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CES LIVRES DE CLASSE

 M. Albert Sorcl.

H. BAUVIN, quarante-six ans.

m a i»\me bauvin, trente ans.

MADAME SAVOLLET, trente-trois (If} s.

wdré bauvin, onze ans.

jbanne savollet, neuf ans.

i \ i i. m bat aire ami des bauvin, cinquantetrois ans.

A Paris chez les Bauvin, un dimanche de juillet, après le dîner, au salon.

l'ami, désignant les enfants qui regardent ensemble des images. — Et voilà ces chers petits, bien heureux de ne plus être en pension!

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jeanne. — Oh oui!

madame savollet. — Ne m'en parlez pas.

C'est une joie pour Jeanne.

madame bauvin. — Elle se plaît pourtant bien à son couvent?

madame savollet. — Beaucoup. Ces dames sont parfaites.

l'ami, à madame Savollet. — Elle est à Bethléem, n'est-ce pas?

madame savollet. — Oui, rue d'Assas.

Oh ! les enfants y sont admirablement, sous tous les rapports.

l'ami. — Vous teniez beaucoup au couvent, aux religieuses?

madame savollet. — Mon Dieu, j'y tenais sans y tenir. Mais, en somme, pour une jeune fille, c'est encore là qu'on trouve les meilleures garanties de solide et sérieuse éducation.

l'ami. — M. Savollet pense là-dessus comme vous?

madame savollet. — Oh! mon mari, ça lui est égal ; il a dans ce moment-ci un projet de tramway à Lourdes... Des petits tramways à vapeur pour les pèlerinages, les procession s...

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Au point de vue des malades et des impotents. . . ce serait très précieux... Vous comprenez qu'il n'a pas le temps de s'occuper de ces questions terre-à-terre de pensionnat? Aussi il me laisse libre.

m. bauvin. — Nous, voilà deux ans que André e.st au Lycée Renan, et nous sommes enchantés de l'y avoir mis.

madame bauvin. — L'enseignement y est très large et très digne.

bauvin. — Et sans aucun parti pris.

l'ami, en regardant les enfants. — Enfin, ils vont se reposer et bien jouer pendant deux mois ; c'est le principal.

madame bauvin. — Et puis travailler aussi un peu. Nous avons des petits devoirs de vacances.

madame savollet. — Sans ça, on s'ennuierait, n'est-ce pas, Jeannette?

jeanne. — Mais non, maman. Je saurais bien passer le temps à ne rien faire, va.

l'ami. — Elle a raison. Moi, je suis pour qu'on ne fasse rien de ses dix doigts pendant les vacances.

andré, <i rann. — Vrai? Oh! pourquoi

que papa et maman ne sont pas comme vous ?

madame bauvin. — Monsieur n'a pas de petits enfants, mon chéri, sans quoi il changerait d'avis.

l'ami. — Je ne crois pas. J'ai là-dessus des idées très arrêtées.

ii au vin. — Gomme en tout, cher ami.

MADAME BAUVIN. — VOUS êtes C6 qu'oïl

appelle un type.

ha u vin. — Un bon type.

madame savollet. — C'est bien heureux, allez , cher monsieur , que vous n'ayez pas d'enfants, parce que vous les élèveriez drôlement.

l'ami. — Plus drôlement qu'on ne ies élève, à coup sûr.

madame bauvin. — Vous allez remonter sur vos dadas? L'éducation personnelle, chez soi, dans la famille?

bauvin. — L'éducation familière, faite en causant?

madame bauvin. — Jamais d'internat, ni d'externat?

madame savollet. — Jamais de livres de classe ?

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l'a mi. — Surtout ! Oh ! les livres de classe ! Quels fléaux! Quels ramas d'idioties!

andré, à Jeanne. — Oh! tu as entendu ce qu'il dit?

madame savollet, à l'ami. — Voulez-vous bien vous taire, et ne pas parler ainsi devant eux. D'ailleurs, Jeanne sait que ça n'est pas vrai et que -<i> livres de classe sont très bien faits. N'est-ce pas, ma chérie?

jeanne. — Oh! oui, alors! D'abord, cVt rien que des prêtres qui les ont écrits. Ainsi...

l'ami. — Jésus!

ieanne. — Et même, il y en a que l'archcvèque de Bordeaux a imprimé sur la couverturc qu'il les approuvait.

i/ami, les yeux au ciel. — Oh! je vois ça d'ici.

BADVIN. — Moi, je dois dire que j'ai feuilleté bien souvent les livres de classe d'André. Quand sa mère n'a pas le temps, c'est moi, pendant les vacances, qui lui fais réciter ses leçons el qui corrige ses devoirs; j'ai toujours trouvé ses livres très clairs, très intéressants, et le programme de ses études très intelligemment conçu.

andré. — Bien embêtant des fois, petit père.

b au vin. — Silence. Je ne te parle pas.

l'ami. — Je vous entends. Vous êtes tous convaincus. Mais ça ne m'empêche pas d'avoir raison, surtout au sujet des livres de classe. Je n'en connais pas un, pas un seul, qui soit à peu près proprement fait, qui soit adapté au sexe, à l'âge, à la qualité sociale, intellectuelle et morale de l'enfant.

madame bauvin. — Allons donc ! allons donc!

bauvin. — Vous exagérez aussi, à la fin! Vous ne me ferez pas croire que des gens dont c'est le métier de s'occuper d'éducation sont des ânes et que vous êtes plus fort qu'eux?

l'ami. — Si, cher ami. Si, je finirai par vous le faire croire. Ça sera long, j'y mettrai des mois, des années, jusqu'à ma mort. Mais j'y arriverai, j'en ai l'espoir intime.

bauvin. — Vous perdrez votre temps.

l'ami . — Ça m'amuse, je n'ai que ça à faire. Et tenez, voulez- vous me causer tout de suite un grand plaisir? Mais là un vrai plaisir? A la minute?

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