PIERRE-ELIE GARREAU
Né à la Rochelle le 2 septembre 1766, fils de Pierre- Jérémie Garreau, marchand, et d'Elisabeth Ponvert, Pierre- Elie Garreau (1) commença à naviguer en 1781 sur les bâtiments du commerce et fit cinq campagnes de la côte d'Afrique à Saint-Domingue. En 1787, il entra comme volontaire de 3 e classe dans la marine royale et fut embarqué sur la frégate la Pomone, attachée à l'escadre d'évolution et de station dans les mers du Levant jusqu'au 7 mars 1789.
Pour ses débuts, il fit partie d'une expédition composée de la chaloupe et du canot de la frégate qui enlevèrent un forban sur les côtes de Morée.
Enseigne de vaisseau non entretenu en 1793, sur la corvette la Perdrix, chargée d'une croisière dans le golfe de Gascogne, il est appelé au commandement de la corvette le 30 avril, combat et prend un corsaire anglais à l'entrée de la Loire.
L'état des services de Garreau, certifié à Paris le 5 mai 1815 par Boursaint, chef de la l re division du ministère de la
(1) Baptisé par le pasteur J. Jay, il eut pour parrain son oncle Moïse Garreau et pour marraine sa tante Anne Ponyert
marine, et vérifié sur pièces, laisse subsister du 28 mai au 12 juillet 1793 une lacune glorieusement comblée dans la carrière de l'intrépide Rochelais. Rectifions par une pièce officielle l'inexactitude d'un document officiel.
Copie de la lettre écrite au Ministre de la marineparle citoyen Thévenard, commandant des armes à Brest, en date du 5 juin 1793, l'an II de la République.
Citoyen ministre, j'ai l'honneur de vous rendre compte que la frégate la Sémillante, qui avait été croiser sur le Finistère, est rentrée hier ici.
Le citoyen Garreau, enseigne non entretenu, qui la commande aujourd'hui, fait rapport que le 23 mai, par la latitude nord de 46 degrés 12 minutes, et 16 degrés 13 minutes de longitude occidentale, ils ont vu, à une heure du matin, vent d'est-nord-est, un bâtiment sous le vent, courant à bord opposé vers sud-est.
La Sémillante qui courait nord a viré de bord pour l'observer. L'ayant reconnu frégate anglaise de 40 canons, le lieutenant Gaillard Ta attaquée à 6 heures, et après 3/4 d'heure de feu, cet officier a été tué d'un coup dans la poitrine ; l'officier en second Belleville prît alors le commandement, et après quelques minutes, il fut aussi tué.
Garreau ayant pris le commandement, et voyant que plusieurs coups de ses canons se perdaient inutilement, s'approcha à portée de pistolet. Alors le feu devint plus vif jusqu'à 9 heures 1/2, moment où la Sémillante tenta d'aborder l'Anglais, il s'y refusa en serrant au vent en ralingue : mais les boulines de la Sémillante venant d'être coupées, elle ne put serrer l'ennemi dans cet instant, et n'a pu exécuter l'abordage, auquel la frégate ennemie se refusa net en faisant servir ce qu'elle avait de voiles pour courir à l'est et quitter le combat, bien maltraitée sans doute, 3 de ses sabords n'en paraissant faire qu'un et son gaillard d'arrière très fracassé.
La Sémillante alors songea à se réparer, et pour y procéder hors
de la portée des croiseurs qu'elle aurait pu rencontrer en force, elle courut un peu à l'ouest, d'où la situation de ses mâts Font obligée de revenir à Brest pour s'y réparer. Cette frégate dont l'équipage a bravement fait son devoir, sans se rebuter de la perte des deux premiers chefs, a eu 12 hommes tués et 20 blessés, ses mâts et ses haubans endommagés.
Garreau observe que l'équipage était très affaibli en quantité d'hommes, lorsque ce combat a eu lieu le 27, la Sémillante ayant pris les 23 et 25 deux corsaires anglais, Y Actif, de Liverpool, de 15 pièces en batterie dont 2 obus, et la Betsy de Jersey, percée à 18 canons, se battant à 9 pièces d'un côté, corvette d'une belle forme.
Le commandant Gaillard a expédié ses prises pour des ports de France, en confiant ce dernier à la conduite de son second nommé Manimot et en renvoyant 45 Anglais de cette Betsy sur un navire portugais, sous leur promesse de ne servir contre la République qu'ils ne soient échangés contre un nombre égal d'hommes.
(Copie jointe à la lettre du Ministre de la marine Dalbarade, au sous-chef d'administration Bertot à la Rochelle, du 8 juin 1793 — an II de la République. — Affiches, annonces et avis divers de la Rochelle, du 14 juin 1793.)
Les Fastes de la Légion d'honneur, par MM. Devyns, Verdot et Bégat, inscrivent ce fait d'armes dans la notice substantielle et nourrie consacrée à notre courageux concitoyen (tome V, p. 350), mais il est omis dans les Victoires et Conquêtes des Français de 4T92 à 4845.
Le 12 juillet, Garreau passe sur le Tigre, vaisseau de l'escadre de Quiberon, sous les ordres du vice-amiral Morard de Galles. Promu au grade de lieutenant de vaisseau en 1794, il est attaché comme major à la division de six vaisseaux, deux frégates et deux avisos, chargée, sous la
direction du contre-amiral Vanstabel, de convoyer les bâtiments français qui étaient à la Nouvelle-Angleterre.
Du 12 juillet au 17 décembre 1794, Garreau sert comme lieutenant de vaisseau major à Dunkerque, sous les ordres du contre-amiral Vanstabel, commandant les forces navales dans les mers d'Allemagne, destinées à une descente en Hollande. Il est employé dans l'escadre légère de l'armée navale jusqu'au 12 février 1795.
