos vaisseaux cherchaient les vaisseaux prussiens; s’ils les rencontraient, c'était dans des ports neutres, où une attaque n’était pas permise. Vainement les commandants français cssayaient d'attirer les officiers allemands en dehors des eaux neutres.Silecommandant Franquet, maintenant vice-amiral, réussit et parvint à entrainer une frégate allemande plus forte que la sienne, qui rentra promptement au port à moitié désemparée, l'amiral Bourgois, mort depuis, fut moins heureux.
« La guerre de 1870, dit M. Félix Jullien, un officier de marine, trouva l’amiral Bourgois, commandant en chef des flottes navales dans l'Atlantique. La frégate la Bellone portait son pavillon de contre-amiral. C’est dans ces conditions qu’il fit aux Açores la rencontre d'une frégate allemande, d’une force égale à la sienne, l’Augusta. Malheureusement, c'était dans les eaux neutres, au mouillage de Fayal. Impossible de l’attaquer sur place. Qu’à cela ne tienne, se dit l'amiral, et avec la promptitude de décision et la sûrelé de coup d’œil dont il était doué, il s’approcha de l'ennemi, passa à le frôler ; puis, comme un gant jeté à sa face, en fit deux fois le tour, s’en alla au large, stoppa et attendit.
« La frégate prussienne ne bougea pas. »'
Comme le dit M. Félix Jullien, « ces souvenirs font du bien ; ce n’est pas de la gloire, c’est une espérance, l’espérance que nous laissent nos marins.» Ajoutons que «lamiral Bourgois, dont on disait volontiers : « c'était un sage et c'était un juste, » {était un chrétien; ami de Frédéric
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Ozanam, il avait fait partie des premières conférences de Saint Vincent de Paul (1) ».
Mais si, pendant la guerre de 1870, la mer était comme fermée à la marine, ou si du moins elle n’y pouvait pas servir la France comme elle le tiésirait, il lui restait la terre; les matelots débarqués formèrent pour Paris d'excellents artilleurs ; les forts furent confiés à leur courage ; aucun ne fut enlevé. Les officiers manquaient par suite de la capitulation de Sedan et de l'immobilisation de l'armée du Rhin sous les murs de Metz, la marine en fournit en grand nombre. Les amiraux commandaient à Paris des s’cteurs, en province des corps d'armée; les officiers supérieurs commandaient des batteries, des régiments de marche, des brigades ; les officiers inférieurs, des cumpagnies, des bataillons.
li serait bien tentant de rappeler ici les services si brillants des marins, mais ce serait long, et nous devons nous borner à quelques noms. À l’armée de la Loire les amiraux Jauréguiberry et Jaurès commandent des corps d'armée; le capitaine de vaisseau Gougeard commande une division dont font partie les zouaves pontificaux et avec laquelle il reprend brillamment le plateau d’Auvours. À l’armée de Est, c’est un marin, le commandant Pallu qri soutient avec sa brigade le dernier choc des Prussiens, et lorsque l'armée française est réfugite tout entière en Suisse, dédaignant de franchir la frontière, il échappe à l'ennemi en passant avec une centaine d'hommes par des sentiers impraticables., À Paris, c'est l'amiral Saisset, dont le fils, brillant lieutenant de vaisseau, tombe mortellement frappé: Pamiral Pothuau, l’umiral de la Roncière Le Noury qui, la guerre finie, a pris la plume de l'historien pour raconter
(1) L’an.$'al Courbet, d'aprés ses lettres, pp, 301-306,
dans un beau livre, la Marine au siège de Paris, les services de ses compagnons d’armes (1).
