‹ Les marins Rochelais: notes biographiquesChapitre 51 sur 53 · PAUL-LOUIS-MARIE VIVIER · texte numérisé non relu

PAUL-LOUIS-MARIE VIVIER

Vivier, Paul-Louis-Marie, né le 30 novembre 1847 à Lunéville, était d'origine Rochelaise. Il appartenait à une branche catholique de la même famille que Jacques Vivier précité (page 182) dont il était Tanière-neveu par son père M. Auguste Vivier, conservateur des Forêts en retraite, chevalier de la Légion d'honneur, marié le 8 décembre 1846, à M lle Léonie Bertier, dont la famille habitait Roville aux environs de Nancy.

Dès les premières années de sa jeunesse, Paul Vivier fit preuve de remarquables aptitudes scientifiques. En 1867, étant élève du Lycée de Strasbourg, il obtenait le premier prix de mathématiques spéciales au concours général des Lycées et Collèges des départements.

Reçu la même année, le 24 e de sa promotion, à l'Ecole Polytechnique, il choisit, à sa sortie, la carrière de la marine, vers laquelle il se sentait attiré par une ardente vocation, et fut nommé aspirant de l re classe, le 1 er octobre 1869.

Après sa sortie du vaisseau Ecole d'application le Jean-Bart, il fut embarqué successivement, du mois d'août

1870, au mois d'avril 1871, sur divers navires en croisière ou en service sur les côtes de France.

Enseigne de vaisseau, le 25 octobre 1871.

Services à la mer : Campagne en Nouvelle-Calédonie, à bord de la frégate la Guerrière. Embarquement sur le Chamois, Ecole de pilotage des côtes Ouest (à la Rochelle) ; sur la Valeureuse, escadre de la Manche ; sur la Flore, frégate école d'application ; officier en second du Lamotte-Piquet, campagne de guerre en Nouvelle-Calédonie contre les Canaques révoltés (1878-79).

Nommé lieutenant de vaisseau au choix, le 11 avril 1879.

Embarquement à bord du vaisseau école de canonnage le Souverain.

Chevalier de la Légion d'honneur, le 29 décembre 1883.

Nommé en 1885 au commandement de la canonnière le Léopard dans les mers de Chine, prend part à la campagne du Tonkin. Cité à l'ordre du jour du Général commandant en chef, le 15 décembre 1885, comme s'étant particulièrement distingué dans la répression de la piraterie.

Campagne en Océanie à bord du Decrès t 1887, fut détaché en 1888, à l'île de Bora-Bora, dont les habitants avaient manifesté des sentiments hostiles, au moment de l'annexion des Iles-sous-le-Vent.

Grâce à l'estime et à la confiance personnelle qu'il inspira aux indigènes par son caractère bienveillant et juste, Paul Vivier rétablit chez eux le respect pour notre pavillon et leur sympathie pour la France.

En 1889, campagne de Terre-Neuve sur le La Clocheterie et le Lapérouse.

LES MARINS ROOHELAIS 287

Nommé capitaine de frégate, le 14 février 1892. Embarqué en qualité de commandant en second sur le Primauguet à Madagascar, il mourait à Diégo-Suarez le 26 décembre 1893, — à 46 ans, soutenu dans la cruelle tristesse d'une fin si prématurée, loin de la France et de tous les siens, par ses sentiments de véritable piété.

Une fois de plus, le climat se montrait l'ennemi le plus meurtrier que nos soldats et nos marins aient à redouter dans les expéditions coloniales, et enlevait à notre marine un officier de grand avenir, à sa famille et à ses amis un homme de valeur et de bien, dont les rares qualités de cœur, le caractère d'une absolue droiture, inspiraient à tous respect et affection.

En dehors de ses services à la mer, le commandant Paul Vivier avait rempli les fonctions d'attaché à l'Ecole de Joinville, et à deux reprises celles de membre de la Commission d'expériences d'artillerie de Gâvre, où il fit preuve de sa haute compétence en matière d'artillerie navale.

Presque chacune des années de la carrière du commandant Paul Vivier est marquée par des félicitations officielles au sujet de divers travaux scientifiques, parmi lesquels des études remarquables sur les courants marins. Il fut enfin un des premiers à poser les principes de la cinématique navale (1891), et à faire entrer dans la pratique une science sur laquelle est fondée désormais la manœuvre du bâtiment en escadre (1).

( i ) Le commandant Paul Vivier avait épousé à Lorient M IU Eug énie Noyon, dont le père était ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussées, et dont la mère appartenait à la famille Cosmao-Dumanoir qui a donné à notre flotte d'illustres marins.

JACQUES PRONIS

(6 octobre 1619-22 mai 1655)

Dès le début, il y a eu évolution dans l'histoire coloniale de la France. Les mobiles ni les méthodes n'ont été les mêmes pour les colonisateurs de la Caroline, sous Charles IX, pour Samuel de Champlain, pour les fondateurs de la compagnie des Indes orientales de 1642, pour Colbert, pour Dupleix, pour les hommes de la Constituante et de la Convention. A cet égard, peu d'études sont plus intéressantes que celles de la vie encore fort mal connue de l'homme qui, le premier au xvn e siècle, a commandé une troupe française à Madagascar, de Jacques Pronis (1).

Capitaine de la marine royale, Rigault plaça Jacques Pronis à la tête des hommes qu'il fit passer à Madagascar en 1642, pour tirer parti du privilège royal concédé à la compagnie des Indes orientales. Rochelais et protestant, — c'est tout ce que nous savons de lui, à ce moment — Jacques Pronis n'avait que le titre de commis.

