‹ Les marionnettesChapitre 9 sur 31 · I.H K i! \ cil DU MARIAGE · texte numérisé non relu

I.H K i! \ cil DU MARIAGE

femme? Ah non ! je la connais trop! Elle est hop mal élevée!

k. boutin. — Albert ! Tu t'oublies!

j f.anne. — Mais laisse-le donc dire, papa. Ça ne me fâche pas. Il a raison.

m. nouTiN, à Jeanne. — Tu l'approuves? C'est ta condamnation, malheureuse enfant!

ikanne, à son père. — Mais non. D'ailleurs j'en ai autant à lui servir. Albert sait si je l'aime, si je le trouve bon et beau garçon, c'est mon frère, mon seul et vrai ami, quand j'ai dit: Albert! j'ai presque tout dit.

m. nouTiN, mélancolique. — Il ne m'en reste guère, à moi, après ça!

JEANNE. — Eh bien, ça n'empêche pas que, le connaissant comme je le connais, j'aimerais mieux je ne sais quoi — si j'étais une autre jeune fille — plutôt que de l'épouser.

m. boutin. — Parce que?

.ieanne. — Parce que je suis sûre et certaine <iu'il ferait un mari... effroyable!

\ i HERT, à son père. — Tu l'entends? Avais-jc raison? Et elle, ça serait... la dernière des femmes.

1 1: \ n .\ B, à son père. — 11 n'a peut-être pas tort.

m. boutin, ahuri, à sa fille. — Ainsi... comment... par instants, je me demande si je ne rêve pas? Toi aussi, ma pauvre petite fillette, tu nages dans ces mêmes folies? Toi aussi, tu ne veux pas te marier? Toi aussi tu as sur les jeunes gens d'aujourd'hui les mêmes idées que ton frère sur les jeunes filles?

jeanne. — A peu près, papa.

m. boutin. — Ah! comme je te plains! Comme je vous plains tous les deux !

albekt. — Ça te passera.

m. boutin, à ses enfants. — Et à vous aussi, je l'espère.

jeanne. — Non. Je ne crois pas.

m. boutin, à sa fille. — Mais, au bal, tu n'as donc pas rencontré quelqu'un pour qui ton cœur...

jeanne. — Oh! mon cœur ne va jamais au bal. Il reste à la maison.

m. boutin. — Pour qui?

jeanne, gentille, lui sautant au cou. — Pour toi (Prenant la main de son frère), pour lui (Elle les embrasse tous deux) ; je vous aime bien, vous savez?

m. boutin. — Sans doute, mais... (Se mon-

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Irant lui et Albert.) les uns n'empêchent pas... l'autre.

jeanne. — L'autre n'existe pas encore pour moi.

I. no u tin. — Tant pis. C'est égal, ça me confond, que parmi tant de jeunes gens qui te l'ont valser, tu n'en aies pas au moins trouvé...

jeanne. — Tous, danseurs; pas un, mari. Mais qu'est-ce que ça peut te faire au fond, que nous nous mariions, ou pas? Tu nous as toujours dit que tu nous laisserais libres, que tu ne forcerais jamais ni nos inclinations, ni qos répugnances... que, même si je voulais me faire religieuse, tu ne t'y opposerais pas.

m. ijoutin. — C'est vrai, j'ai dit tout ça. J'en conviens.

JEANNE. — Eh bien, alors?

m. ijoutin. — C'est que je vieillis tous les jours, mes enfants...

ALBERT. — Nous aussi. J'ai déjà un cheveu gris.

». boutin. — Et que je voudrais vous voir S avant de m'en aller.

jeanne. — D'abord, tu ne Ton iras pas. On

ne s'en va pas ainsi, à sa guise, comme ça vous fait plaisir.

albert. — Tu vivras vieux, archivieux.

m. boutin. — Dans une petite voiture, alors ?

albert. — Parfaitement. Et c'est nous qui la traînerons.

jeanne, à son père. — Tu vois bien qu'il ne faut pas que je me marie?

m. boutin. — Au contraire. Mon gendre se relayerait avec toi. Car enfin, si tu ne te maries pas, qu'est-ce que tu feras seule, dans la vie, une fois que je n'y serai plus?

jeanne. — Ne t'inquiète pas. Je saurai m'arranger.

m. boutin. — On s'ennuie à rester oisif.

jeanne. — Tu es la preuve du contraire. Je ferai comme toi, j'achèterai des tableaux Et puis bien d'autres choses. Je serai une vieille fille, tout à fait dans le mouvement. Les hommes ne seront pas amoureux de moi ni les femmes, jalouses. Je serai ma maîtresse, libre, indépendante. Ça sera le paradis sur terre, ou du moins à Paris. Et je m'en contente.

m. boutin. — Qui te protégera?

