‹ Les marins Rochelais: notes biographiquesChapitre 10 sur 53 · MICHEL BEGON · texte numérisé non relu

MICHEL BEGON

Michel Begon, chevalier, seigneur de Murbelin, du Tertre, de la Picardière et autres lieux, magistrat et administrateur, né à Blois en 1638, mort à Rochefort le 4 Mars 1710, remplit d'abord dans sa ville natale les premières charges de la magistrature. Le marquis de Seignelay, son parent, l'ayant fait entrer dans la marine, il eut successivement l'intendance des îles françaises de l'Amérique, le gouvernement du Canada et l'intendance des galères de Rochefort et de La Rochelle le 15 septembre 1688 jusqu'en 1710. Partout il fit admirer ses talents et sa probité. Il protégeait les savants, les aimait, s'intéressait à leurs succès, leur ouvrait sa bibliothèque. Il avait un riche cabinet de médailles, d'antiques, d'estampes, de coquillages, de plantes rares, et d'autres curiosités rassemblées des quatre parties du monde : il fit graver les portraits de plusieurs personnages illustres du dix-septième siècle, et rassembla des mémoires sur leurs vies. C'est sur ces matériaux que Perrault a fait ses Eloges des Hommes illustres de France. Plumier qui visita Saint-Domingue au moment où Begon s y trouvait, a

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« étrangers où ils ont porté leurs meilleurs effets. Nous « voyons encore avec plus de chagrin que ceux qui sont « restés dans leurs maisons trouvent des difficultés insur- « montables auprès des curés, lorsqu'ils se veulent marier. « Les évêques n'ont pu jusqu'à présent, apporter de remèdes « à ce mal, il n'y a que l'autorité royale qui puisse mettre « ces gens-là en état d'avoir des successeurs. Les évêques « sont pleins de zèle pour la conversion de leurs diocésains, « mais ils ne sont pas soulagés par les autres ecclésiastiques « et par les curés, dont la plupart sont très ignorants, très « intéressés, chicaneurs et peu charitables (1). »

Mais bien peu de ces conversions devaient être sincères si l'on en juge aux moyens employés par les convertisseurs pour les obtenir. Il faut lire, à ce sujet, ce qu'a écrit un témoin tout-à-fait désintéressé et attaché de cœur au catholicisme, « De la torture à l'abjuration, dit le duc de « Saint-Simon, et de celle-ci à la communion, il n y avoit « souvent pas vingt-quatre heures de distance. Presque tous « les évêques se prêtèrent à cette pratique impie. La plupart « animèrent les bourreaux et forcèrent les conversions pour « grossir le nombre de leurs conquêtes, dont ils envoyoient « les états à la cour, afin d'être d autant plus approchés des « récompenses. Le roi s'applaudissoit de sa puissance et de

(1) A. de Boislile : Notice sur les mémoires des Intendants; Baron L. de la Morinerie : Michel Begon, intendant de La Rochelle 1638-1710, Paris 1855, in-8° ; Histoire de Rochefort par le P. Théodore de Blois (1733, in-4°) p. 76-102 ; A. Jal : Dictionnaire critique de biographie et d'histoire (2* édit., Paris 1872, in-8°) p. 168-175 ; Un curieux du xvii 6 siècle : Michel Begon, intendant de La Rochelle, Paris, in-8°, 1874 ; Georges Musset : Mémoire de Begon sur la Généralité de La Rochelle. Archives Historiques de Saintonge et d'Aunis, 1875.

« sa piété : les évêques lui écrivoient des panégyriques, les « Jésuites en faisoient retentir les chaires et les missions. « Le monarque ne s'étoit jamais vu si grand devant les « hommes, ni si avancé devant Dieu dans la réparation du « scandale de sa vie. Il n'entendoit que des éloges, tandis « que les bons et vrais catholiques, les saints évêques « gémissoient, de tout leur cœur, de voir des orthodoxes « imiter contre les hérétiques ce que les tyrans païens « avoient fait contre les confesseurs et les martyrs. Ils ne se « pouvoient consoler de cette immensité de parjures et de « sacrilèges : ils pleuroient amèrement de l'odieux que ces « détestables moyens répandaient sur la religion (1). »

« Sur toutes choses, ne forcez jamais vos sujets à a changer leur religion. Nulle puissance humaine ne peut « forcer le retranchement impénétrable de la liberté du « cœur », disait Fénélon au chevalier de Saint-Georges, lorsqu'il fut le voir à l'archevêché de Cambrai.

(1) Raoul Allier : La cabale des dévots, 1904.

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