Il est un nom que nous aurions eu à ajouter sans l’ombrageux despotisme de nos gouvernants. Un prince français, exilé depuis longtemps, élait venu apporter à la France le concours de son épée. Sous le nom du colonel américain Lutteroth, le prince de Joinville avait pris part à la défense d'Orléans ; craignant que son incognito ne füt trahi, il demanda au général Martin des Pallières,qui avait servi sous ses ordres à Mogador, del’accepter dans son corps d'armée ; il lui rappelait que jadis il avait permis au jeune lieutenant d’infanterie de marine, de faire partie d’un corps de débarquement. N’osant prendre sur lui d’auto-
(4) Nous parlions tout à l’heure de l'amiral Bourgois, un chrétien; c'était également un chrétien que le capitaine Eugène Desprez, tué pendant le siège, Nous le nommons ici pour citer ce que disait récemment de lui uu éminent prélat, Mgr Fava, évèque de Grenoble :
« Faire son devoir, c’est beau, c’est sublime, c’est divin,
« Je me souviens qu'un jour, au milieu d’une affreuse tempête, un jeune mousse, un enfant, fut emporté à la mer par une vague qui balaya le pont du vaisseau. Le pauvre petit jetait des cris per gants, bercé sur la cime des flots, Soudain, sans calculer le danger, un jeune enseigne se jette à la mer, et après des efforts inouïs, saisit le naufragé; d’un bras, il le porte, de l’autre il nage vers le vaisseau où il remonte à l’aide d’un cordage qu'on lui a jeté, Arrivé sur le pont, s.n commandant lui dit, en son style éner. gique :
« — Desprez, vous avez fait là une fière imprudence.., N'importe, vous êtes un brave. Choisissez entre l’épaulette de lieutenant de vaisseau ét la croix d'honneur, »
« Desprez se contenta de répondre : je n'ai fait que mon devoir. Cette réponse était belle et digne de ce jeune officier dont la vie et la mort mériteraient d’être racontées, Ce récil ferait revivre un de nos plus vaillants marins, aussi chrétien partout que brave dans
danger. »
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riser un prince français à exposer sa vie pour la France, le général transmit la demande au gouvernement, dont la réponse fut l'envoi d’un policier, M. Ranc, qui reconduisit le prince jusqu'à un port où il dut s’embarquer. Plus heureux, parce qu’il était moins connu, le neveu du prince de Joinville, le duc de Chartres put faire la campayne comme capitaine et chef d’escadron sous le nom de Robert le Fort, celui du vaillant solda: ., * avait commencé la grandeur de notre troisième dynnitie n défendant la France contre les Normands, et en :omb.:: sur le champ de bataille de Brissarthe.
Le dévouement de nos marins en 770 n’a pas pu changer l’issue d’une guerre, désespérée dès le début ; mais, au moins, ont-ils contribué à re: ‘47 eù honorer la défaite, et la France, reprenant cette phrase si française du roichevalier, a pu dire: « Tout est perdu fors l’honneur », Or, pour une nation, quand l’honneur est sauf, tout est
sauvé, car il reste l’espoir fondé d’un relèvement qui viendra à l’heure voulue de Dieu.
La marine dans l’Extréme-Orient.
La France n’a pas dans ces contrées lointaines de l’Extrême-Orient les grands intérêts commerciaux de l’Angleterre ; elle n’a pas cette émigration incessante qui porte
des Allemands sous toutes les latituiles ; et pourtant elle a dans le monde entier, et notamment dans la Chine, l’Indo- Chine, le Japon, desintérêts majeurset une clientèle devant lesquels s’effacent ceux mèmes de l'Angleterre et de l’Allemagne. Ces intérêts majeurs, ce sont ceux de l'Eglise ; cette clientèle est formie par les missionnaires catholiques, quelle que soit leur nationalité,et par leurs fidèles. Un homme d'Etat protestant, Guizut, disait qu'à l'étranger, France et catholicisme sont synonymes, et le maréchal Randon, encore protestant, expliquait ainsi l'expédition de Chine: « La France a dans ce pays un intérêt d’un Grdre plus élevé que l'Angleterre; elle lui envoie depuis longtemps des missionnaires qui, en s’exposant à toutes les privations et à tous les périls, sont parvenus à créer de nombreuses communautés catholiques dans les provinces mème les plus reculées du Céleste Empire. C’est une œuvre de civilisation chrétienne qu’il est de notre honneur de soutenir (1) ».
Sadis la France avait pu mériter le beau nom de « soldat de Dicu ». Quoique, depuis un siècle, elle ait cessé d’être officiellement chrétienne, sauf sous la Restauration, elle n’a pas complètement abandonné sa clientèle catholique ; elle reste apôtre par les missionnaires et les religieuses qu’elle envoie dans tous les pays ; elle reste même, dans une certaine mesure, le « sollat de Dieu ». Même des hommes comme Gambetta et Paul Bert reconnaissaient cette mission de la France, lorsqu'ils disaient, le premier que « l’anticléricalisme n'était pas un article d’exportation », le second, « qu’il n'emportait pas l'article 7 dans ses bagages » en partant pour l'Indo-Chine.
Sous le règne de Louis XVI, un évêque missionnaire,
(4) Le Maréchal Randon, par À. Rastoul, Paris, Fimin-Didot, p. 219.
