MORT EN
Jean Robert, bourgeois de La Rochelle, connu sous le nom de La Limaille, était, au témoignage d' Agrippa d'Aubigné, un bon marin et un homme de courage.
Ce capitaine huguenot se signala, en 1585, au combat d'Oleron, où il remplit les devoirs d'un vaillant soldat et d'un chef habile et déterminé.
En 1586, il concourut à la prise de Royan et défendit le château d'Oleron, au moment où d'Aubigné fut fait prisonnier par les troupes de Saint-Luc. Il combattit ensuite à Tile de Ré, et contribua à la reprise de Marans, en 1588. En 1593, Matignon, occupé au siège de Blaye, l'appela à son aide, mais le vent contraire l'empêcha d'entrer dans la Garonne, et Matignon fut forcé de lever le siège.
Quand Henri IV monta sur le trône, le brave capitaine La Limaille continua à le servir avec dévouement et distinction jusqu'à sa mort. Il fut tué en 1597.
MM. Haag, dont nous suivons ici le récit, citent un Jean Robert, sieur de La Limaille, au nombre des officiers de la marine rochelaise, pendant les guerres de 1621 et 1625.
de trente neuf vaisseaux et n'avait que cinq mille hommes. Cette flotte prend le dessus du vent, arrive sur Saint-Luc et commence l'action à trois heures après-midi. Le grand feu de l'artillerie fait, de part et d'autre, d'étonnants ravages. Le Postillon Rochellois, monté de 200 hommes et commandé par Jacques Arnaud, d'Orléans, coule bas d'un coup de canon qui brise son étrave. Un des enfants de Paul Yvon sieur de Laleu, le fils aîné de Jean de Mirande échevin et juge de l'Amirauté, du Coudrai fils de Jean Rochelle conseiller au Parlement de Paris, Louaille et d'autres officiers trouvent la mort dans les flots.
Le lieutenant d'Arnaud et Tessereau, conseiller au Présidial, s'attachent à des vergues flottantes et sont sauvés et faits prisonniers par quelques matelots du chevalier de Montmedan.
Daniel Braigneau, conjointement avec les capitaines Hélie Thomas, Paumicr et Jean Arnault de la Tremblade s'était attaché à la Marguerite, vaisseau des royalistes. Après un choc assez rude, ayant accroché ce vaisseau, il y avait fait entrer une partie de son équipage. La Marguerite était sur le point de se rendre, lorsqu'elle fut secourue par le grand galion de Malte.
Braigneau, n'ayant plus que 20 hommes sur 160, coupe les grappins, se retire à Chef de Baye, demande au maire un nouvel équipage et rejoint, le lendemain, la flotte rochelloise. Guise veut alors secourir Saint-Luc, le combat devient opiniâtre et furieux, deux brûlots sont attachés au vaisseau du duc de Guise, quelques volées de canon tirées à fleur de l'eau écartent les brûlots ; la mêlée fut très sanglante jusqu'à la nuit.
Guiton se retira lorsqu'il lui devint impossible de manœuvrer son navire criblé de coups ; ses blessés en très grand nombre demandaient un prompt secours. Les autres navires se rendirent successivement dans la fosse de Loix. Les confédérés perdirent quinze cents hommes. Le vaisseau de Jaumier entièrement désemparé, perdit tout son équipage. Gaspard Collin, frère du conseiller au Présidial se sauva par un sabord et joignit à la nage le navire du capitaine Thomas, des îles. La lutte se ranima le lendemain, Guiton et Macquin firent des prodiges de valeur et la signature de la paix permit à Guise de louer la bravoure de Guiton, tout en refusant son étendard.
Quoi qu'il en soit, quand au point du jour arriva la nouvelle que la paix était signée, Guiton alla saluer le duc de Guise et lui offrit son étendard, comme au représentant du roi de France. Guise le refusa, déclarant qu'il ne l'avait pas gagné au combat. Il embrassa Guiton et dit aux capitaines rochelais : « Vous êtes de braves gens d'avoir osé « combattre si vaillamment, c'est à quoi je ne m'attendais « pas et estimais que voyant une armée si puissante vous « dussiez vous retirer sans combattre. » — « Monseigneur, « s'écria Guiton, jusqu'ici Dieu m'a fait cette grâce de « n'avoir jamais tourné le dos au combat et je me fusse « plutôt perdu par le feu que de fuir ! »
Guiton rentra le 18 novembre à la Rochelle et fut reçu triomphalement par le Maire. Le Corps-de- Ville lui fit don d'un vaisseau de trois cent cinquante tonneaux, avec toute son artillerie et ses munitions de guerre.
