LOUIS-ANTOINE HÉRON
C'est à l'obligeance et à l'érudition consciencieuse de M. Th. de Brémond d'Ars que nous devons les deux notices suivantes :
Louis-Antoine Héron, écuyer, issu d'une famille rochelaise, est né en 1717 du mariage d'Antoine Héron, écuyer, conseiller du Roi, sénéchal, juge civil et criminel du Cap de Saint-Domingue, y décédé, et de Marie-Françoise du Bois deMontfort, veuve dès 1719, qui avait épousé en premières noces M. d'Esgrieux (dont elle avait eu un fils, Louis, chevalier d'Esgrieux, écuyer, enseigne de vaisseau).
Louis-Antoine Héron était enseigne des vaisseaux du Roi, lorsqu'il épousa, le 22 mai 1752, Guy Bertille de Brach d'Esnandes, native de Rochefort, fille de feu Jean-François- Louis de Brach, chevalier de Saint-Louis, capitaine des frégates légères de Sa Majesté, gouverneur du fort Saint- Pierre (Martinique), et de Marie-Thérèse Boutou de la Bogisière. Il avait le grade de lieutenant de vaisseau, à 100 livres par mois, lorsqu'il s'embarqua, le 15 février 1754, sur le vaisseau V Aquilon, commandé par M. Bidé de
Maurville, capitaine des vaisseaux du Roi, et fut tué au combat du 17 mai suivant (certificat de la marine).
De son mariage avec M lle de Brach, il laissa un fils qui semble être décédé jeune et sans postérité, et une fille, Marie-Bertille Héron, mariée le 6 février 1775 à René-Charles de Turpin, chevalier, seigneur du Breuil-Marmand, officier au régiment du Roi-infanterie.
Louis-Antoine avait une sœur, Antoinette-Elisabeth Héron, qui épousa Allain Nogérée, écuyer, seigneur de la Filière, capitaine de vaisseau, chevalier de Saint-Louis.
Leur aïeul paternel, Antoine Héron, écuyer, conseiller secrétaire du Roi, se qualifie juge-consul, receveur des castors, ci-devant directeur de la Compagnie des Indes Occidentales de la Rochelle, lorsqu'il présente requête au Conseil du Roi (1690) sur ce que Messieurs du Présidial de la Rochelle refusent de le recevoir et reconnaître en l'office de conseiller honoraire audit Présidial, charge à lui octroyée par le Roi, le 5 mai de la même année, sous le prétexte qu'il n'est à présent qu'un marchand, qu'il avait été souscommis, que sa naissance légitime n'est pas prouvée (1), etc., à quoi répond le suppliant que, depuis trente-six ans, qu'il est établi à la Rochelle, il n'a jamais fait que le trafic des mers, qu'il a commencé par être directeur de la Compagnie des Indes Occidentales à 3.000 livres d'appointements, puis qu'il a été élu premier juge consul quatre fois (2), en
(1) Il était né de parente professant la R. Réformée.
(2) M. G. Meneau, dans la nomenclature chronologique qui termine son intéressante Notice sur V origine du tribunal de commerce de l& Rochelle, indique en effet Antoine Héron comme juge consul dans les années 1670, 1673, 1675, 1678, 1690.
conséquence de quoi, il demande à être confirmé et reconnu en ladite charge de conseiller honoraire au Présidial.
Suit un arrêt conforme à la requête, donné à Versailles, le 16 juillet 1690, sur le rapport de Phelippeaux de Pontchartrain.
C'est ainsi que la noblesse de robe, qui devait plus tard soutenir le Tiers-Etat dans ses justes revendications, se montre alors singulièrement exclusive et jalouse de ses privilèges. Elle s'élève contre le trafic des charges conférant la noblesse, oubliant que la création des titres, moyennant finances, est la conséquence de ses privilèges en matière d'impôts et qu'ici le Souverain entend récompenser et encourager le commerce maritime, source de richesses pour l'Etat et justifiant ainsi le mot sévère de Ch. Louandre : « Par ses préjugés en matière de travail et de commerce, la noblesse française arrête, pendant de longs siècles, l'essor de la fortune publique. » Il appartenait à l'Angleterre de montrer qu'une aristocratie intelligente ne pouvait se maintenir qu'à la condition de se recruter sans cesse dans tous les rangs de la société, en appelant à elle tous les genres de distinction, quelle que soit leur origine, en se rajeunissant par des éléments nouveaux et en justifiant constamment l'élévation du rang par l'éclat du mérite individuel.