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ALBERT. — Moi.

outin, à sa fille. — Et si ton frère disparait? S'il meurt jeune?

albert. — Merci, petit père. Tu m'embaumes un peu tôt.

jeanne. — La loi me protégera. L'Etat, mon notaire, mon avoué, le commissaire de police...

m. boutin. — Qui auras- tu à aimer? Personne?

jeanne. — Les pauvres. C'est ma façon d'être socialiste.

m. boutin. — Qui t'aimera?

i banne. — Les bêtes. Mes chiens.

m. boutin. — Et tu crois que tu seras heureu»

ieanne. — Je ne sais pas. En tout cas je ne i pas malheureuse, trahie, abandonnée, outragée, soumise à cette alternative des pires humiliations, ou des pires complaisances, condamnée à souffrir dans mon mari, dans mes enfants, dans mon honneur, dans tout et à propos de tout. Quand on est seul on n'a que soi : c'est déjà une belle petite source de misères, de quoi vous occuper tous les ins-

tants de la vie... Mais enfin, avec de l'estomac, ça peut encore se supporter. Je ne me marierai pas.

m, boutin. — Quel pessimisme! Où vois-tu tant d'abominations?

jeanne. — Partout. On marche dessus. Je n'entends parler que de séparations, de flagrants délits, de divorces, d'adultères, de procès; chaque jour c'est un nouveau scandale. Est-ce vrai? Veux-tu des exemples et des noms?

m. b ou tin. — Inutile. Mais ça ne prouve rien. Il y a encore, malgré tout, des maris honnêtes et d'honnêtes femmes. Tu n'en sais rien, parce qu'on n'en parle pas. Voyons? Est-ce que ta mère et moi...

jeanne, vivement. — Oh! laissons ça, veuxtu? Prenons tout le monde, excepté vous. Oui, parbleu , vous avez été irréprochables tous deux ; mais quand même vous auriez mené une vie repréhensible, nous serions, mon frère et moi, persuadés du contraire, parce que c'est toujours ainsi, que vous êtes nos parents et qu'on voit, invariablement, par une touchante et heureuse loi d'optique morale, ses père et

LE KRACH DU M Mil AGE

mère blancs comme neige, même quand ce sont les derniers des sacripants. J'en appelle à Albert. Ça n'est pas un noceur à tous crins, mais enfin il s'amuse tout de même un petit peu entre ses repas, eh bien, quand je pense, par instants, que toi, papa, tu as eu son âge et que tu as peut-être dû faire comme lui... que c'est même probable... ça me coupe bras et jambes et je ne peux pas le croire. Ça me parait inadmissible ! Je ne te conçois toute ta vie que comme un petit saint.

m. boutin, gêné. — Et tu as raison.

u: anne. — Je ne te demande rien. Ne réponds rien.

m. boutin. — En ce cas, puisque tu as une si bonne opinion de ton pauvre vieux papa, tu dois avoir un peu confiance en lui?

.ieanne. — Ça dépend.

m. boutin. — Fais ce qu'il te dit. Mariezvous tous les deux, allez. Un jour ou l'autre...

Albert. — Plutôt l'autre.

m. boutin. — Vous m'en remercierez. Et puis, si vous ne voulez pas le faire pour moi, faites-le au moins pour notre nom... qu'il ne périsse pas,

jeanne. — Alors, ça cesse de me regarder. A toi, Albert! Comme, moi, je perdrais mon nom en me mariant...

Albert, à son père. — C'est drôle, papa, que tu tiennes tant que ça à te perpétrer? Voilà une considération qui me laisse glacé ! Nous n'avons rien de commun avec les Croisades, nous ne descendons pas de la cuisse de Pierre l'Ermite? Alors, laissons trépasser ce beau nom de BoutinI

m. boutin. — Plus tard, tu changeras d'idée , tu penseras comme moi.

albert. — C'est possible. Avec l'âge, le cerveau s'affaiblit.

m. boutin. — Mais pas le cœur. Il s'améliore. On se raccroche à tout. On veut aimer double pour ce qui vous reste à vivre. Et on souhaite autour de soi des petits-enfants...

jeanne. — Ah! Seigneur!

m. boutin. — Beaucoup de petits-enfants!

albert. — Tu es gai!

m. boutin. — Non, je suis triste. Alors il faut que je renonce à cet espoir? Pas de petitsenfants ?

albert. — Tu en as des grands.

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