ACTE PREMIER
MÉQUILLET.
C’est ce qu’on appelle vivre de la vie des autres. Je reconnais que vous avez là un point de contact avec moi. Mais une question : n’avez-vous jamais désiré vivre pour votre propre compte?... n’avez-vous jamais rêvé...?
PAULINE
Ah! pardon... mes rêves... vous me permettrez de les garder pour moi.
v MÉQUILLET.
Gardez-les... je les connais.
Je ne crois pas.
M É Q U I L L E T, soupirant.
Je les connais, vous dis-je, malheureusement! et il ne dépend peut-être que de moi de les réaliser; mais... (a Paulino, qui se dirige vers la droito.) Vous partez, vous aussi ?
PAULINE
Je vais rejoindre mes cousines.
MÉQUILLET.
Et vous laissez là votre ouvrage?
PAULINE
Je le reprendrai tout à l’heure, il est terminé.
MÉQUILLET, examinant l’ouvrage de Pauline.
Qu’est-ce que c’est que ces petites afl'aires-là ? dos sorties de bal?
PAULINE, se rapprochant.
Non pas... de bons manteaux, s’il vous plaît!
MÉQUILLET.
Mais ils ne vous couvriront pas le cou.
PAULINE
Aussi, n’est-ce* pas pour moi, mais pour des enfants de sept à huit ans.
MÉQUILLET, descendant à gaucho.
Encore une bonne œuvre, je-gage ?
PAULINE
Peut-être... Voulez-vous vous y associer?
MÉQUILLET.
Non !
PAULINE
J’ai justement sur moi ma liste de souscription.
MÉQUILLET.
Apprenez-moi, au moins, de quoi il s’agit.
PAULINE, se rapprochant de Méqnillet.
Rien de plus facile... Une barque de pécheurs a été dernièrement, pendant un nuit obscure, chavirée par un gros navire. Un des hommes qui la montaient a péri et le malheureux laisse trois petits enfants dans la plus affreuse misère.
MÉQUILLET.
Pourquoi ces pécheurs ont-ils toujours un las d’enfants?...
PAULINE
J’ai vu hier ces pauvres petits êtres, ils ne vivent que d’aumônes insuffisantes, et je me suis permis de m’intéresser à leur sort. Voici ma liste : M. de Fauvigny et M. Carcillier se sont inscrits pour cent francs.
Us sont assez riches pour cela, des banquiers!
PAULINE
A votre tour, monsieur, combien donnez-vous?
MÉQUILLET.
Moi! moi!... C’est que l’infortune de ces gens-là no me touche que médiocrement. Ces pécheurs sont aussi trop imprudents ! S’ils avaient un fanal à leur barque, les gros navires ne les chavireraient pas... Quand ils périssent, ils n’ont que ce qu’ils méritent.