SOLYMAN-RAYS
(xvii* siècle)
Le père Arcère, d'après l'Histoire de Barbarie, par Pierre Dan, religieux mathurin, raconte qu'un marin rochelais, pris par un navire barbaresque et conduit à Alger, ne put supporter le rude esclavage auquel il était soumis, et, vaincu par la souffrance, ne recula point devant l'apostasie pour recouvrer la liberté. Il se fit mahométan et prit le nom de Solyman-Rays, sous lequel seul il est connu.
Pour étouffer les remords de sa conscience, il se lança dans la vie agitée des pirates et devint bientôt la terreur des commerçants, ses anciens co-religionnaires. « Il semblait, dit Arcère, que Barberousse et Dragut fussent sortis de leur tombeau pour répandre l'effroi sur la Méditerranée. »
En 1621 , les vents contraires jetèrent Solyman-Rays sur les côtes de Provence. Il dut relâcher aux îles d'Hyères, et, après un terrible combat, il fut fait prisonnier par le capitaine d'une galère de France, la Guisarde, conduit à Marseille et vécut, plusieurs années, enchaîné au rang des forçats.
Captif pour la seconde fois, il se dit que son apostasie ne lui avait pas même procuré les avantages temporels qu'il en
avait espérés et résolut de revenir à la foi chrétienne. Tontefois il n'avait rien laissé transpirer au dehors de ses nouveaux desseins, lorsqu'il recouvra la liberté et retourna à Alger, ayant été échangé contre un esclave marseillais.
Là, Solyman équipe un vaisseau, feignant de vouloir recommencer ses courses aventureuses, mais après avoir renforcé sa chiourme d'esclaves chrétiens. Il entre dans la rade de Sousse, ville du royaume de Tunis, envoie à terre l'élite de ses forbans algériens pour faire des provisions, puis invite les chrétiens à briser leurs fers. Au cri de liberté, ils s'arment, se jettent sur les Barbaresques sans leur donner le temps de revenir de leur surprise, les garrottent et les couchent au fond de la galère. Solyman appareille et fait voile pour Marseille ; contrarié par le vent, il relâche à l'île de Malte, où il embrasse ouvertement la foi catholique et consacre au service de Malte une valeur jusque-là employée pour la cause des infidèles et pour le brigandage sur une grande échelle. Le grand-maître de l'ordre, après s'être assuré de la sincérité de la conversion du forban et l'avoir soumis aux épreuves prescrites, le nomma chevalier de grâce. Ses combats et le bruit de ses victoires remplirent la Méditerranée. Il fut tué, en 1626, d'un coup de canon dans une dernière lutte contre les Turcs. Brûlant de venger la mort de leur chef, ses compagnons d'armes redoublèrent de courage et s'emparèrent des galères ennemies.