J04 LES MARIONNETTES
ce jeune homme sortira, de la maison sain et sauf...
— Et le second?...
— C'est de le suivre , afin de savoir où il demeure et d'apprendre quel est son nom...
— Que t'importe ?
Carmen garda le silence,
Le borgne reprit :
— Est-ce que tu te sentirais de l'inclination pour lui, par hasard?...
Ce fut au tour de la jeune fille de demander :
— Que t'importe ?
— Ne suis-je pas ton frère, et n'ai-je pas le droit de t' empêcher de faire des folies ?..
— Qui te dit que j'en veuille faire !
— Mais, il me semble...
— Il te semble mal... — et, quant à tes droits, tu sais bien que je refuse absolument de les reconnaître... — Je suis ta sœur, c'est vrai ; mais tu ne te souviens de notre parenté que pour empocher bel et bien comme ta propriété légitime tout l'argent que je gagne par mes danses et par mes chansons... — Sans moi , que deviendrais-tu?... — ce n'est pas ta voix, quoiqu'elle soit belle,
qui te ferait vivre... —Le lendemain du jour où je me séparerais de toi, il te faudrait mendier ou voler, tu le sais aussi bien que moi , mon pauvre Morales...
Sans doute ces paroles étaient concluantes et sans réplique, car Morales baissa la tête et ne répondit pas.
Carmen reprit
— Cesse donc de faire étalage d'une
autorité chimérique et que je conteste, ~~ n'oublies pas que tu ne saurais te passer de moi, et, par conséquent, lorsque je t'ai dit : — Je veux, — souvienstoi qu'il faut obéir !...
— En voilà assez, — murmura le borgne avec une mauvaise humeur manifeste, — agis à ta guise, puisque tu refuses de te laisser guider par mon expérience!... — Tu tiens à savoir où demeure le jeune Français?...
— J'y tiens.
— C'est bon, — on le suivra... — mais que dira Quirino?...
•*- Quirino ne dira rien.
— Crois -tu"?
— J'en suis sûre... — et cela pour la meilleure de toutes les raisons, — c'est qu'il ne saura rien... — toi seul pourrais lui apprendre ce qu'il doit ignorer, et tu ne parleras pas...
— C'est bon, c'est bon!... — grom-