En 1795, Garreau est nommé capitaine de vaisseau de 2 e classe, et il est embarqué sur la corvette la Suffisante, en demeurant toujours dans l'escadre du contre-amiral Vanstabel, commandant les forces navales à Dunkerque et Flessingue.
Appelé le l or février 1796 au commandement de la frégate la Railleuse, il fait la rude campagne de Saint-Domingue, qui lui vaut une lettre de satisfaction du Ministre de la Marine.
Le 9 septembre 1797, il commande la frégate la Décade.
Le 29 floréal an IX (19 mai 1801), l'amiral Bruix écrit au Ministre de la Marine :
Ayant reconnu l'utilité de deux capitaines à bord du vaisseau amiral où le service est bien plus fatigant qu'à bord des autres vaisseaux, j'ai fait embarquer le citoyen Garreau à bord du Fou~ droyant. Cet officier, sur le mérite duquel il m'a été rendu les meilleurs comptes, n'étant pas en activité, fesoit ici le service de l'état-major auprès du chef militaire : il est jeune, instruit, plein de zèle et d'honneur, et j'ose vous assurer que c'est une excellente acquisition pour la flotte.
Certifié conforme :
L'adjudant particulier de l'amiral,
Signé : Moras, Capitaine de frégate*
Du 6 mai au 17 septembre 1802, commandant le vaisseau le Foudroyant, Garreau fait la campagne de Saint-Domingue, ayant sous ses ordres un vaisseau et une frégate, et contribue à la conquête de l'île sur les noirs insurgés.
L'année 1804 marque glorieusement dans sa carrière. Il est fait chevalier, puis officier de la Légion d'honneur et appelé au commandement de la frégate la Valeureuse, des vaisseaux le Foudroyant et Y Alexandre, compris dans l'escadre du contre-amiral de Leissègues.
Le 6 février 1806, devant Santo Domingo, cinq vaisseaux français livrèrent à neuf vaisseaux anglais une terrible bataille, à la suite de laquelle Y Alexandre, ayant 350 hommes hors de combat et étant démâté de tous ses mâts, tomba sous le vent de la ligne, et aucune frégate ne se trouvant là pour lui donner la remorque, la Félicité et la Diligente s'étant éloignées du champ de bataille sans en avoir reçu l'ordre de l'amiral Leissègues, Y Alexandre devint la proie de l'ennemi.
Du 7 février 1806 au 15 juin 1814, Garreau fut prisonnier en Angleterre, et on sait, même pour les officiers, combien était dure cette captivité. Echangé enfin le 16 juin, capitaine de vaisseau de première classe depuis 1808, il termina sa carrière en étant attaché au service du port de Rochefort. En 1814, la croix de Tordre du Mérite militaire brilla sur sa poitrine à côté de l'étoile de la Légion d'honneur.
L'ordre du Mérite militaire était en tout conforme à celui de Saint-Louis, avec cette seule différence que la croix d'or, au lieu de l'effigie de Saint-Louis, représente une épée en pal sur champ de gueules avec la devise : Pro virtute
bellica, et sur le revers Ludovicus XV instituit 4759. Cette décoration, suspendue à une rosette, était destinée aux militaires qui, professant la religion réformée, ne pouvaient être assujettis à prêter le serment catholique exigé des chevaliers de Saint-Louis. Les cahiers de doléances de 1789 du tiers-état de la Rochelle contiennent le vœu que l'institution du Mérite militaire, créée pour les seuls officiers étrangers au service de France, soit étendue à tous les officiers non catholiques. Ce vœu fut réalisé par une ordonnance de Louis XVIII du 28 novembre 1814. Louis-Philippe, le 22 mai 1831, supprima les fleurs de lis des décorations de Saint-Louis et du Mérite militaire. Le 10 septembre 1832, le Ministre de la marine invita les chevaliers de Saint-Louis à ne plus porter leur croix. Le ruban de la Légion d'honneur, séparé par un liseré blanc chez ceux qui réunissaient les deux ordres, fut alors partagé par un liseré bleu.
Retraité en 1815, Carreau comptait 181 mois 28 jours de services à la mer et 171 mois 8 jours dans les ports.
Il se retira à la Rochelle auprès de ses sœurs et mourut sans alliances le 25 février 1841, entouré de la considération justement acquise au vaillant et honorable officier des guerres maritimes de la République et de l'Empire.
JEAN-MATHIAS FARGENEL
Fils d'un notaire, Jean Mathias Fargenel naquit à la Rochelle, le 14 novembre 1766.
Pilotin sur la Médée en 1782, timonier sur la Fauvette en 1784, enseigne en 1793, il fait une croisière sur Y Aimables- Adélaïde, commande la Cousine, amarine plusieurs navires sur les côtes d'Espagne avec l'aviso le Lazouski, commande la frégate VAndromaque, obtient le grade de lieutenant de vaisseau, soutient un combat heureux contre un vaisseau de 74 et un vaisseau rasé, fait, en Tan IV, la campagne d'Irlande à bord de la Coquille, puis, sur la frégate la Médée, de la division commandée par Daniel Savary, deux expéditions en Irlande, et échappe, au retour, aux poursuites d'une escadre anglaise.
Fargenel comptait sept embarquements dans la marine marchande. Matelot en 1785 sur le Joly, enseigne sur la Victoire en 1787, lieutenant de 1788 à 1790, en Tan VI il était second du corsaire les Trois-Sœurs, lorsqu'il fut pris par les Anglais, débarqué en Portugal et renvoyé, sans conditions, dans ses foyers.
Il mourut à la Rochelle, le 11 janvier 1815.