SEIGNEUR DE COUP DE VAGUE
(xv e siècle)
Sous le règne de Louis XII vivaient deux aventuriers : messire Jean Chapperon, « très hardi chevalier », dit la chronique, seigneur de Couhe de Vache en Aunis, et « un jeune et bien gaillard homme d'armes », Antoine d'Auton, gentilhomme saintongeais.
Chapperon ne se rattache peut-être à l'Aunis que par son fief de Queue de Vache (Cauda Vaccœ) ou plus poétiquement Coup de Vague (la Popelinière), petit port creusé près d'Esnandes vers 1435, érigé en fief relevant du Roi, avec droit de justice, en 1464.
Arcère et Rainguet ont donné droit de cité à ce gentilhomme, nous l'admettrons donc au nombre des marins rochelais, moins à cause de sa valeur personnelle que comme type des corsaires de son temps.
Jean Chapperon III dit le Jeune, fils de Jean Chapperon, deuxième du nom, appartenait à une famille angevine. Outre sa seigneurie de Couhe de Vache, il possédait celles
de Bernay et de la Fauchardière et était capitaine et gouverneur de Civray, en Poitou.
Il guerroyait en 1507 avec Auton, sur les frontières de Bourgogne, dans la compagnie de messire Aymar de Prie, lorsqu'il songea à tenter la fortune militaire en France. Il lui fallait pour cela l'agrément de Charles d'Egmont, duc de Gueldres, et l'aveu du roi Louis XII. Ayant obtenu du premier une promesse, mais non l'autorisation écrite qui devait être ratifiée par le Roi de France, notre aventurier passe outre.
Il arrive en Aunis, vend sa terre de Couhe de Vache, équipe un navire monté par 400 hommes et appareille. En rade de la Palisse, il rencontre deux bâtiments anglais qui passent sans saluer le pavillon de la France. Chapperon leur apprend, à coups de canon, le respect dû à notre drapeau. La nuit suivante, quelques hommes de son équipage se jettent dans une embarcation, surprennent les navires étrangers et les pillent. Chapperon, informé des excès commis par ses gens, livre les coupables à la justice de l'amirauté.
Cependant il renonce à son projet d'aller servir aux Pays-Bas le duc de Gueldres et ne pense plus qu'à faire des courses sur les Flamands, oubliant qu'il n'a point de lettres de marque.
Les premières rencontres furent heureuses. Chapperon et d' Auton firent de nombreuses prises ; mais le jour vint où ils durent se mesurer avec un rude adversaire. Le combat fut opiniâtre, toutefois l'avantage restait du côté des Français. Le Flamand désemparé était incapable de prolonger la résistance, lorsqu'il tira un dernier coup de canon qui, atteignant
à fleur d'eau, dans les œuvres vives, le bâtiment de Chapperon, le mit en danger de couler bas. Nos aventuriers durent abandonner leur proie et relâcher dans un port de Bretagne.
Chapperon remit à la voile avec son frère d'armes, et se tourna alors du côté de la Méditerranée ; mais, sur le mouillage de Marseille, il fut arrêté et condamné comme pirate par le Parlement d'Aix. Il réussit à s'échapper de la prison, regagna son navire et obtint sa grâce. Cependant Antoine d'Auton, séparé de son compagnon par la mauvaise foi d'un pilote, fuyait de son côté la justice royale.
Voilà tout ce que Ton sait de ces hardis corsaires.
Les aventures de Chapperon ont été racontées par Jean d'Auton. Les généalogistes mentionnent le mariage, en 1496, de Jeanne Chapperon avec Gilles Clérembault et signalent, en 1527, Hillaire Chapperon, abbé de Notre-Dame de Charron. Arcère cite, à la Rochelle, un André Chapperon, commissaire de l'artillerie en 1537, et un capitaine Chapperon, maître d'hôtel du maréchal de Cossé en 1570. On trouve au dix-septième siècle plusieurs Chapron ou Chapperon sur les registres des baptêmes protestants. D'Hozier supplée dans l'Armoriai de 1698, les armoiries suivantes aux Chapperon : « d'argent à trois chaperons de gueules ». Il existe sans doute un lien de parenté entre ces divers personnages et le seigneur de Coup de Vague, qui se rattache à une famille Chapperon ayant tenu, pendant plusieurs générations, la seigneurie de Bourgneuf (Maine-et-Loire), d'après les recherches publiées par M. L. Chaperon, capitaine de frégate en retraite, demeurant à Brest.