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FAMILLE DE BEAUHARNOIS

Originaire de Bretagne, établie dans l'Orléanais depuis cinq siècles (1), la maison de Beauharnois se rattache à la Rochelle par l'alliance qu'y contracta, le 11 mai 1713, Claude de Beauharnois, chevalier, seigneur de Beaumont et de Villechauve, capitaine des vaisseaux du Roi, chevalier de Saint-Louis.

Claude de Beauharnois n'était pas le premier marin de sa famille.

Guillaume de Beauharnois était capitaine de navire dans la flotte commandée, en 1633, par l'archevêque de Bordeaux, H. d'Escoubleau de Sourdis.

Parmi les enfants de Jean de Beauharnois, chevalier de Saint-Michel, et de Marguerite-Françoise Pyvart de Chastullé figure « haut et puissant seigneur François de Beauharnois, chevalier, baron de Beau ville, conseiller du Roi et intendant général des flottes et armées navales de Sa Majesté ». (Alph. Paillaud de Saint-Aiglan.)

Le pavillon français était glorieusement porté sur les

(1) Guillaume de Beauharnois et Jean, son fils, servirent de témoins dans le procès justificatif de Jeanne Darc.

mers par les Tourville, les Duquesne, les Duguay-Trouin. D'illustres marins, après les fatigues de rudes campagnes, finissaient par se fixer de l'autre côté de l'Océan, dirigeant cette nouvelle France, ces nouveaux établissements que Coligny avait rêvés et que réalisait Colbert. François de Beauharnois, son frère Charles et leurs enfants entrèrent résolument dans cette carrière. Le 2 avril 1707, François de Beauharnois obtint un brevet de colonisation pour le Port Maltois, établissement de pêcherie de l'Acadie, érigé le 25 juin en baronnie de Beauville. « Voulant favoriser « rétablissement du Port Maltois, l'extension des pêcheries a françaises en Amérique, et les progrès de la colonisation « de l'Acadie, le Roi fait à François de Beauharnois, « seigneur de la Chaussée, don plein et entier du Port « Maltois et de ses dépendances jusqu'à la rivière, territoire « qui comprend quatre lieues de front sur deux de profon- « deur, tirant du côté de la Hève, à l'est, un quart nord-est, « avec les isles et islots adjacents, pour en jouir par lui, (( ses héritiers ou ayant-cause, à perpétuité, comme de leur « propre, à titre de fief et seigneurie, haute et moyenne et (( basse justice, droit de chasse, pêche, et traite avec lessau- « vages, et autres droits seigneuriaux, à la charge de porter a foi et hommage au château de Saint-Louis de Québec. »

Dix années n'étaient pas écoulées et l'Acadie était livrée aux Anglais par le traité d'Utrecht (1713). Mais, avant ce désastre, Beauharnois avait été nommé, en 1710, intendant de justice, police et finances en la généralité de la Rochelle et de la marine à Rochefort.

François de Beauharnois mourut âgé de 81 ans, le 8 octobre 1746,

Des quatorze enfants de François IV de Beàuharnois, il ne restait plus que deux fils, le capitaine de vaisseau Claude, nommé en tête de cet article, et le chevalier Charles de Beàuharnois de la Boische, qui embrassa également la carrière maritime.

En 1707, Duguay-Trouin, dans ses Mémoires, nous le montre attaquant avec toute l'audace possible le bâtiment anglais le Royal Oak, de soixante-seize canons, bien que X Achille qu'il montait n'en eût que soixante-six. Nos marins s'élancent à l'abordage. Beàuharnois allait se rendre maître du Boyal Oak, lorsqu'une effroyable détonation éclate sur son propre navire ; des gargousses pleines de poudre ont pris feu et plus de cent hommes y perdent la vie. Le brave commandant, forcé de pousser au large, éteint, à force de travail et de sang-froid, l'horrible embrasement. Mais, pendant ce temps, le Royal Oak se dégage des grappins français et se sauve à force de voiles. Le 23 avril 1708, le chevalier de Beàuharnois obtient le gouvernement des ville et château de Québec qu'il conserve jusqu'en 1726. Cette même année, il est nommé gouverneur pour le Roi et lieutenant-général aux possessions françaises dans l'Amérique septentrionale.

Le 22 mars 1732, il reçoit le cordon de commandeur de l'ordre de Saint-Louis, en récompense de ses services signalés et de sa valeur éprouvée. Le 1 er janvier 1748, il est promu au rang de lieutenant-général des flottes et armées navales.

Devenu marquis de Beàuharnois, il mourut sans enfants, le 12 juin 1749.

