ACTE QUATRIÈME 22U
FERNEY
Ah 1 ma pauvre enfant, tu vas reperdre tout le terrain que tu as si bien gagné.
FERNANDE
Mon oncle, écoutez-moi...
FERNEY
Mais écoute-moi donc, loi aussi! Ne sois pas folle! C'est en regardant les femmes, vois-tu, que j'ai appris à si bien connaître les hommes! Or, ton mari est de ceux qui ne s'en vont pas. 11 t'a désirée d'abord, parce que d'autres lui ont fait voir que tu étais désirable; il t'a aimée ensuite à cause de ton indifférence et de tes attitudes; il t'adore, maintenant, parce qu'il croit que tu l'as trompé!
FERNANDE
Mon oncle, je vous en prie, appelez-le; je vous jure, moi, qu'il partira! Dites-lui que j'ai menti, dites-lui...
FERNEY
Va donc le lui dire toi-même! Oui... va le rejoindre, va te jeter à son cou et avoue-lui que tu n'as jamais cessé de l'aimer. Tu verras tout de suite l'effet de cet aveu ! Ah! mon Dieu ! mon Dieu! qu'il est donc difficile de faire le bonheur
tle ceux qu'on aime!... Et toi, toi qui m'as étonn» par ta finesse, loi qui as su le transformer, tu vas en une seconde détruire tout ce qui lui plait, tout ce qui Tattire et tout ce qui Ta rapproché de toi ' Je t'en conjure, n'en fais rien! Tes façons que j( blâmais jadis... je te supplie de les garder maintenant! Hier au soir, tu as été assez forte pour te taire... sois-le davantage aujourd'hui!... cl laisse-le venir. Ah! Seigneur, quel métier tu me fais faire !
FERNANDK
si je suis vos conseils, je sens que je suis (»erdue !
FERNEY
Si tu m'ccoutcs, au contrnirc. je li^ ilis (|ii(> hi es sauvée.
FERNANDE
S'il me croit coupable, pourquoi voulez-vous tjuil revienne?
FERNEY
Tais-toi! (Hoger entre. Il va vers la table où se troiivrnl lies jourçaux, des papiers. 11 fait semblant de rherclicr quelque
chose. Puis il sort.) Tu vois... il rôde déjà... Laisse-le venir l Tu joues tout ton bonheur, en ce moment, ma petite Fernande, ne va pas le gâcher par une imprudence! Tu tiens le (il de la marionnette, tiens-le bien, ou gare!...