Mais la fortune ne fut pas toujours favorable au capitaine rochelais. La paix n'était qu'une trêve armée, et, la guerre
se rallumant, Guiton fut de nouveau nommé amiral le 9 mai 1625.
Le 17 septembre, malgré la notable infériorité de la flotte rochelaise, il voulut forcer la ligne formidable de Montmorency qui fermait le port de la Rochelle et fit inutilement des prodiges de valeur. On se battit jusqu'à la nuit Guiton espérait se retirer à la faveur des ténèbres et sauver les débris de sa flotte. Neuf de ses meilleurs vaisseaux furent pris, le reste se réfugia à Oleron, à la réserve de deux, le Saint-Michel et la Vierge qui touchèrent, la marée étant basse. Après une résistance énergique, le Saint-Michel dut se rendre ; mais la Vierge, excellent vaisseau bien muni d'hommes et d'artillerie, soutint la lutte contre les équipages des cinq navires qui l'avaient abordé. Réduits au désespoir, Chaligny ayant été atteint par un boulet, les Rochelais étant poursuivis à outrance, Bernicard et Durand, de l'île de Ré, mirent le feu aux poudres et firent sauter le vaisseau et les cinq bâtiments ennemis avec leurs équipages. Sept cents cadavres furent portés à la côte. Chaligny et le capitaine Chevalier, qui commandait la Vierge, furent sauvés comme par miracle.
Guiton, qui n'avait été battu que parce qu'il avait dû débarquer une partie de ses équipages pour empêcher la descente de l'île, revint à la Rochelle dans une embarcation (( sans pourpoint, chausses, manteau ni épée », abandonnant son navire échoué et entièrement désemparé. » Vaincu pour la première fois, il fut accusé de trahison, mais le Corps-de-Ville le dédommagea de ces injustes calomnies en lui confiant après la paix de février 1626, la délicate mission de vendre les navires de la commune et de régler les comptes des fournisseurs des armées navales.
(( Le 30 octobre 1627 sur les huit heures du soir, fait échouer vingt une ou vingt deux chaloupes au devant du fort de la Prée, lesquelles avoient environ cinq à six cents hommes de pied et quarante chevaux avec quelques munitions, tant de bouche que de guerre, lesquels ayant mis pied à terre au lieu de la Prée pour aller audit fort, le duc de Buckingham, fit acheminer la partie de son infanterie angloise audit lieu avec l'infanterie françoise, qui arrivèrent si à point qu'ils n'eurent loisir de se retirer dans ledit fort, qu'il n'en demeurât sur la place plus de deux cents de morts, sans compter les blessés et prisonniers, et furent si vivement poursuivis par l'infanterie françoise qui avoit la première pointe, que si les anglois les eussent secondés, ils enlevoient ledit fort et entroient tous dedans pèle mêle... » (Relation du siège de la Rochelle) Mervault ajoute : Parmi les français furent tués le Cadet d'Artiganoûe, Deslandes, etc. La compagnie de Savignac y fut fort malmenée. Des blessés furent Pluviau, Cadet du Breuil, de Guire qui menoit les enfants perdus, et mourut le lundi suivant. Furent aussi blessés le capitaine Bazan, Samuel Meschinet, écuyer, sieur de Richemond, au bras, l'aîné d'Artiganoûe à la cuisse, et quelques autres, qu'on fit porter le lendemain à la Rochelle, pour y être traités et pansés de leurs plaies.
En 1627, après avoir eu une entrevue avec Buckingham qui assiégeait Saint-Martin, Guiton faillit périr en rentrant à la Rochelle, sous le feu des ennemis, dans un esquif qui fut crevé et coulé à fond. Le 18 décembre, il reçut la présidence du bureau de la marine.
A Pâques 1628, les marins l'emportèrent sur les bourgeois proprement dits, le parti violent gouverna la commune
et la mairie devint une dictature. Guiton élu, malgré lui, maire et capitaine de la ville de la Rochelle, prêta le serment fameux de résistance désespérée. Nous n'ayons point à peindre les scènes affreuses de la famine qui désola la malheureuse cité, dont la chute n'était plus qu'une question de temps. Après quatorze mois et seize jours de siège et de blocus, Louis XIII fit son entrée à la Rochelle. Des 28.000 habitants que renfermait la ville au commencement du siège, 23.000 étaient morts de faim.