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Pigneaux de Bchaine, rêvait de donner le Tonkin à la France ; le roi l'avait compris, mais la Révolution survint qui fit tout avorter. Dans le courant de ce siècle, la France est intervenue plusieurs fois pour la protection des missionnaires ; elle a fini par étendre son protectorat, direct ou indirect, sur l’Indo-Chine à peu près entière. Nous terminerons cette galerie des marins français, non par un tableau complet du rôle de la marine dans l'Extrême- Orient, mais en rappelant le souvenir de deux marins : l’un, l’amiral Protet, mortellement frappé dans une attaque victorieuse ; l’autre, l'amiral Courbet, terrassé par la maladie alors qu’il venait de donner au drapeau français un nouvel éclat. Il serait impossible de mieux terminer.
SI, — L'AMIRAL PROTET,
Auguste-Léopold Protet était né à Saint-Servan le 29 avril 188 ; il appartenait à cette vieille province de Bretagne à laquelle la France a dû tant de vaillants marins. En 1826, il sortait comme aspirant de deuxième classe de l'Ecole navale, alors à Angoulême. Sa carrière fut rapide ; dès ses débuts sur la Victorieuse, il était signalé comme un oflicier d’aveuir, aimant et connaissant son métier. Enseigne de vaisseau, le 31 décembre 1830, lieutenant de vaisseau, le 10 avril 1837, il était nommé chevalier de la Légion d’honneur à la suite de l’abordage de la Galathée et du Trident. C'était la récompense méritée du courage dont il avait fait preuve dans la circonstance.
Capitaine de frégate le 4 septembre 1846, le commandant Protet, après avoir fait une croisière sur la côte orientale d'Afrique pour le répression de la traite, était appelé en 1850 au gouvernement du Sénégal, C’est à lui qu'on doit faire remonter l’origine de ce mouvement d’expansion
de notre colonie si brillamment développé par le général Faidherbe qui lui a dû sa belle corrière et sa haute réputation. Les succès du commandant Protet lui valurent dans une même année, 1852, la croix d'oflicier de la Légion d'honneur et le grade de capitaine de vaisseau. De nouvelles et heureuses expéditions dans le Podor, la Casamance, le Dialmath,pucifièrent et étendirent notre colonie. L'expédition du Dialmath surtout fit grand honneur au commandant Protet qui avait dû marcher, sous un soleil tropical, contre un ennemi fortement retranché et dix fois plus nombreux et qui en quelques heures l'avait mis cn pleine déroute. Commandeur de la Légion d'honneur à la suite de ce succès brillant et décisif, le commandant Protet, en quittant le Sénégal, son temps étant fini, fut mis à la tête de la division navale des côtes occidentales d’Alrique ; sa connaissance du pays lui permit de rendre de nouveaux services.
Lors de l'expédition de Chine, le commandant Protet était à Paris membre du conseil des travaux de la marine et membre adjoint du conseil d'amirauté. Dans ce poste agréable et envié, il pouvait attendre son grade de contreamiral. Il demanda lui-même à être envoyé en Chine pour servir sous les drdres du contre-amiral Page. Sa demande fut agréée; parti capitaine de vaisseau, il éiait contre-amiral en arrivant en Chine.
Ce fut l'amiral Protet qui choisit Chefoo pour le débarquement de l'armée française, et cet heureux choix ne contribua pas peu à faciliter les succès de la campagne.
Peu de temps après, le vaillant soldat justifinit cette haute pensée de Joseph de Maistre que le cœur du soldat reste bon dans les horreurs de la guerre, en recevant et couvrant de sa protection dix mille Chinois fugitifs, qui poursuivis par les Taïpings, venaient chercher un refuge
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à Ventai. L’amiral s’occupa de ces fugitifs avec un admirable dévouement ct c’est à lui qu’ils durent d'échapper à la mort.
De concert avec l'amiral anglais Hope, l'amiral Protet avait été chargé de la défense de Shang-Haï contre les Taïpings ; il fallait, avec quelques centaines de marins et soldats eurnnéens, défendre une ville très étendue contre des ennemis fort nombreux. L’amiral se multipliait ; on le voyait à toutes les attaques. Les deux amiraux, n°n contents de défendre lu ville, voulurent la dégager eu :hassant les Taïpings des positions qu’ils occupaient. L’entreprise était auducieus?, presque téméraire, surtout avec des forces très inférieures en nombre, mais l'amiral Protet savait qu’il pouvait compter sur la valeur de ses marins et soldats, qui de leur côté avaient toute confiance dans leur chef. Le 16 mai, plusieurs des positions des Taïpings furent enlevées; l'amiral envoyait le soir même au ministre de la marine son rapport sur le succès de ses troupes. Le lendemain l'attaque continuait ; le fort de Nanyao était enlevé comme les autres, mais cette fois la victoire avait était chèrement achetée, l’amiral était tombé mortellement frappé. Un témoin oculaire racontait ainsi sa mort dans une lettre publiée par un journal de l’époque :
« L’amiral avait fait porter en avant le bataillon de chasseurs pour protéger l’artillerie. Accablé par la fatigue et par la fièvre qui l’agitait depuis quelques jours, il reposait dans la jonque qui lui servait d’habitation, lorsqu’on lui annonce que les préparatifs de l’attaque vont être achevés. Aussitôt le clairon sonne ; nos marins se mettent en marche; ils occupent de misérables masures situées derrière notre artillerie, les balles et quelques boulets sifflent sur nos têtes.