Il prend possession des îles Rodrigue et Bourbon, de

(1) Par suite d'une erreur, la biographie de Jacques Pronis n'a pu figurer à la place qu'elle eût dû occuper dans Tordre chronologique.

Tîle Sainte-Marie, et débarque à la baie Sainte-Luce de Madagascar.

Pronis doit remplacer la baie de Sainte-Luce, à cause de son insalubrité, par le Fort Dauphin. Intelligent, adroit, d'une grande souplesse et d'une remarquable justesse de vue, susceptible dans les moments de crise, d'activité et d'audace, à différentes reprises, il sut tirer la petite colonie française de situations, où elle semblait qu'elle dût sombrer.

Un cyclone, qui dévasta la colonie en 1644, amena la famine dans l'Anosy et une révolte. Pronis, enchaîné dans sa chambre et gardé, nuit et jour, pendant cinq mois, fut délivré par son commis, Claude Le Roy, et replacé à la tête de la colonie. Il réprima une insurrection de nègres, remit ses pouvoirs en 1646, à Etienne de Flacourt et revint en France.

Replacé, d'un consentement unanime, à la tête de la colonie, mûri par l'adversité, il traita les colons et les indigènes, avec douceur et bonté, dépensa toute son activité pour relever le fort, détruit par un incendie et mourut de fatigue, 1655, laissant une fille qu'il avait eue de la malgache, Andrian Ramarivelle et après avoir pourvu jusqu'à la fin, aux affaires de la colonie et protégé constamment la liberté des cultes.

La petite orpheline épousa un païen et redevint païenne.

Pierre Mervault, Rochelais, dans son journal des choses les plus mémorables qui se sont passées au dernier siège de La Rochelle (Rouen 1671) page 579, rapporte, au mois d'octobre 1628, le fait suivant an sujet de la famille Prosny :

D'ailleurs il y en avoit qui faisoient des charitez secrettes, desquelles personne n'a jamais pu découvrir les auteurs. Entr' autres, il en est venu une à ma connoissance qui m'a semblé mémorable. Le

sieur Daniel de La Goûte, avocat du Roy honoraire, avoit une sœur, vefved'un marchand nommé Prosny, qui étoit fort honnête femme et fort charitable ; de sorte que la famine commençant à être plus âpre qu'à l'ordinaire, elle assistoit libéralement les pauvres ; sa Bellesœur, femme dudit sieur de La Goûte, qui étoit d'une autre humeur, l'en reprenoit souvent, et luy demanda un jour en colère, ce qu'elle feroit quand elle auroit tout donné, à quoy elle répondit ; « Ma sœur, le Seigneur y pourvoira. » La famine s'étant renforcée, et le siège continuant, cette vefve qui étoit chargée de quatre enf ans se trouva à l'étroit, et n'ayant plus aucunes provisions, s'en vînt vers sa Belle-sœur pour luy demander du secours : mais elle, au lieu de luy en donner, la couvrit de reproches, et luy dit qu'elle avoit bien prévu qu'elle en seroit réduite là, avec toute sa belle espérance et ses beaux mots : « Le Seigneur y pourvoira » et qu'à la bonne heure, il y pourvût donc. Ces paroles luy navrèrent le cœur, et elle s'en retourna toute confuse, à la maison, résolue de prendre la mort en gré. Etant arrivée à son logis, ses enfans vinrent au devant d'elle avec une grande joye, et luy dirent qu'il étoit venu un homme qu'ils n'avoient pu connoître à cause qu'il étoit tard, qui avoit frappé à la porte et aussi tost qu'elle luy eût été ouverte, y avoit jeté un petit sac de froment d'environ un boisseau, et s'étoit retiré promptement sans leur dire quoy que ce soit. Cette femme ne croyant presque pas à ses yeux, sort à l'heure même de sa maison, et le plus tost que le luy pût permettre la grande foiblesse où elle étoit, alla retrouver sa Belle-sœur, et luy dit d'un ton ferme, dès qu'elle la vit : « Ma sœur, le Seigneur y a pourvu », puisse retira sans luy dire autre chose. Par le moyen de ce secours non attendu, et venu si à propos, elle coula le temps jusques à l'entrée du Roy, et n'a jamais sceu à qui elle devoit ce bienfait.

« Le samedy 12 octobre 1619 ont estez baptisez par Mons r Merlin, Jacques, filz de Jaques Borny (Prony) et de Elysabet Desaye (Anne de La Goûte) parrin Jehan Scothouse, mayraine Elayne Hartemans. L'enfant est né le 6 dudit mois. »

(Registre du temple Saint-Yon de La Rochelle.)

La sœur de la dame Prony, Elisabeth, était mariée avec Gabriel Pollard, sieur de La Salle.

Le 14 mai 1611, baptême de Jehan, fils de Siprien Pronys et de Françoise Ralete.

Eglise réformée d' Aytré, près La Rochelle, 10 janvier 1672, mariage de Daniel Pronis, marchand à La Rochelle, fils de Daniel Pronis, fermier de la châtellenie de Ronflac, paroisse de La Jarne, et de feue demoiselle Buzelin, avec Louise Mesnier.

2 mai 1673, baptême de Paul, fils de Daniel Pronis, marchand, et de Louise Mesnier ; parrain, Paul Le Boiteulx, marchand à La Rochelle ; marraine, Marie-Anne Pronis.

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