SCÈNE XI
Les Mêmes, MÉQUILLET, LAMBERT.
MÉQUILLET, revenant du fond avec Lambert.
Je vous dis, moi, que j’obtiendrai tous les résultats dont je vous ai parlé.
LAM BERT
Grâce aux systèmes des maris.
MÉQUILLET.
Oui, rupture, dot, mariage... etc.
LAMBERT
Mais c’qst de la folie! il n’y a pas de maris à systèmes.
MÉQUILLET.
Il n’y a pas de maris à systèmes?
LAMBERT
Non : vos maris peuvent se conduire dans leur ménage ainsi que vous le prétendez; mais ils y sont poussés par leur nature, leur caractère, celui de leurs femmes. Quant à un parti pris, un système , ils n’en ont pas.
Ils en ont, vous dis-je! et vous allez bien voir, (s’avançant vers Graffmann.JUn mot. commandant, je vous prie.
GRAFFMANN.
Soit ; mais soyez bref.
MÉQUILLET, montrant Lambert.
Je soutiens à monsieur qu’un homme sensé doit avoir une règle de conduite en ménage.
* GRAFFMANN.
On doit avoir une règle de conduite dans les plus petites choses de la vie.
MÉQUILLET.
Et à plus forte raison en ménage.
GRAFFMANN.
Certainement.
MÉQUILLET.
Serait-ce indiscret, commandant, de vous demander quel est votre règle, à vous?...
GRAFFMANN.
La mienne, monsieur, c’est la bonne.
Voyons ! .
GRAFFMANN.
C’est la bonne, vous dis-je ; elle consiste à conduire son ménage comme on conduit un bataillon, par la seule force de la discipline. Tout commandement doit être exécuté, toute faute punie. On ne doit pas se faire aimer, mais se faire obéir et se faire craindre; à ce régime-là, les natures les plus rebelles sont domptées et l’on ne redoute plus aucune lunette bleue de sa connaissance, (il se retourne vers Crocliart, qui vient d’entrer.)