« L’amiral, toujours souffrant, reste étendu sur une
natte à la porte d’une habitation ruinée et. attend lui aussi le moment désiré. Ses aides de camp le tiennent.au courant de l'avancement des travaux de la batterie. Tout est prêt; alors c'est une autre fièvre qui s'empare de lui ; il se lève, un élégant burnous de cachemire blanc flotte sur ses épaules: il arrive à la batterie et doune l'ordre d'ouvrir le feu.
« Nos obusiers donnent; chacun admire la précision du tir «le nos canonniers. Il est cinq heures et demie; le temps va nous manquer ; le silence s’est fait dans la place; c’est le moment de l’assaut. Les colonnes s'aancent, l’artillerie légère les devance et tire de manière à écréter les murailles pour en chasser l'ennemi. Eulfin, le feu cesse, les colonnes s'élancent.
« Elles escaladent des défenses impossibles à décrire, rêves réalisés par la peur, obstacles, enchevêtrements incroyables. C’est alors que le feu des rebelles que l’artil= lerie avait fait taire un instant, devient terrible sur les colonnes qui s’élaucent ; c'est alors aussi, qu’au mili u de tous, l'amiral donnant un ordre, tombe foudroyé par une balle en pleine poitrine. Le jeune élève de Courthille, attaché à son état-major, est atteint à la tête à quelques pas de lui. Son aide de camp, le lieutenant de vaisseau Desvaranue, essaye de le souteni*, mais il tombe... et notre brave aumônier Goudeau lui donne une deruière absolution.
« Les colonne: sont dans la place, elle est à nous, l'élan, Ja joie du triomphe s’éteignent dans le deuil, Il faut venger la mort de notre général, On marche le lendemain sur Tsaolin ; on l’enlève d’ussaut, et là pas de quartier; tous les rebelles sont passés à la baïonnette. »
Ainsi tombait en soldat, en chrétien, le vaillant amiral Protet, àgé seulement de cinquante-quatre aus. L'année
nd lui v ent.au . Tout le lui ; > flotte l'ordre
‘cision ie, le place; , l’arter les cesse,
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miral année
suivante l’auteur de ces lignes eut l’occasion de voir le « brave aumônier Goudeau », et celui-ci lui raconta, avec une émotion communicative, les derniers moments de l'amiral, frappé dans une de ces expéditions lointaines où
la France remplit encore, en dépit. des révolutions son.
rôle de soldat de Dieu.
Les funérailles del’amiral Protet à Shanghaï furent magnifiques.Unechapeiie ardente avait été dressée où tous se pressaient; les Chinois commeles résidents européens venaient « témoigner de leur admiration et de leur reconnaissance pour celui qui avait payé de sa vie la délivrance de la province ». Les marins et les soldats venaient prier pour leur général qu'ils aimaient d'autant plus que, leur douant l'exemple et marchant à leur tête, il payait largement de sa personne.
A l’église, des écussons couronnés de lauriers,rappelaient
les principaux faits de la vie militaire de l’amiral ; on y.
lisait notamment les noms de Dialmath, Podor, Bissagos, Kiadine, etc. Plus de cinquante prêtres étaient présents, avec le vicaire apostolique, Mgr Borgnet; ils venaient prier pour celui qui était tombé en combattant pour l'Eglise aussi bien que pour l1 France. Dans ces pays lointains, suivant un mot profond.du protestant Gaizot, France et catholicisme sont synonymes. Le corps de l'amiral fut déposé dans une chapelle élevée par souscription à la mémoire de trois officiers et de dix marins de la Jeanned’Arc, tués en 1855 lors de la prise de Shang-Haï par les Taïpings ; il y était bien placé.
La mort glorieuse de l’amiral Protet produisit en France une profonde impression. L'empereur, qui avait souvent le sens royal, se fit l'interprète du sentiment public dans cette lettre adressée à la veuve de l’amiral :
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