SCÈNE IV
MÉQUILLET, PAULINE.
MÉ QU IL LE T, s’approchant de Panline.
Je vous demande pardon, mademoiselle, de vous avoir privé de la société de M. Lambert.
PAULINE
Pourquoi vous excuser plus spécialement, monsieur, au sujet de JL Lambert?
MÉQUILLET.
Parce qu’il est élégant, jeune, aimable ; que vous êtes demoiselle, et que...
PAULINE *
Monsieur Méquillet...
MÉQUILLET.
Mademoiselle...
PAULINE
Je soutenais, il n’y a qu’un instant, que vous n’étiez pas méchant.
* Méquillet, debout, à gauche de la table du milieu ; Pauline, de l'autre côté, debout aussi et rangeant son ouvrage.
MÉQUILLET.
Vous aviez tort; la nature me devait un dédommagement, elle me l'a donné. De grâce, laissez-moi mes avantages, je n’en ai pas tant. La méchanceté est ma seule parure.
PAULINE
En tout cas, je m’étonne que vous exerciez cette méchanceté contre moi.
MÉQUILLET.
Pourquoi pas contre vous, mademoiselle ?
PAULINE
Nous avons tous deux plus d’un point de ressemblance; et les loups, dit le proverbe...
MÉQUILLET.
Que dites-vous là!... Nous ressembler? Vous vous moquez du pauvre monde. Nous ressembler? Quelles sont vos inûrmités, je vous prie ?
PAULINE
Je suis pauvre, je suis orpheline, je dépens de mes cousines, mesdames de Fauvigny et Carcillier ; je suis une sorte de demoiselle de compagnie ; j’ai vingt-trois ans, je ne suis pas encore mariée, et je ne me marierai probablement jamais ; si ce ne sont pas là des inûrmités...
MÉQUILLET.
Tiens! tiens 1 et vous dites cela tranquillement, sans arrièrepensée, sans fiel, sans aigreur; vous n’étesdonc pas malheureuse?
PAULINE
Malheureuse? Mais non, monsieur 1 J’ai pris mon parti delà vie qui m’est faite et j’y trouve de grands plaisirs. Je n’ai pas de fortune, eh bien, je m’intéresse à l’accroissement de celle de mes cousines... Je n’ai pas de proches parents, je ne goûterai jamais le bonheur d’avoir des enfants; la famille de ces dames est devenue la mienne, leurs enfants seront les miens.