« Ses biens passèrent à l'héritier de sa maison, François de Beàuharnois, chevalier, marquis de la Ferté-Aurain, baron

de Beauville, seigneur de la Chaussée, né à la Rochelle le 8 février 1714, de Claude de Beauharnois de Beaumont et de Renée Hardouineau (1).

« François ne dégénéra pas du courage de son père et de ses oncles. Major des armées navales en 1754, il fut, par lettres du 1 er novembre 1756, pourvu du titre de gouverneur et lieutenant-général des îles de la Martinique, la Guadeloupe, Marie-Galande, Saint-Martin, Saint-Barthélémy, la Désirade, la Dominique, Sainte-Lucie, la Grenade, les Grenadines, Tabago, Saint-Vincent et autres îles du Vent en Amérique.

« La fameuse guerre de 1755 fournit au nouveau gouverneur l'occasion de montrer qu'il était digne de la confiance royale. L'union entre l'Angleterre et la France durait depuis sept années, aucun nuage ne l'avait troublée. Tout à coup, en pleine paix, sans aucun motif qui pût légitimer ou faire pressentir une attaque soudaine, le cabinet de Saint-James envoie des vaisseaux sur toutes les mers pour enlever les bâtiments français naviguant paisiblement sur la foi des traités.

« Une flotte considérable apparaît dans les eaux des Antilles et fond sur nos colonies, déjà si rudement éprouvées par les désastres de 1703 et de 1741. Cette flotte, composée de douze vaisseaux, six frégates, quatre galiotes à bombes et quatre-vingts bâtiments de transport, portant 8.000 hommes de troupes de débarquement, attaque, à l'improviste, la Martinique en 1759.

(1) Elle était fille de Pierre Hardouineau, écuyer, directeur des domaines et bois de la généralité de la Rochelle et de Renée Le Pays de Bourjolly.

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« A la voix de leur gouverneur, les milices coloniales, les habitants avides de montrer leur dévouement à la mèrepatrie, s'arment à la hâte, courent au rivage, arrêtent l'ennemi, lui font perdre 400 hommes tués ou faits prisonniers, et l'obligent à se rembarquer avec une honteuse précipitation. Le reste des Antilles paya pour la courageuse colonie... »

Marie^Anne-Henriette Pyvart de Chastullé, que F. de Beauharnois avait épousée le 16 septembre 1751, lui donna deux fils : l'un François, né à la Rochelle le 21 avril 1756, qui devint député à l'Assemblée nationale, ambassadeur en 1805, commandeur de la Légion d'honneur ; l'autre qui devait être le général Alexandre de Beauharnois (28 mai 1760), marié en 1779 à Joséphine Tascher de la Pagerie, depuis Impératrice des Français.

« La France se montra reconnaissante envers le gouverneur qui lui avait sauvé une de ses plus belles colonies. Louis XV, par lettres patentes datées de juillet 1764, érigea en marquisat, sous le nom de la Ferté-Beauharnois, la châtellenie de la Ferté-Aurain, « en considération, dit-il, « des services de sa famille et des siens à Sa Majesté « depuis trente-cinq ans, tant dans la marine que comme « gouverneur général de la Martinique^ dont il avait chassé, « dans la dernière guerre et avant son retour en France, « les Anglais débarqués. »

« La même année, le marquis de la Ferté-Beauharnois fut nommé chef d'escadre des armées navales.

« Il avait un frère, Claude de Beauharnois, chevalier, comte des Roches-Baritaud , né à Rochefort le 16 janvier 1717, qui, marchant sur les traces de son père, commanda,

pendant quatre ans, l'artillerie française an Canada/ et fut, le 15 mai 1756, promu au grade de capitaine de vaisseau.

« Comme son frère, Claude prit une part glorieuse aux événements de la guerre de 1759. Le vaisseau la Bellone qu'il montait fut attaqué par deux navires anglais ; il s'engagea un combat terrible, proclamé, par tous les officiers de marine et par le Roi lui-même, l'un des plus meurtriers qu'on eût jamais vus. La Bellone tint bon, malgré l'inégalité du nombre. Enfin, après cinq heures de lutte acharnée, quand le canon se tut, quand la fumée se dissipa, on put voir les deux vaisseaux anglais en fuite, et le navire français régnant seul sur les eaux, mutilé, mais triomphant.

« Louis XV couronna ce beau fait d'armes en érigeant, par lettres patentes données en juin 1729, la seigneurie des Roches-Baritaud en comté du même nom.

