I.K II AT
bien exécuté ses petits exercices, pour sa peine, il a un de mes vieux livres de classe. Je les avais conservés, tous sont en train d'y passer ; et tel que vous le voyez, ce Maxime a déjà dévoré un Thésaurus, une grammaire grecque de Burnouf, et la moitié de Xénophon.
gontran. — A la bonne heure. Tu le nourris fortement.
le duc. — Maintenant, vous allez le voir travailler.
guy. — C'est ça, il n'est que temps. (La porte s'ouvre à cette minute, et un domestique parait.)
le domestique. — Monsieur le duc, c'est M. Edgard du Raincy.
i.i: duc. — Qu'il entre.
le domestique. — Mais... c'est qu'il a avec lui son chien, son petit ratier... Alors...
le duc, bondissant. — Qu'il n'entre pas!
cyprien. — Bigre!
guy, au valet. — Fermez la porte.
ii duc — Mais fermez donc vite. (Pendant ce temps le rat, effrayé par les cris, saute à terre et se met à courir à travers la pièce.)
CONTRAN. — Bon, le voilà qui s'est échappé!
le duc, appelant V animal. — Maxime! Vite ici!... Où est-il?
Philippe. — Là, derrière l'armure du duc d'Orviédo...
cyprien. — Oh! si le ratier entre, il va se faire écharper ! Il n'y coupe pas.
le duc. — Ah! la sale bête! (Appelant l'animal avec une voix câline.) Viens, mon petit.,, viens, mon joli petit!... Ah! ce que tu vas recevoir une raclée, je ne te dis que ça ! Venez, le joli petit! Prends-le, Guy, prends-le, il est de ton côté.
guy, refusant avec énergie. — Plus souvent!
le duc. — Toi, Cyprien.
cyprien. — Jamais! jamais!
le duc — Tas de peureux !... (Enfin il s'en empare.) Je le tiens !... (Le contemplant avec attention.) Patatras! Ça y est! Il est tout tremblant ! Ça l'a bouleversé. Il ne fera rien aujourd'hui, ni demain... Je le connais, il lui faut, à présent, la semaine pour se remettre. Nom d'un nom de nom! Oh! il ne pourra pas travailler d'ici huit jours. C'est bien ma veine !
LE RAT
gontran. — Il est si impressionnable ?
le duc. — Lui I Un rien le jette par terre.
guy. — Remets-le toujours dans sa boîte.
le duc, le fichant dans la caisse avec fureur. — C'est ce que j'ai de mieux à faire, parbleu ! Diable d'Edgard, va! Il avait bien besoin de venir nous embêter avec son sacré ratier. Je lui collerai de la mort-aux-rats, moi, à son sale chien, qui me met Maxime dans cet état-là !
le domestique, entre-bail lant la porte. — Monsieur de Raincy peut-il entrer, maintenant?
le duc. — Non, zut! Dites-lui que je suis occupé, que je suis avec ma mère... pour des questions de famille.
le domestique. — Bien, monsieur le duc. (Il referme la porte.)
le duc. — Avec tout ça... Voilà la représentation de Mollier qui ne peut plus avoir lieu après-demain. Tout est démoli!
gonthan. — Pourquoi?
le duc. — Parce que Maxime ne sera pas en état. Je me tue à vous le dire. Quand il a
une émotion, il lui faut huit jours pour so rétablir. Pas moins.
Philippe. — Donne-les-lui.
guy. — On reculera la représentation à la semaine prochaine.
gontran. — Mais oui. Ce n'est pas une affaire ! Moi je saute en voiture et je vais raconter ça à Mollier, tiens.
le duc. — Oh! que tu es gentil! Tu me rends un vrai service. (Aux autres.) Et puis, alors, vous, vous allez rester avec moi, pour que nous rédigions ensemble la note aux journaux : « Par suite d'indisposition de son rat, M. le duc d'Apollinaris a demandé qu'on retardât de quelques jours... » Enfin, vous allez m'aider, parce que je n'ai plus ma tête à moi. Je sens que je m'en vais.
guy. — Ne t'occupe de rien. Tout va s'arranger.
le duc — Merci, merci. Croyez-vous ! Au moment où j'étais si heureux!... Quelle histoire ! On a bien raison de dire qu'on ne peu t jamais compter sur quoi que ce soit dans la vie!
Philippe. — Ne t'énerve pas. Ça ira.
CYPRIEN. — Et tu auras un grand succès! i y. — Mais oui. Quelle sensitive tu fais!
le duc , montrant d'un geste vague les drapeaux '( les trophées. — Depuis trois eents ans, nous sommes tous comme ça, dans la famille.