ABRAHAM-JEAN-LOUIS GISCARD
Né à Vevey, canton de Vaud (Suisse), d'une honorable famille catholique, au mois de mai 1764, Abraham Jean- Louis Giscard prend de bonne heure du service dans la marine française.
Enseigne de vaisseau, il donne sa démission pour venir commander à la Rochelle, un des nombreux corsaires que MM. Chégaray frères armaient pour la course.
Par son mariage, le 7 thermidor an V, avec M 116 Elisabeth Grillard, de la Rochelle, il se fixe définitivement dans cette ville.
Son début sur la Mouche fut brillant. Ancienne corvette de l'Etat armée de 16 canons et montée par 161 hommes d'équipage, la Mouche sortit pour la première fois le 15 mai
Quelques jours après, elle rentrait triomphante au port, remorquant deux navires portugais, la Jardiniara et la Santa Thereza et un navire anglais Y Elisabeth, de Liverpool, armé de 12 canons. La liquidation de cette première croisière s'éleva à 1.500.000 livres.
LES MARINS ROGHELÀIS 193.
Rendant compte de ces prises au ministre de la marine, Pierre-François Roy, juge de paix du canton sud de la Rochelle, affirmait qu' « on devait mettre cette expédition (( au nombre des plus heureuses faites en ce genre pendant « cette guerre, et il ajoutait qu'un succès aussi complet (( méritait aux armateurs tous les encouragements capables « de seconder leur zèle et leur activité, et au capitaine « Giscard tous les éloges dus à un marin consommé et à un « cœur intrépide. »
Dans sa seconde croisière, la même année (1797), il amarina le navire américain John et Richard et deux bâtiments portugais le Saint-Gaiter et le San-Ântonio, dont la liquidation produisit 1.600.000 livres.
Désormais la réputation de Giscard était consacrée.
Commandant les navires la Rochelaise, la Revanche, Y Oncle Thomas, YEnfant du carnaval et YElisabeth, il continue ses croisières, et enrichit Chégaray et les actionnaires de ces divers bâtiments, par d'utiles et glorieuses campagnes.
En 1802, on lui confiait le Comte Regnault de Saint- Jeand'Angély, petite corvette armée de 18 canons. Giscard revenait d'une longue et fructueuse croisière, était en vue de l'île de Ré, lorsqu'il fit la rencontre dune frégate anglaise. Ne pouvant l'éviter, il accepte le combat. Une lutte acharnée s'engage, mais l'ennemi supérieur en nombre doit rester vainqueur, et, pour la première fois, Giscard est forcé de se rendre.
Prisonnier d'abord sur ces pontons, dont Garneray a tracé le sinistre tableau avec un saisissant réalisme, puis interné dans une ville de l'Angleterre, il est délivré, au bout de deux ans, par sa famille, qui rachète avec lui ses officiers et
quelques matelots dévoués, qu'il ne voulut pas laisser exposés aux souffrances d'une si rude captivité.
La paix conclue, Giscard continua à naviguer au commerce. Il commanda pour les maisons Garesché et Rasteau et fit plusieurs voyages aux Antilles, et à la constante satisfaction de ses honorables armateurs.
En 1815, fatigué d'une active carrière, il se retira dans sa propriété du Clavier, commune de Lagord, où il mourut le 14 février 1824, à l'âge de 60 ans, considéré et estimé.
Nature énergique, cœur généreux et loyal, il s'était, en effet, gagné rattachement et la confiance de ses compagnons d'armes qui lui pardonnaient les vivacités de caractère du marin, si notablement rachetées par un courage à toute épreuve et un inflexible dévouement au pavillon de la France.