« Le comte des Roches-Baritaud ne put jouir de cette faveur du Souverain. Il ne tarda pas à mourir, jeune encore, à Paris. » (Alph. Paillaud de Saint- Aiglan.)

Claude de Beauharnois avait acquis la terre des Roches des héritiers de Gabriel de Châteaubriant. Le 18 septembre 1761, il rendit son aveu et dénombrement à la baronnie de Mareuil sur le Lay. Partagée entre sa veuve, la comtesse Fanny de Beauharnois, née Mouchard de Chaban, et ses enfants, la terre des Roches fut vendue en divers lots. Le château, vaste et belle construction du xv e siècle, a été brûlé à deux reprises, en 1793, par les colonnes infernales. Il n'en reste que le donjon et la poterne flanquée de deux grosses tours, le tout entouré de douves alimentées par des sources abondantes. Malheureusement les titres ont été détruits en 1793.

Bien qu'il fût attaché au port de Rochefort comme capitaine de vaisseau, Claude de Beauharnois paraît avoir eu un domicile à la Rochelle. C'est en effet dans cette ville que sont nés trois de ses enfants : Claude en 1756, Marie-Françoise en 1757 et Anne-Amédée en 1760.

L'écusson des Beauharnois porte d'argent à une fasce de sable surmontée de trois merlettes de sable. Devise : « Autre ne sers I »

CHARLES DESANGLOIS

Il existe à la Bibliothèque de la Rochelle, dans an recueil de pièces formé par Arcère, une plaquette portant le titre suivant :

« Relation d'un combat soutenu par un Navire de la Rochelle, expédié pour la Louisianne le 25 novembre 4156, ayant pour Artillerie 4 Canons de trois livres de Balle avec quelques Fusils, 45 Hommes d'Equipage, Officiers, Majors, Mariniers et Mousses compris, ayant à Bord trente Passagers pour le Roy, dont le plus grand nombre étoient Femmes, Filles et Enfans, seulement dix à douze Soldats de nouvelle levée en état de défense. Le Navire est du port de cent cinquante Tonneaux, nommé La Rochelle, commandé par le Brave et Valeureux Capitaine Charles Desanglois, qui s'est distingué dans les trois attaques qu'il a eu, avec un sang-froid et un courage admirable, contre un Corsaire anglais de 90 à 400 Hommes d'équipage, armé de 40 Canons, 42 Pierners, 6 Espingolles, Fusils et autres Armes.

« Suite du détail des Actions, copié mot par mot du journal dudit Capitaine Desanglois.

« Le 25 novembre 1756, nous avons appareillé de la Rade de Chef de Baye par un vent de N. E., faisant route à

rOnest et 0. quart S. 0. jusqu'à onze heures du matin 26 dudit, que nous vîmes, de la tête des mâts, un navire qui nous restoit au N. 0. faisant le S. S. E. Jugeant qu'il pouvoit être ennemi, nous arrivâmes au Sud, et y avons couru jusques sur les quatre heures du matin, que nous mîmes le Cap au S. 0. et S. 0. quart Ouest, jusqu'au lendemain sans avoir rien vu ; mais le 27 dudit, à une heure et demie après midi, nous vîmes un navire qui nous parut être le même que nous avions vu ci-devant, qui nous restoit à l'Est, courant au 0. N. 0. Nous mîmes sur le champ le cap au N. N. 0. pour lui cacher notre route...

(( Le lendemain 28, à deux heures après midi, nous revîmes le même navire qui était distant de nous d'environ deux lieues, nous paraissant faire le N. E. La mer était belle, et sa marche bien supérieure à la nôtre, lui permet de porter sa portée jusque dans nos eaux, après quoi, croisant de bord, sur les trois heures et demie, il nous joignit.

« Sur les cinq heures du soir, il assura aussitôt son pavillon et nous livra combat, se tenant dans notre hanche de tribord, en nous criant en français d'amener. Mais n'étant point de cette volonté et voyant notre équipage bien disposé à se défendre, nous lui répondîmes de notre petite volée qui fut suivie d'un cri unanime de « Vive le Roy » et de notre mousqueterie.

« Nous nous défendîmes de cette première attaque avec bon courage, nous lui fîmes sans doute beaucoup de dégâts, car, soit pour faire reposer son monde ou réparer ses avaries, il nous donna relâche jusque sur les neuf heures et demie, se tenant derrière nous à la distance d'environ deux portées de canon.

« Nous avons jugé, par le feu de ce navire, qu'il avoit au moins dix à douze canons et environ 100 hommes d'équipage.

a Nous avons eu, dans cette première attaque, notre chirurgien blessé à la joue droite et un soldat de recrue à la cuisse gauche.

