LES LIVRES DE CL IS
\ \ db É. — Je sais Balzac, là !
i \ m 1 , surpris. — Balzac ! Tiens ! tiens ! On vous fait commencer par Balzac? Soit: Voilà au moins qui est moderne ! A la bonne heure!
BAU VIN, à son fils. — Allons donc ! tu rêves, André?
madame bau v in. — Mais c'est de la folie ? le suis sûre qu'il se trompe. On leur aura parlé de Balzac comme ça, en l'air!
andré. — Non, maman, j'ai appris Balzac sur mon pupitre, dans mon livre.
l'ami, à André. — Dis Balzac comme dans ton livre mon cher petit, dis vite.
tNDRÉ, récitant. — Balzac, célèbre écrivain. On a dit de lui avec justesse qu'il était le Malherbe de la prose...
l'a mi. — Ah ! on a dit ça? Drôle de jugement. Continue.
André, récitant toujours. — Né à Angoulèmc en 1594, (iuez de Balzac...
l'ami, éclatant. — Ah! ah! c'est l'autre! l'autre Balzac! Oh! que c'est drôle!
madame b ad vin, à qui ça échappe, — Comîmul ? il \ en a donc deux ?
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i; au vin, humilié, — Cécile! Mais oui, lu le rappelles bien?
madame bauvin, qui se raccroche. — Ali! oui... oui... l'autre!...
l'ami, joyeux. — Eh bien! c'est complet. C'est tout ce que je voulais savoir. En voilà assez pour aujourd'hui, mon petit André. Viens m'embrasser.
bauvin, agacé. — Naturellement, il va triompher maintenant!
madame bauvin. — Le beau mérite ! André n'a dit que des bêtises. (A André.) Je suis très mécontente de toi.
l'ami. — Pas du tout. Il n'y est pour rien, le pauvre petit diable, et il a, au contraire, répondu comme un ange. (Sortant de sa poche une pièce de cent sous.) Tiens, voilà pour ta peine. Ainsi, mon gros, récapitulons; tu as onze ans, tu veux être peintre...
bauvin. — Et moi, je ne veux pas.
l'ami. — Ne dites donc pas de choses pareilles. S'il le veut, il le sera tout de même. (A André.)... Tu ne sais pas tenir un crayon, tu n'es jamais entré dans un musée... mais, en revanche, tues au lycée Renan depuis plusieurs
LES il v RES DE CLAS8E (il
années, el tu sais que Guez de Balzac est né à Aniioulème... que la Seine prend sa source à Paris, et que la Suède a acquis l'Ingrie el la Garélie... Eh bien, voilà ce que j'appelle une éducation comprise et bien dirigée... Ton papa el ta maman ne doivent pas regretter l'argent que tu leur coûtes... Mais, par exemple, si, au milieu de tout ça, tu arrives un jour à être peintre malgré tout, et à faire parler de toi comme de Raphaël, vrai, tu seras un monsieur, tu pourras dire que tu as eu du mérite et que I u reviens de loin !
madame bauvin, sévère. — Oui. Et en attendant il va aller se coucher.
madame savollet. — Tout à l'heure. Pas avant que Jeanne soit partie. Je m'en vais moi-même à l'instant.
i 'ami, à M. Bauvin. — Vous n'avez pas l'air content. Vous me regardez avec des yeux terribles !
bauvix. — H y a de quoi, mon cher. Vous prenez sans cesse le contrepied de tout. A la longue, c'est agaçant.
l'ami. — Je me justifierai dans cinq minutes, quand j'aurai interrogé Jeanne.
(iv2 LES MARIONNETTES
madame bauvin. — Encore ? Elle aussi?
b au vin, avec dépit à sa femme. — Mais oui. Qu'il interroge Jeanne. Ça va être exactement la même chose que pour André : il va encore trouver ses réponses insuffisantes ou ridicules. Je le parierais. Il n'est jamais satisfait.
l'ami. — Nous allons voir. Attendons. Ne me donnez pas de fausses joies !
madame s a vol l et, pincée. — Oh! mon cher monsieur, moi, je ne suis pas inquiète. Avec l'éducation que Jeanne reçoit chez ces dames !. . . je ne crains rien... Vous pouvez la questionner, tant qu'il vous fera plaisir. Vous en serez pour vos frais de taquinerie.
l'ami. — Je ne suis pas taquin. (A Jeanne.) Vous avez des livres de classe, ma petite Jeanne?
jeanne. — Oui, monsieur, beaucoup. Une géographie par l'abbé Saladin.
l'ami. — Ah. Et un livre d'histoire, aussi, sans doute ?
jeanne. — Par l'abbé Briochon. Un livre de mathématiques par l'abbé de Bonnemort, et un précis de style par le père Canada.
l'ami. — Bon. Vous êtes bien nantie. Qu'est* ce que vous savez le mieux en histoire?
lis m vh ES DE CLASSE (••'!
jeanne. — Tout. Je sais surtout bien : Que se passait-il en Neustrie après Clovis II?
l'ami. — Hein? quoi?
j B v > n E . — C'est une des questions de mon livre
i ami. — Celui de l'abbé Briochon ?
jeank*. — Oui. CVsl un livre fait par questionnaires. Alors je sais cette question-là. (Elle n'rite.) Que se passait-il en Neustrie après Clovis II? Clotaire III prit le pouvoir à cinq ans, le maire Erchinoald associa au gouvernement la reine Bathilde, mère de ce jeune prince, qui alliait la douceur à la sagesse. Mais Erchinoald étant mort, Ebroïn, homme ambitieux, se démasqua, et, fatigué de la tyrannie des leudes...
l'ami. — Assez. C'est très bien! (A madame Savoîlet.) Eh bien, madame, qu'est-ce que vous dites de ça pour une fdlette de neuf ans?
b au vin. — Le fait est que c'est excessif de lèttf apprendre des choses pareilles.
mai) ami; i.auvin, à son mari. — Que veux-tu, mon ami ! C'est l'esprit un peu étroit des bonnes Sœurs.
i ami. à part. — Ils sont admirables!...
(A madame Savollet.) Mais vous, que diles-vous ?
madame savollet, gênée. — Je dis... je dis... qu'il faut pourtant bien que cette enfant sache ses Maires du Palais !
l'ami, à madame Savollet. — Vous croyez que ça l'empêcherait de se marier?
madame savollet. — Et puis, d'ailleurs, elle sait d'autres choses... Je suis sûre que, môme en histoire, ces dames leur apprennent d'autres choses?
l'ami. — Je l'espère! (A Jeanne.) Savez-vous autre chose en histoire?
jeanne, avec assurance. — Je sais Philippe VI (Récitant.) Philippe, comte de Valois, fils de Charles, frère puîné de Philippe le Bel, avait, ainsi que Philippe le Long, gouverné d'abord comme régent, en attendant les couches de la reine...
madame bauvin, récoltée, bas, à son mari. — Les couches! As-lu remarqué?
bauvin, même jeu, bas. — Oui... sous la signature d'un abbé. C'est monstrueux !
jeanne, qui hésite et dnonne. — ... Les couches de la reine... Je ne sais plus.
l'ami. — Déjà?