ACTE TROISIÈME
PAULINE
Mais pas le moins du monde.
MÉQUILLET.
Que lui manque-t-il donc? n’a-t-il pas une charmante figure?
PAULINE
Qu’est -ce que la figure chez un homme?
MÉQUILLET.
C’est tout, ou plutôt non ; il y a aussi la tournure.
Qu’importe?
MÉQUILLET.
Comment, qu’importe?... 11 n’importe pas qu’un homme soit joli et bien tourné?
PAULINE
C’est peut-être un avantage; mais c’est un avantage que je n’apprécie pas.
MÉQUILLET.
Cependant, vous ne tiendriez pas, je suppose, à ce que votre mari fût laid et mal bâti.
PAULINE
Je ne m’en inquiéterais guère.
MÉQUILLET.
Ah!... vous n’ètes pas difficile.
PAULINE
Peut-être le suis-je sous d’autres rapports.
MÉQUILLET.
Quels rapports? enfin, quel mari vous faudrait-il?
PAULINE
Mon dieu! un homme de trente à trente-cinq ans, qui aurait pour tout bien un petit revenu destiné à nous rendre indépendants; rien de plus... Je voudrais qu’il eût beaucoup d’esprit, et
qu’il fut assez redouté, à cause de cet esprit, pour me faire accepter dans le monde, malgré la position un peu secondaire que j’v ai toujours occupée. Enfin je désirerais surtout qu’il fût bon, serviable, humain, dussé-jo être seule à le savoir. 1
MÉQUILLET.
Mais, mademoiselle, ce que vous dite» là... je... Ahl mais non, c’est mal de vous moquer ainsi du pauvre monde. Si je vous prenais au mot, moi, si j’étais assez ridicule pour... Après tout, je ne suis pas insensible, moi, mademoiselle. J’ai des }eux comme les autris; vous dites même que j’ai un cœur... Et... en admettant que... enfin si... vous me comprenez, n’est-ce pas?
PAULINE
Pas beaucoup.
MÉQUILLET, descendant on peu.
Enfin, si j’étais assez bête pour... vous aimer... Tant pis, j’ai dit le mot.
PAULINE
Eh bien?
MÉQUILLET.
Quoil cette supposition...?
PAULINE
Pourquoi ne m’aimeriez-vous pas?
MÉQUILLET.
Mais parce que... parce que... Parbleu! belle malice! parce que vous ne pouvez pas m'aimer, vous I
Pour quelle raison?
MÉQUILLET.
Comment, pour quelle raison ? Vous faites do drôles de questions 1 vous ne m’avez donc jamais regardé ?
PAULINE
Si, quelquefois.