SCÈNE XVII
Les Mêmes, LEONTINE, puis VIRGINIE
adolphe. — Léontine?...
léontine. — Mon ami?...
adolphe. — Plantin vient de m'apprendre une nouvelle qui me force à quitte/ Paris à l'instant même.
LÉo.NriNE, lui prenant les deuxr-mains. — Pas une mauvaise nouvelle, au moins?
adolphe. — Au contraire, une bonne.
léontine. — Tant mieux, mou coco, tant mieux. Et où t'en vas-tu?
adolphe, hésitant. — Dans le Midi.
plantin. — En Algérie...
adolphe. — Nous pousserons probablement jusqu'en Algérie.
léontine. — Si loin! Et quand reviendrez-vous ?
adolphe. — Je l'ignore... Nous ne sommes pas encore fixés. Je n'ai pas besoin de te dire que tu pourras habiter ici pendant quelque temps... Je te l'ai promis, je tiens ma parole. Je te laisserai Virginie et une petite somme que Plantin va me prêter.
plantin. — Oui ! oui.
adolphe, à Léontine. — Je te recommande seulement de ne pas casser crop de choses.
léontine. — Je te le promets.
adolphe. — Et de faire le moins de bruff possible dans les escaliers.
léontine. — D'ailleurs, j'espère ne pas t'être à charge bien longtemps. Il y a un monsieur...
adolphe. — Chut! tu ne dois pas dire ces choses-là à moi. Quand tu t'en iras, tu préviendras simplement Virginie. Je le saurai par elle.
léontine. — Tu ne veux pas que je t'écrive?
adolphe. — C'est inutile. J'ignore où je me fixerai.
plantin, regardant sa montre. — H faudrait nous dépêcher.
abolphe. — Cinq minutes, seulement. {A Virginie, qui entre avec des fleurs à la
main.) Virginie, ma valise, mon chapeau de voyage, mon paletot.
Virginie, étonnée. — Monsieur part?
Adolphe. — Oui, je pars. Allez! Dépêchezvous. Ma, valise! Des chemises... Enfin tout 29 qu'il faut pour un voyage.
Virginie. — J'y vais, monsieur. J'y vais.
Elle sort par la droite.
Adolphe, à Plan tin. — Plantin, veux-tu me prêter?...
plantin, donnant des billets à Adolphe. — Prends.
Adolphe, .prenant des billets et les donnant à Léontine. — Tiens, Léontine!
léontine, embrassant Adolphe. — Merci, mon chéri, merci.
Adolphe. — Auras-tu assez?
plantin, retirant son portefeuille. — Oui.
léontine. — Bien assez. Et puis j'économiserai.
Adolphe. — Oui. Sois raisonnable. Tu peux encore, en étant raisonnable, mener une existence très heureuse, surtout avec le caractère un peu... insouciant que tu as.
léontine. — Mon Dieu ! En aurai-je fait des bêtises !
Adolphe. — C'est vrai. Mais tu as des excuses, tu as même plus d'excuses que tu ne crois. Maintenant, Léontine, nous allons nous séparer et il est très probable que nous ne nous reverrons pas avant longtemps.
léontine, émue. — Ça me fait beaucoup de peine, tu sais, mon coco.
Adolphe. — A moi aussi. Mais que veuxtu? Tu as tes occupations. J'ai les miennes. Elles sont trop différentes pour que nous nous rencontrions souvent. Pense à l'avenir, ma petite Léontine. Dis-toi que tu ne seras pas toujours jeune et jolie comme aujourd'hui, et prends l'habitude de réfléchir à ce que tu fais.
léontine. — Ce qu'il me faudrait, vois-tu, ce serait de trouver encore un garçon comme toi, un bon, garçon comme toi, avec qui je me remarierais.
Adolphe. — Tout arrive.
Revient Virginie avec une valise entr' ouverte.
Virginie. — Si monsieur veut vérifier.
Adolphe. — Voyons... (Il regarde.) C'est bien. Ah! Virginie, pendant mon absence. vous vous tiendrez à la disposition de madame.
Virginie. — Comment, madame ne part pas avec monsieur ?
adolphe. — Pas d'observations, n'est-ce pas? Oui, madame reste ici, et je vous prie de lui obéir. D'ailleurs, je vous écrirai.
léontine. — Ne faites donc pas les gros yeux, Virginie. Nous nous entendrons très bien, toutes les deux.
Virginie. — Puisque monsieur l'exige.
Elle sort.
plantin. — Tu as tout ce qu'il te faut? Hâtons-nous.
adolphe. — Mon chapeau, mon pardessus. (On sonne.) Encore quelqu'un
léontine. — C'est peut-être une visite pour moi.
adolphe, prêtant Voreille. — Ecoutons.
Virginie, rentrant avec une carte et sur un ton agressif. — Deux messieurs demandent madame.
Elle remet la carte à Léontine.
adolphe, à Léontine. — Tu vois comme je fais bien de m'en aller. (Prenant sa valise.) Nous allons passer par l'escalier de service. (Il embrasse Léontine sur le front.) Adieu, Léontine.
léontine. — Adieu, mon chéri! adieu, Plantin.
Elle serre la main à Plantin.
adolphe, sortant avec Plantin. — Au revoir, Virginie. Je vous écrirai de là-bas. (A part en sortant.) Cette fois-ci, je suis sauvé!
Virginie, à Ijéontine. — Et ces messieurs?
léontine. — Faites-les entrer. Je reviens.
Elle sort par la porte de la chambre.
Virginie, seule. — Aujourd'hui, il en vient deux. Demain, il en viendra quatre. (Allant à gauche). Entrez, messieurs.
Elle introduit le baron et Anatole et sort.