CHAPITRE PREMIER
La loterie.
Pour qu'il nous soit possible de montrer à nos lecteurs ce que vit le diable et de leur raconter ce qu'il entendit, il nous faut rem onter de près d'un siècle
dans le passé et nous transporter sous les lointains climats voisins de l'équateur.
Nous allons à Cuba, cette île merveilleuse , placée comme une sentinelle géante à l'entrée du golfe du Mexique, entre l'océan Atlantique et la mer des Antilles , tout près de Saint-Domingue et de la Jamaïque.
Au mois de septembre 1770 et vers les sept heures du soir les trois quarts de la population de la Havane s'entassaient sur les quais, sur la jetée et sur
les plages sablonneuses que la mer calme et transparente venait lécher sans secousse et sans murmure.
Pendant toute la journée le soleil des tropiques avait inondé d'une pluie de feu la ville, la campagne el les grèves. — A ces heures brûlantes succédait une soirée dont la température n'.était que bien légèrement rafraichie, car la brise de mer attendue avec impatience ne s'élevait pas encore, et quoique l'astre roi eut disparu déjà derrière une masse gigantesque de nuages d'un rouge sanglant, les murailles des maisons, les