Fidèles malgré leur lutte armée, les Rochelais ne cessèrent de mériter le reproche, que leur adressaient leurs prétendus alliés d'outremer, d'avoir « la fleur de lys empreinte trop avant dans le cœur. » Le mot qu'on attribue à Guiton : « J'aime mieux obéir au Roi qui a su prendre la « Rochelle qu'à celui qui n'a pas su la défendre » exprime le sentiment de tous ses concitoyens.
Aussi leurs principaux capitaines n'hésitèrent pas à accepter des grades dans la marine royale. Jacques Arnault, Rragneau et Vidau entrèrent au service du Roi.
Guiton, qu'un ennemi généreux eût accueilli, ne fut pas reçu par Louis XIII et fut interné dans je ne sais quel village. Vers 1636 il rentra en grâce, et fut nommé capitaine entretenu par le service du Roi en ses armées navales.
Les officiers rochelais répondirent à la confiance du Souverain par la valeur qu'ils déployèrent contre les ennemis de la France. Guiton , son ancien vice-amiral Treuillebois et Vidau eurent tous des commandements dans la flotte française qui, le 2 août 1638, détruisit devant Fontarabie l'escadre espagnole.
« Le 15 mars 1654, Jean Guiton, escuyer, sieur de
Repose Pucelle, âgé de 69 ans ou environ, a été enterré. » Telle est la seule mention officielle du décès du héros.
Le blason de Guiton porte un chevron sommé d'une étoile et accompagné de trois larmes. Faut-il y voir un symbole de sa carrière ?
Le dernier chapitre des consciencieuses recherches de M. P.-S. Callot sur la famille Guiton, nous conduit jusqu'au petit-fils du célèbre maire, Abraham Du Quesne-Guiton, lieutenant-général des armées navales. Il se maria deux fois. Du premier lit, il eut un fils Henri, mort lieutenant de vaisseau en 1738, et une fille Charlotte, qui épousa M. De Jolibois. De son second mariage avec Marguerite Nicolas de Voutron, issue d'une famille rochelaise, qui a compté plusieurs officiers de marine distingués, Du Quesne-Guiton eut quatre filles : 1° Suzanne, mariée à Jacques De Queux de Saint-Hilaire ; 2° Marie- Anne, qui épousa Sévère Michel de Lisardais, devenu plus tard capitaine de vaisseau ; 3° Marie-Marguerite, mariée le 3 février 1730 à Charles-Louis Du Rousseau de Fayolle ; et 4° Henriette, qui épousa Jean- François Prévôt de Sansac de Traversay. Ces deux dernières familles, encore représentées aujourd'hui, ont fourni à la marine et à l'armée des officiers qui se sont montrés dignes du sang de Guiton.
Dans son beau travail sur les Rochelais à Terre Neuve (1500-1789) M. Musset établit « sur le terrain des principes, « des droits acquis et des traités, qu'il reste absolument « certain que la France a un droit exclusif sur la côte de « Terre Neuve du cap Saint-Jean au cap Raye, pour y « exercer la pêcherie quelle qu'elle soit et y préparer à « terre le produit de sa pêche. »
Depuis 1488, d'après Thévet, les Rochelais ont navigué dans les eaux de Terre Neuve. Leurs principaux armateurs, soit pour l'équipement de leurs propres navires, soit pour ceux des autres ports, soit en prêtant « à la grosse aventure » ont été depuis 1523 à 1550, les le Moine, Jourdain, Morisson, Boisseau, Giraud, Maillard, Bernyer, Girard, Fouchier, Buschet, Coûtant, Lhermite, Denebault, Le Royer dit le Gouellan, Méhée, Réau, du Jau, Perle, Bouhereau, Bobineau, Henry, Colin, Guibert, Gargoulleau, Manigault, de Combes, Foucher, Pivert, Piocheau, Mignonneau ; à la fin du xvi e et au xvn e siècle on trouve les grands noms : les George, les Macaing, La Lande, Rondeau, Denis, Froger, de Pont, Mouchard, Picassary, Esprinchard, Bonneau, de la Croix, Pagez, Thévenin, Faneuil, etc. (Voirie livre d'or de la Chambre de Commerce par Emile Garnault).