‹ Les maris de Léontine; comédie en trois actesChapitre 21 sur 52 · LA BONNE, LA MARQUISE, HORTENSE · texte numérisé non relu

LA BONNE, LA MARQUISE, HORTENSE

puis encore La Bonne.

la bonne. — Si madame la marquise veut entrer ?

la marquise. — Dites-moi, mon enfant, votre maître n'est pas là ?

la bonne. — Non, madame la marquise. Monsieur le professeur va rentrer dans un vnstant. •

la marquise. — Eh bien! nous allons l'attendre. Veuillez le prévenir dès qu'il sera de retour. (La bonne salue et sort. A Eortense.) Qu'est-ce que vous me chantez là? Vous avez failli être écrasée hier, par une voiture, à Châtellerault?

hortense. — ■ Il ne s'en est pas fallu de beaucoup. Si un monsieur ne m'avait pas retenue d'une main, pendant que, de l'autre, il arrêtait le cheval, j'étais perdue!...

la marquise, haussant les épaules. — Et qui était-ce, ce monsieur? Un beau jeune homme, je suppose...

hortense. — Non, ma tante, il n'était pas beau, ni même de la première jeunesse, mais c'est un homme très courageux.

la marquise. — Gomment s'appelle-t-il ?

hortense. — II n'a pas voulu me donner son nom. Il s'est modestement dérobe à ma reconnaissance.

la marquise. — Vous parlez comme un fait divers. Enfin, vous n'avez pas eu de mal?

hortense — Non, ma tante. J'ai seulement perdu dans la bagarre une petite sacoche.

la marquise. — Si vous ne marchiez pas dans les rues comme une écorvelée, vous ne seriez pas exposée à être sauvée par le premier venu... Ce professeur se moque du monde, à la fin!... Ils ont des professeurs d'agriculture, maintenant! Aussi, nus terres qui rapportaient quarante-cinq mille francs il y a trente ans, n'en rapportent plus que

dix-huit mille à dix-huit mille cinq cents. Voilà ce que La République a fait di vign<

HOKTENSi Croyez-vous, ma tante, que

ce soit la République P

LA MARQ1 [SE. — Et qui voulez-vous que ce soit? Sans compter qu'on vient de découvrir

professeur. C'est lui qui a trouvé la maladie... Une drôle d'idée qu'il a eue/

HORTENSE. - S'il ne l'avait pas trouvée. elle existerait tout de même.

la marquise. Ce n'est pas sûr. Enfin!

espérons qu'il aura trouvé aussi le moyen de La guérir.

LA MAK11UISL.

- VOUS DIREZ A VOTRE MAITRE QUE JE l'.M ATTENDE UNE DEMl-HEl KE.

une maladie nouvelle, presque aussi grave que le phylloxéra, et avec ma chance habituelle, je l'ai immédiatement attrapée.

HORTENSE. — Vous, ma tante ?

la marquise. — Non, pas moi. Vous êtes idiote, mon enfant.

hortense. — Merci, ma tante.

la marqvise. — Et alors, je viens voir ce

hortense. — Espérons-le, ma tante

la marquise. - Je ne vous en remercie pas moins, mon enfant, d'être venue poser avec moi chez ce savant.

hortense. — Je crois qu'il a son cours aujourd'hui.

la marquise. - Au fait, vous le connaissez très bien, vous? '

hortense. — C'est un ami intime d'Edouard.

la marquise. — Voyez-vous quelquefois cet imbécile ?

hortense. — Qui ?

la marquise. — Votre cousin, le baron de la Jambière, mon neveu.

hortense. — Presque tous les jours. Nos propriétés ee touchent, et il est précisément à Châtellerault aujourd'hui, avec sa...

la marquise, V empêchant d'achever. — Avec vous.

hortense. — Vous serait-il agréable de le rencontrer, ma tante?

la marquise. — En aucune façon.

hortense. — Vous l'aimez bien, pourtant, votre neveu...

la marquise. — Il m'est devenu complètement indifférent. Vous pouvez le iui dire de ma part. En outre, il a une manière de vivre •et des idées qui m'interdisent, désormais, de le recevoir chez moi, ou de me présenter chez lui. Un baron de la Jambière! Un des rares titres authentiques de notre vieille noblesse du Poitou!... Tenez, j'aime mieux ne plus parler de ça...

hortense. — Je vous affirme, ma tante...

la marquise. — D'ailleurs, vous avez les mêmes idées que votre cousin. 11 est naturel que vous le défendiez.. Qu'est-ce que la noblesse pour vous? Qu'est-ce qu'un titre? Des chimères, n'est-ce pas

hortense. ■ — Pas tout à fait... Cependant...

la marquise. — Cependant, quoi? Vous êtes née Versac, comme moi. Voue êtes la fille de mon frère. Et vous en êtes arrivée à vous appeler Mme Sylvain, veuve d'un M. Sylvain, conseiller de préfecture ! Et quand vous vous remarierez, ce sera avec quelque employé des contributions ou quelque magistrat! Car vous avez la spécialité d'épouser des fonctionnaires.

hortens3. — Ne dirau>on pas que j'en ai épousé une douzaine !

la marquise, à la bonne qui entre avec des journaux — Mademoiselle, vous direz à votre maître que je l'ai attendu une demiheure.

la bonne, regardant la pendule. — Le cours de monsieur va bientôt finir. Monsieur ne peut tarder.

la marquise. — Merci. J'en ai assez. Je repasserai tout à l'heure. Venez-vous avez moi, Hortense?

hortense. — Avec plaisir, ma tante.

la bonne. — Je reconduis madame la marquise.

Elle ouvre la porte de gauche et laisse passer la marquise. Hortense est restée un peu en arrière. La porte de droite s'ouvre, deuxième plan. Paraît le baron en veston, le pantalon relevé, avec des épingles de bicycliste, qu'il enlève pendant le courant de la scèns.

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