PIERRE-JOSEPH ROY
Parmi les compagnons d'armes de l'amiral Duperré, Pierre-Joseph Roy mérite d'être, dans une certaine mesure, associé à sa gloire militaire.
Il naquit à la Rochelle, le 20 décembre 1791 et sa vie fut des plus actives. Il embarque sur le vaisseau \e Majestueux, en qualité de mousse en 1805. Ce bâtiment attaché à l'escadre du contre-amiral de Missiessy, portait 700 hommes de troupes. Le 11 janvier, la flottille appareilla de la rade de l'île d'Aix, essuya une tempête de 13 jours consécutifs sans relâcher, enûn poursuivit sa course le 25, donnant la chasse à un convoi anglais, jusque sous les batteries de Sainte-Lucie, et entra, au bout de 27 jours, dans le canal qui sépare la Martinique de Sainte-Lucie. Le débarquement des troupes s'effectua heureusement et le Majestueux contribua à la conquête de l'île anglaise de la Dominique.
Roy devint rapidement aspirant de deuxième, puis de première classe et enseigne.
De 1812 à 1821, Roy fut successivement embarqué sur la Victoire, VAusterlitz, YUlm, YEléphant,faCharente, YExpéditive,
la Cléopâtre et la Gloire et se distingua par son dévouement, son zèle et son courage.
Dans son rapport du 3 septembre 1821, Duperré le signalait dans les termes suivants : « M. Roy, excellent homme de mer, m'a prouvé dans la direction des chronomètres, dont je l'avais chargé qu'il était aussi fort en théorie qu'en pratique, il a tout ce qui constitue un bon officier, de l'instruction, de la fermeté et du commandement. Pour l'intérêt de l'arme, il ne doit pas végéter dans les grades inférieurs et je me féliciterai toujours de lui avoir aplani les premières difficultés en réclamant pour lui le grade de lieutenant de vaisseau. »
Duperré avait bien jugé l'officier intrépide et l'habile manœuvrier, il s'attacha le nouveau lieutenant de vaisseau, d'abord comme aide-major, puis comme aide-de-camp.
Après avoir fait les campagnes du Brésil sur la Durance, des Antilles et d'Espagne sur la frégate YÂmphitrite, le vaisseau le Trident, les bricks le Baucis et la Gazelle, il embarqua sur le vaisseau la Provence.
Roy se distingua, de nouveau, pendant l'expédition d'Alger. Le 30 juin 1830, Duperré écrivit au ministre : « J'ai pu davantage apprécier dans toutes les circonstances d'organisation, d'armement et de navigation, les services importants et plus rapprochés rendus par tous les officiers qui étaient près de moi. Je ne puis donc m'empêcher de citer honorablement ceux de MM. Roy et Fontbonne, sous-aides major. Leur zèle, leur activité, leur dévouement ne se sont jamais ralentis. Le poste qu'ils occupent leur fournit, journellement et à chaque instant, l'occasion d'en donner de nouvelles preuves. J'attache le plus grand prix à leur en faire obtenir
la récompense et je sollicite instamment pour eux le grade de capitaine de frégate. »
La recommandation de l'amiral eut son effet. Roy devint officier supérieur et fit les campagnes du Mexique, de Madère, du Portugal, les croisières de la Manche et des côtes de Hollande, successivement embarqué sur la corvette l'Héroïne et le vaisseau Yléna.
Capitaine de vaisseau en 1835, il commanda les frégates YHermione, la Magicienne, la Cléopâtre et YErigone, fit trois voyages dans les mers de l'Inde et de la Chine et termina, en 1844, sa brillante carrière en remplissant les fonctions de major-général à Rochefort. Ses loyaux services lui avaient valu les décorations de commandeur de la Légion d'honneur et de l'Ordre espagnol d'Isabelle la Catholique.
Pierre-Joseph Roy mourut à Rochefort, le 31 décembre 1851, à Tâge de 60 ans.
« Atteint, depuis plusieurs années, d'une insanité d'esprit due aux suites de plusieurs congestions cérébrales, Roy ne vivait plus, pour ainsi dire, que d'une vie végétative, et cet esprit si lucide, ce coup d'œil si prompt qui distinguait le commandant de tant de navires de guerre, le préfet maritime par intérim, s'étaient éteints en lui.
« Né avec toutes les dispositions nécessaires pour faire un homme de mer achevé, Roy possédait aussi ce sang-froid indispensable pour faire de grandes choses, et la position d'amiral lui était acquise, lorsque des événements de force majeure vinrent entraver une si belle et si noble carrière.
« D'un courage éprouvé, M. Roy fut à la hauteur de lui-même lors du naufrage de la Magicienne, et nous l'avons vu, bien que déjà frappé au cerveau par une première attaque
d'apoplexie, remplir dignement et dans un temps bien difficile, février 1848, les fonctions de préfet maritime, travail épineux, et qui, nous n'en doutons pas, fut la cause de sa rechute. Son courage ne faiblit pas, mais la santé l'abandonna, et nous pouvons dire qu'il est mort au champ d'honneur, car, lorsqu'il abandonna le cabinet préfectoral, ce fut un champ de bataille dont il fallut l'emporter. Gloire soit à lui !
« Si, comme officier, Roy mérite d'emporter les regrets de tous ceux qui l'ont connu et de la marine entière, il faut pleurer aussi sur l'homme privé. D'un caractère juste, bon, il fut toujours ami dévoué, chef obligeant, et les larmes de sa famille attestent tout ce qu'il était dans l'intimité.
« M. Laurencin (1), major-général de la marine, a prononcé sur la tombe de Roy quelques mots énergiques et bien sentis que nous regrettons de ne pouvoir reproduire. Mieux que les quelques lignes qui précèdent, ils (liraient à nos lecteurs quel fut l'homme honorable dont nous parlons. »