« Sur les dix heures, il recommença le combat, mais le courage de notre équipage ayant redoublé par la première résistance, nous l'avons contraint, pour la seconde fois, de nous abandonner à onze heures et demie ; cette seconde action ayant été vive, quoiqu'elle n'a duré qu'une heure et demie, nous avons eu 5 passagers des nouvelles recrues blessés et hors de combat, le maître d'équipage blessé d'un coup de fusil qui lui a traversé le bras, et un matelot qui a reçu un coup de fusil dans la poitrine gauche et un autre dans le bras droit.

« Enfin, pour la troisième reprise, qui fut le 30 dudit mois sur les dix heures du matin, il revint encore à la charge pour faire en sorte de nous déborder, ayant mis ses grappins au bout de ses vergues, il se faisait nager par douze avirons, ce qui lui donnoit beaucoup d'avantage à nous canonner de toutes parts, il fit, deux fois, le tour de notre navire, c'est là où nous reconnûmes que ce corsaire avoit dix canons montés, douze pierriers et six espingoles dans ses hunes, avec 80 à 90 hommes d'équipage.

« N'ayant pas osé venir à l'abordage, il passa dans notre derrière, mais lorsqu'il fut à portée du fusil, nous lui tirâmes deux coups de canon que nous avions passé en retraite, empoisonnés de pinces, harpons et plusieurs paquets de mitraille qui lui démontèrent partie de ses avirons,, et dans

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le même instant, nous les entendîmes pousser de grands cris, en faisant tout ce qu'ils pouvaient pour se faire culer* N'ayant presque plus d'avirons, il ne lui était pas bien aisé, ce qui nous facilita à lui envoyer encore deux autres coups de canon à mitraille qui réussirent comme les premiers et qui firent grand fracas, ce que nous avons jugé par les cris affreux qu'ils redoublèrent; soit que nous lui ayons tué beaucoup de monde ou donné quelques coups de canon à l'eau, il nous a totalement abandonné.

<( Nous étant aperçu, lorsqu'il fut à une lieue de nous, qu'il manœuvrait mal à son aise, mettant son navire à la bande, tantôt sur tribord et tantôt sur bâbord.

« Il nous a tiré, dans ces trois attaques, plus de trois cents coups de canons. Dans cette dernière, j'ai été blessé d'une mitraille qui m'a traversé la main, mon second a reçu une balle de fusil à l'épaule droite, notre pilotin a eu une balle qui lui a traversé la jambe, un soldat a aussi été blessé et un Alsacien tué.

« Nous avons été, pendant deux jours, à nous recastiller le mieux qu'il nous a été possible, et étant hors d'état de continuer notre voyage, nous avons pris le parti de relâcher au premier port. Dieu nous ayant conduit dans la rade de Saint-Jean-de-Luz, nous y avons mouillé, le 9 décembre, pour y réparer notre dommage, guérir nos blessés et nous ravitailler.

(( Le total de nos blessés est :

« 6 hommes de notre équipage.

« 7 soldats de nouvelle levée.

a 1 seul homme tué.

« Ce combat s'est passé par la latitude de 46 degrés nord et par les 12 degrés 10 minutes de longitude. »

Nous avons reproduit le récit de Desanglois, capitaine de la marine marchande, moins à cause de son intérêt réel que comme un épisode des nombreuses rencontres entre les marins rochelais et les corsaires anglais.

M. Aristide Guilbert, dans Y Histoire des villes de France, rapporte, après tous nos chroniqueurs, avec quelle énergie « le 3 septembre 1757, les habitants de la côte repoussèrent glorieusement une flotte anglaise, composée de dix-sept vaisseaux, neuf frégates, deux galiotes à bombes, plusieurs brûlots et soixante-seize bâtiments de transport, qui avait pénétré dans le pertuis d'Antioche. Sous le règne de Louis XVI, les Rochelais prirent une part active à cette guerre de l'indépendance américaine qui demeurera Tune des plus solides gloires de notre France. De 1778 à 1783, les corsaires rochelais firent sur les Anglais pour plus de onze cent mille livres de prises ». Pendant les guerres de la République et du premier Empire, « ils se distinguèrent de nouveau par leurs exploits ; l'un d'entre eux surtout, le capitaine Abraham-Jean-Louis Giscard, fit des prises nombreuses ». (Abraham Auger.)

« Les années 1796 et 1797 virent les Fizel, Levasseur, Knell, Lau, Despéroux sortir du port de la Rochelle et faire éprouver de terribles échecs à l'ennemi. » (France maritime.)

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