‹ Les marionnettes du diable (volume 5)Chapitre 10 sur 32 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

L'homme à l'habit rouge.

| L'homme à l'habit rouge avait saisi la baladine par la taille, et, sans se préoccuper de sa résistance, au risque même de briser les bras charmants

qu'elle arcboutait contre sapoitrine pour se dégager, il la rapprochait de plus en plus de son visage.

La galerie trépignait d'aise et riait aux éclats de cette lutte dont le résultat était prévu d'avance.

Il devenait évident que, quelque secondes plutôt ou quelques secondes plus tard, la figure osseuse et moustachue du bandit toucherait le divin et pâle visage de la pauvre fille, qui répétait d'une voix suppliante ;

— A l'aide, mon frère ! !. viens à mon aide ' !.

Mais en ce moment le musicien borgne avait toute autre chose à faire qu'à venir au secours de sa sœur dont le péril, sans doute, ne lui paraissait pas bien sérieux.

Il s'était jeté à quatre pattes sur le plancher ( qu'on me passe cette expression vulgaire mais expressive) et il s'occupait avec zèle et assiduité à ramasser les réaux et les piastres épars sous les

guéridons et sous les escabeaux. — Il se préoccupait surtout de retrouver les trois onces d'or données par le Français et qui se dérobaient obstinément à toutes ses recherches.

— Ah! caramba !. — murmurait-il d'un ton piteux en explorant les coins et les recoins de la vaste salle, — caramba !. — seraient- elles décidément égarées !. — oh ! malheur !. - quelle sotte fille que cette Carmen !. — Refuser d'un seul coup cent piastres sonnantes

et perdre trois onces d'or ! sans "compter les réaux !. ah I caramba ! !.

La baladine, — que désormais nous appellerons Carmen puisque nous savons maintenant qu'elle se nommait ainsi, — était à demi vaincue. — Ses joues veloutées comme les pétales des belles fleurs des tropiques allaient subir l'odieux contact des lèvres du géant, — et ce dernier, riantd'un rire de faune, s'apprêtait à soulever le voile qui cachait en partie le visage de sa victinif.

— Que ceci vous serve de leçon, la fauvette!. — s'écria-t-il, — ce qu'on ne veut ni me vendre ni me donner, je le prends ! !..

— Pas toujours ! — répondit une voix brève et que la colère faisait trembler, — la voix du Français, qui, poussé par une force irrésistible, venait de s'avancer jusqu'auprès du bandit et du bout de son doigt lui touchait l'épaule.

Le géant tressaillit, et laissant tomber un regard dédaigneux sur son ad*

versaire qu'il dominait de toute la tête, il demanda :

— Qu'est-ce à dire?.

— Sénor, — reprit le Français, — celui là est un lâche qui n'a pas honte de violenter une femme!!, que ceci vous serve de leçon, ainsi que vous le disiez vous-même à l'instant? — lâchez cette jeune fille !.

— Un ordre ! !.— Dieu me damne ! !.

Je crois que c'est un ordre ! !.

iii LES MARIONNETTES

— Positivement.

— Savez-vous bien à qui vous parlez?.

— Je sais que je parle à un drôle que je vais châtier avanl une minute s'il ne m 'obéit pas à l'instant !..

— Je suis don Ram irez Mazatlan, colonel dans l'armée mexicaine ! !.

— Quand vous seriez le diable, je vous ordonne de lâcher ceUejeune fille*

— Et si je refuse?..

— Je vous passerai mon épée au travers du corps, tout simplement. — Vous voyez que je suis pour les mesures énergiques.,.

Tout en parlant le Français avait tiré du fourreau sa petite épée damasquinée à poignée de vermeil.

A la vue de cette arme de parade, coquette, mais inoffensive en apparence, le géant Ramirez eut un accès de rire éclatant.

Page 1