B4NHMK. — Oui ! oui !... Oui ! oui
léontine, à part. — Il a l'air idiot, ce monsieur.
— Je suis le baron Edouard de
la Jambière... Peut-être vous rappelez-vous mon nom ?
léontine. — Je me le rappelle très bien. J'ai la mémoire des noms.
Elle se tourne vers Anatole.
le„ba»on. — Ah ! permettez-moi, madame, de vous présenter M. Anatole Grimard, mon ami, un de nos plus savants professeurs.
Anatole. — Le baron est trop aimable, madame... Je suis un simple professeur de province.
léontine, regardant Anatole, à part. — Celui-là est mieux... (Haut.) Professeur de quoi ?
T7mMW«ftT — D'agriculture. (Frappant sur l'épaule d'Anatole et s' exprimant avec la plus grande facilité.) Mon ami Grimard a inventé une maladie nouvelle de la vigne, un mélange du phylloxéra et de l'oïdium. C'est un garçon très sérieux. Nous allons le faire décorer du Mérite agricole.
léontine, tendant la main à Anatole. — Mes compliments, monsieur. J'aime beaucoup les gens sérieux.
anatole. — Vous ihtéresseHez-vous par hasard, madame, aux choses de l'agriculture ?
léontine. — Passionnément. Mon rêve serait de vivre dans une ferme, au milieu de mes lapins et de mes poules. J'adorerais avoir aussi une vache et une chèvre.
anatole. ■ — Ces idées-là sont très rares chez les Parisiennes.
léontine. — Ce sont mes idées, à moi.
LBwtBiM»©N, à part. — Elle est délicieuse, délicieuse !...
anatole. — Le baron possède justement des fermes immenses.
le baron. — Cinq fermes.
léontine. — Où cela?
lebabon. — Dans le Poitou.
léontine. — En province?
le baron. — En pleine province. Et si... vous... voulez... me faire l'honneur... de venir les visiter?...
léontine. — Je ne dis pas non.
iana*«ON. — Quand ?
léontine. — Un jour que je passerai par ià.
LB«Bii»QN. — Alors, vous me promettez ?
léontine. — Je vous le promets. (.4 Anatole.) Et vous, monsieur, vous habitez aussi le Poitou?
anatole. — Le Poitou, oui, madame.
léontine, riant. — Et vous venez de temps en temps faire la fête à Paris?
anatole. — Moi ! Ah! non, par exemple!
léontine. — Et vous avez bien raison.
anatole. — C'est le baron qui fait la fête.
léontine, avec mépris. — Ah !
TJSSGSBÊm- — C'est-à-dire que j'ai fait la fête... jusqu'au... jour... où j'ai rencontré...
léontine, l'interrompant. — J'ai horreur des gens qui ne songent qu'à s'amuser, je no vous le cache pas.
Elle est en ce moment près du sur le tabouret.
LflwJMiWON, à part, à Anatole. — La conversation tombe. Je sens que la conversation " va tomber. (Haut.) Vous êtes musicienne, madame, naturellement.
léontine. — Un peu.
lh»«abon. — Vous devriez nous jouer quelque chose.
léontine. — Le piano n'est pas accordé. Il y a un mois que l'accordeur doit venir et qu'il ne vient pas.
le baron, riant. — Les aocordeurs ne viennent jamais... Ah! ah!... (Il rit bêtement, bas à Anatole pendant que Léontine fait des gammes.) Mon ami, je deviens stupide. Je ne trouve rien à dire.
anatole, bas. — Figurez-vous que vous êtes dans une réunion publique.
LfrïjsMtoN, même jeu. — Invitez-la à dîner. Venant de vous, ça n'aura pas l'air...
anatole, même jeu. — Il faut un joint... (lié fléchissant.) Attendez, j'en ai un.
Léontir.e vient de terminer une gamme.
lb«b*«on, applaudissant. — Bravo! bravo!
c'est charmant! (Bas à Anatole.) Allez!
anatole, s'avançant vers Léontine. — Madame, nous allons avoir le regret de prendre congé de vous.
lb>-©*«on, à part.. — Il appelle ça un joint !
léontine. — Messieurs...
anatole. — Nous permettez-vous, madame, de venir vous présenter nos hommages avant notre départ?
léontine, très gracieuse, lui tendant la main. — Certainement, monsieur.
anatole. — Mille fois aimable. Et votre amabilité même m'enhardit à vou6 demander une faveur, une grande faveur.
léontine. — Voyons? Quelle est cette faveur?
anatole. — C'est de vouloir bien dîner avec le baron et moi un de ces soirs. Nous causerons agriculture.
lk bakon. — Bien, très bien.
Les Mans de Leontine
- léomim:. un instant de réflexion. — Jo ne dip pas non.
ANATOLE. — Mais j'y pônse... Pourquoi pas ce soir P
i h'\; im:, gaiement. — Va pour ce eoir !
ANATOLE, tirant sa montre. — Il va être l'heure.
léontine. — Je vais mettre mon chapeau.
Elle va à la cheminée tirer le cordon de sonnette.
ANATOLE, bas au baron. — J'ai fini par la décider.
L&gj&HON, même jeu. — Oui, merci !
léontine, à Virginie, qui a traversé la seine pendant ces trois répliques. — Virginie... Mon chapeau, celui que j'avais en venant. Il est dans la chambre.
Virginie. — Madame sort?
léontine. — Oui, Virginie. Tenez, apportez-moi donc aussi le grand chapeau qui est -jans le carton, avec une grande plume.
Virginie, allant à droite. — Est-ce qu'elle va mettre deux chapeaux?
léontine, à Anatole. — Et où allons-nous dîner?
).n. — Où vous voudrez.
Rentre Virginie avec les deux chapeaux, dont L'un très excentrique.
léontine, mettant devant la glace l'autre chapeau, celui qu'elle avait en entrant. — Si on dînait aux Ambassadeurs?
ummwn. — C'est ça, aux Ambassadeurs.
léontine. — Là, je suis prête! (Prenant l'autre chapeau et à Virginie.) Tenez, Virginie, voilà pour vous!
VIRGINIE. — Ça!
léontine. — Je vous le donne. — Messieurs, quand il vous plaira?
Mouvement de sortie de Léontine et des messieurs.
à Anatole. — Vous voyez cette petite femme-là, n'est-ce pas? Vous la voyez?... Eh bien! elle me fera faire tout ce qu'elle voudra!... tout ce qu'elle voudra!
LA BONNE. — Si madame la. marquise veut entrer
KCTE DEUXIÈME
A Châtellerault.
Dans le cabinet d'Anatole. Bibliothèques. I itriiies dans lesquelles se trouvent des -plantes, des ceps de vignes. Porte au fond, un peu vers la gauche.. Porte à droite. A gauche, premier plan, une autre porte. Fenêtre au fond, entre les deux portes.