‹ Les marins illustrésChapitre 1 sur 4 · Les marins illustrés · texte numérisé non relu

Les marins illustrés

et l'histoire nous montre que les peuples qui ont su s'emparer de l'empire de In mer ont surpassé tous les autres eu richesse, en puissance, en civilisation. Quels peuples que les Phénicieus, les Grocs et les Carlha|iinois, dans l'antifjuilé! Au moyen àse. Venise, Pise et Gènes, ne sont que de simples cités, mais elles se sont créé une marine active

59 Fuis. lu,. Sim^n Il»v a et C. rit d Erfuilli, I.

et florissante, et elles sont tour ;i tour les reines de la Méditerranée, brillant comme des phares splendides au milieu des ténèbres de la barbarie féodale. Christophe Colomb a plus fait que Charles-Huint pour la gloire et la grandeur ae l'Espagne. C'est (lar leurs vaisseau.x cjne les Portugais et les Holiandais, ces penides qui ont à peine un territoire sur notre continent, deviennent, aux seizième et dix-seplieme siècles, les dominateurs de l'indo et les facteurs du monde. Demandez ;i l'Angleterre d'où lui viennent et sa puissance gigantesque, et sa prospérité fabuleuse, et. sa prépondérance universelle : elle vous mondera ses chantiers de Wioiwiih et de Deptford, et son hôpital de Greenwich, l'asile de ses vieux marins. Oh '. que

In Fiance aurait encore plus de motil's d'être orjjueilleuse cl lière de son rôle dans le monde moderne, si le génie de Colbert s'était perpétué avec la même persévérance que le génie de la reine Elisabeth chez nos voisins d'outre- Mai'iche; si la France, (jui a des ports ouverts sur l'Océan, sur la nier du Nord et sur la Méditerranée, s'était conslammcul préoccupée de la grandeur et de la prospérité de sa marine !

Un instinct secret a toujours averti les peuples riverains de la mer que c'est là le plus noble théâtre que Dieu ait offert à l'audace et à l'industrie de l'homme. Aussi voyonsnous que, dans tous les temps et chez tous les peuples, les grands marins ont toujours joui du privilège dune admiration sans réserve et d'une sympathie unanime. C'est surtout dans leurs rangs qu'abondent les noms vraiment populaires. Vous ne rencontrerez pas un Hollandais qui ne se découvre au nom de Tromp ou do Ruyler. Quel Génois ne prononce avec orgueil celui de Doria? Beaucoup de Français, sans doute, ignorent encore à quels souvenirs glorieux de notre histoire se rattachent les noms des Turenne, des Condé, dos Vauban ; mais nommez-leur ou Jean Bart, ou du Quesnc, ou du Guay-Trouin, et vous verrez s'ils ne savent pas que ce sont là trois noms des plus illustres de la manne française, sous le régne d'un grand roi qui s'appelait Louis XIV.

Le peuple, dans sa justice que rien n'égare, mesure la gloire du marin à la somme d'audace, d'abnégation et de courage qu'il est tenu de dépenser dans sa rude carrière. Sur la mer, il semble que l'homme s'élève du premier bond à des proportions surhumaines; il grandit, à nos yeux, de toute l'immensité de l'élément qu'il domine, de toute la grandeur des périls qu'il affronte. D'ailleurs, la supériorité du marin procède de tant de qualités et de talents divers, qu'elle ne saurait jamais être le partage d'un cœur et d'un esprit d'une trempe vulgaire. « Qu'est-ce qu'un homme de mir? a dit Thomas. — C'est un homme qui, placé sur un élément orageux, où il a des enni mis à combattre, doit mettre toute la nature d'intelligence avec lui-même.-..; commander à son navire, comme l'àme commande au corps, avec le même empire et la même rapidité; distinguer la direction réelle des vents dans leur direction apparente; diminuer ou augmenter à son gré leur impulsion; tirer de la même force des effets tout contraires;

se rendre niailre de l'agitation des vagues , ou même la faire concourir à la victoire; enchaîner l'inconstance do tant de causes différentes, de la combinaison desquelles résulte le succès; enfln, calculer les probabilités et maîtriser les hasards, tel est l'art d'un homme de mer. »

Encore le rhéteur a-t-il oublié de nous montrer son héros dirigeant, intrépide et calme au milieu des éléments de ruine et de mort qui l'environnent de toutes parts, la foudre multiple que recèlent les lianes de son navire. Ainsi, vous voyez bien que cet art si complexe de l'homme de mer a quelque chose de sublime, de divin même, qui saisit et captive l'imagination, qui commande à bon droit l'admiration et le respect!

C'est à ce double sentiment que nous avons voulu répondre en offrant à nos lecteurs une galerie des marins les plus illustres. Nous aurions pu la rendre plus nombreuse; mais, obligé de nous restreindre, nous avons mieux aimé réduire le nombre de nos portraits que d'en tronquer le dessin. Il nous a semblé que ce n'était pas faire connaiire un personnage que de placer sous sou nom un sommaire aride de ses faits et gestes depuis sa naissance jusqu'à sa mort. Une biographie ainsi faite ressemble trop à une collcctifln d'épitaphes; nous voulions promener notre lecteur dans un musée, et non pas dans un cimetière; lui montrer de nobles figures animées de leur auréole de gloire, et non pas de froids squeh Iles enveloppés de leur linceul. Nous avons compris la biographie comme Plutarque et Cornélius Nepos, et nous avons essayé de faire aussi de l'histoire sous des noms propres.

On regrettera, sans doute, (dus d'un nom absent de celte galerie. Nous croyons qu'on ne nous reprochera pas d'avoir laissé usurper à une célébrité secondaire la place d'une illustration de premier ordre.

Cet essai, exclusivement consacré aux plus grands noms de la marine niililâire dans 1rs temps modernes, appellerait pour pendant nue galerie de grands navigateurs. iVous y avons pensé, cl cette pensée nous la réaliserons, si l'accueil l'ait à ce pnmier travail nous autorise à croire que le |)ublic ne trouverait pas nos efforts trop au-dessous d'un si beau sujet.

Page 1