Antoine Héron avait épousé Elisabeth Thibault. Un brevet d'armoiries, du 16 juillet 1697, signé d'Hozier, régla de la manière suivante son blason et celui de sa femme : « Accolé, au y er d'azur au héron d'argent, qui est Héron ; au 2 e de sable, au chevron accompagné de 3 grappes de raisin, le tout d'argent, qui est Thibault. »
FAMILLE DE SARTRE
Jacques-Honoré-François de Sartre, chevalier, seigneur de Vénérand et du Pavillon, né à Rochefort en novembre 1748, entra au service dans ce port, comme garde de la marine, en 1765. Il passa dans la seconde compagnie des mousquetaires de la garde du Roi le 6 août 1769, obtint une commission de capitaine de cavalerie, le 17 avril 1774, et se retira du service, Tannée suivante, époque de son mariage (contrat du 18 juillet 1775, reçu par Delàvergne, notaire à la Rochelle) avec demoiselle Marie-Elisabeth Carré de Sainte^Gemme, fille de messire Jean-Antoine Carré, écuyer, seigneur baron de Sainte-Gemme, conseiller secrétaire du Roi en ladite ville, et de Marie-Anne Petit du Petit- Val.
Il est décédé à Vénérand, le 15 janvier 1834, laissant postérité encore représentée à la Rochelle (1870), notamment par MM. Joseph et Frédéric de Sartre, officiers aux 12° et 6° chasseurs à cheval.
Son père, Laurent-Louis de Sartre de Saint-Laurent, chevalier de Saint-Louis, issu d'une ancienne famille noble
originaire du Bas-Languedoc, a fourni une plus longue carrière dans la marine.
Né à Montpellier, le 23 avril 1700, du mariage de Pierre de Sartre, écuyer, seigneur de Caveirac, Clarensac, Saint-Cézaire, etc., et de Bernardine de Scorbïac, il entra au service en qualité de gentilhomme garde de la marine en 1719, fit la campagne de Québec en 1721, servit à Saint- Domingue en 1722 et 1723. Promu enseigne en 1731, il alla au Mississipi en 1734 ; eut une compagnie en 1738; fut envoyé à la Louisiane en 1739 et 1740.
Devenu lieutenant en 1741, il fit la campagne de 1742, dans l'escadre de M. de Court, et celle de 1744, à l'île Royale; fut attaché, en 1745 et 1746, à l'escadre de M. de Macnémara et prit une part glorieuse au combat du môle Saint-Nicolas. On le trouve à Québec en 1747, à l'île Royale en 1752. Nommé capitaine de vaisseau en 1754, il se distingua en 1756 et 1757 sous les ordres de MM. de Conflans, de Bauffremont et du Bois de la Mothe. Il fit partie de l'escadre de M. d'Aubigny en 1762, ayant eu, pendant cette dernière campagne, le commandement du vaisseau YInflexible.
Il épousa, par contrat du 9 mai 1745 (Gaultier et Guiton, notaires à Rochefort) demoiselle Elisabeth Lambert, fille de feu Honoré-Henri Lambert, lieutenant-général au siège de Rochefort, et de Marie Daniaud, laquelle Marie Daniaud était fille d'un maire de Rochefort et sœur de Catherine Daniaud, mariée au Rochelais Isaac Chadeau de la Clocheterie, alors lieutenant des vaisseaux du Roi, et d'autre Marie Daniaud, qui avait épousé François Chauvet du Breuil, écuyer, avocat du Roi au bureau des finances de la Rochelle.
128 LES MARINS ROOHELÀIS
Par ces alliances, Laurent-Louis de Sartre se rattache au pays rochelais.
Armoiries. La famille de Sartre porte : « d'azur à, la fasce d'argent, chargée de trois étoiles de gueules, surmontée d'une aiglette d'argent et accompagnée d'un croissant de même, en pointe. »
Il ne laissa qu'an fils, dont le nom figure en tête de cet article.