‹ Les maris a systeme comedie en trois actesChapitre 14 sur 80 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

MÉQUILLET.

C’est ce qu’on appelle vivre de la vie des autres. Je reconnais que vous avez là un point de contact avec moi. Mais une question : n’avez-vous jamais désiré vivre pour votre propre compte?... n’avez-vous jamais rêvé...?

PAULINE

Ah! pardon... mes rêves... vous me permettrez de les garder pour moi.

v MÉQUILLET.

Gardez-les... je les connais.

Je ne crois pas.

M É Q U I L L E T, soupirant.

Je les connais, vous dis-je, malheureusement! et il ne dépend peut-être que de moi de les réaliser; mais... (a Paulino, qui se dirige vers la droito.) Vous partez, vous aussi ?

PAULINE

Je vais rejoindre mes cousines.

MÉQUILLET.

Et vous laissez là votre ouvrage?

PAULINE

Je le reprendrai tout à l’heure, il est terminé.

MÉQUILLET, examinant l’ouvrage de Pauline.

Qu’est-ce que c’est que ces petites afl'aires-là ? dos sorties de bal?

PAULINE, se rapprochant.

Non pas... de bons manteaux, s’il vous plaît!

MÉQUILLET.

Mais ils ne vous couvriront pas le cou.

PAULINE

Aussi, n’est-ce* pas pour moi, mais pour des enfants de sept à huit ans.

MÉQUILLET, descendant à gaucho.

Encore une bonne œuvre, je-gage ?

PAULINE

Peut-être... Voulez-vous vous y associer?

MÉQUILLET.

Non !

PAULINE

J’ai justement sur moi ma liste de souscription.

MÉQUILLET.

Apprenez-moi, au moins, de quoi il s’agit.

PAULINE, se rapprochant de Méqnillet.

Rien de plus facile... Une barque de pécheurs a été dernièrement, pendant un nuit obscure, chavirée par un gros navire. Un des hommes qui la montaient a péri et le malheureux laisse trois petits enfants dans la plus affreuse misère.

MÉQUILLET.

Pourquoi ces pécheurs ont-ils toujours un las d’enfants?...

PAULINE

J’ai vu hier ces pauvres petits êtres, ils ne vivent que d’aumônes insuffisantes, et je me suis permis de m’intéresser à leur sort. Voici ma liste : M. de Fauvigny et M. Carcillier se sont inscrits pour cent francs.

Us sont assez riches pour cela, des banquiers!

PAULINE

A votre tour, monsieur, combien donnez-vous?

MÉQUILLET.

Moi! moi!... C’est que l’infortune de ces gens-là no me touche que médiocrement. Ces pécheurs sont aussi trop imprudents ! S’ils avaient un fanal à leur barque, les gros navires ne les chavireraient pas... Quand ils périssent, ils n’ont que ce qu’ils méritent.

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