‹ Les maris de Léontine; comédie en trois actesChapitre 28 sur 52 · LE BARON, LA MARQUISE · texte numérisé non relu

LE BARON, LA MARQUISE

la marquise. — Je vous écoute, mon neveu.

tu 9±s.tm — Voici, ma tante... Nous faisons une pétition au ministre, afin de faire décorer M. Grimard du Mérite agrioele.

Puis-je vous demander de la signer ? Votre nom, ma tante, serait du plus grand effet.

la MARQtnsE, un temps et très nette. — Je ne signerai certainement pas.

lb~**r©n. — Ah!... Et... la raison, ma tante?

la marquise. — Il ne me plaît pas, fût-ce pour une chose aussi ridicule qu'une décoration, de recommander votre ami Grimard.

le^jbwron. — C'est pourtant un homme de mérite.

la marquise. — Je ne dis pas non.

i.EnB&»ON. — Vn véritable savant.

la marquise. — M. Grimard est peut-être, en effet, un professeur très savant, mais c'est un homme de mœurs fort dissolues.

le baron, riant. — Lui!

la marquise. — Et d'un rare sans-gêne.

lk baron, toujours riant. — Vous ne vous imaginez pas à quel point vous vous trompez!... Grimard un homme de mauvaises mœurs!... Ah! ah'

la marquise. — Je sais ce que je dis...

lhw*ron. — Mais, ma chère tante, personne ne connaît Grimard comme moi. C'est un garçon qui ne s'occupe que de son travail, qui vit dans ses livres et qui est d'une sagesse... exagérée, sur laquelle je le plaisante même quelquefois.

la marquise. — Vous avez tort.

le «mion. — J'ai fait plusieurs voyages avec lui à Paris, et j'avais toutes les peines du monde à le faire se coucher plus tard que dix heures.

la marquise. — J'ignore comment ce monsieur se conduit à Paris, et cela ne me regarde pas, mais je sais qu'à Châtellerault il se conduit comme un polisson.

i.n 1 TiiMWir. — Ah! ah!.... Qui a pu vous raconter de pareilles histoires, ma tante?

la marquise. — On n'a pas eu besoin de me raconter... j'ai vu.

le «a-ron. — Vous avez vu Grimard se conduire comme un polisson?

la marquise. — De mes yeux.

le baron, toujours très gai. — Et que faisait-il? Par exemple, je serais curieux...

la marquise. — Il embrassait une demoiselle qui paraissait de l'humeur la plus accommodante.

uh baron, riant aux éclats. — Oh! que c'est drôle!... Comment ! vous, ma tante, vous avez surpris Grimard?... Et où cela se passait-il, sans indiscrétion?

LA MARQUISE. Ici.

»n, se tordant. — Dans son cabinet?

la marquise. — Précisément ! La porte n'était même pas fermée, ce que je trouve d'une suprême inconvenance. Je suis entrée tout bonnement et j'ai vu cet austère professeur dans les bras d'une donzelle qui l'embrassait avec beaucoup d'animation.

le B*»ttN. — Oh! que c'est drôle... Et... était-elle jolie, au moins?

la marquise. — Je n'ai pas vu son visage.

le baron. — C'est dommage.

la marquise. — J'ai remarqué simplement qu'elle avait un costume de bicycliste.

le baron, s'arrctant tout à coup de rire. — De bicycliste?

la marquise. — Oui ! D'où j'ai conclu que c'était quelque cocotte de Paris. Voilà le spectacle que m'a donné votre ami Grimard et pourquoi vous n'aurez pas ma signature... Adieu !

le baron, la rattrai>ant: très sérieux. — Pardon, ma tante, vous dites un costume de bicycliste ?

la marquise. — Fort élégant, d'ailleurs.

le baron. — Un costume... foncé, très foncé ?

la marquise. — Non, un costume clair... couleur beige.

le baron, balbutiant. — Un costume beige!... Et quand... Quel jour.,, les avezvous surpris?

la marquise. — Aujourd'hui.

le baron. — Aujourd'hui !

la marquise. — Tout à l'heure... il y a environ vingt minutes.

le baron, s' essuyant le front are,- son mouchoir, s'assied. — C'est fantastique!... Absolument fantastique!

la marquise, le regardant. — Qu'avezvous donc, mon neveu ? Vous semblez abasourdi ?

le-baron. — Il y a de quoi, ma tante, je vous assure qu'il y a de quoi. Encore un mot, je vous prie ! Etes-vous certaine de n'avoir pas été le jouet d'une illusion?

la marquise. — Me prenez-vous pour une folle ?

le**»ww»n. — Grimard et cette... dame s'embrassaient véritablement.

la marquise. — D'une façon indécente.

Lfi»»**eN. — C'est fantastique !

la marquise. — Ah ça! vous vous intéressez donc à cette personne ?

L»'»»ft»oN. — C'est ma femme !

LA MARQUISE. Votre?...

LB.jiAttON. — Ma femme, madame la baronne de la Jambière, tout simplement.

11 se promène avec agitation.

LA M" angeant de ton. Vous la marqiise. - Peut-être, mon ami, atta-

ai-je contrarie sans io vouloir, mon neveu? chess-VOUfl trop d'importance à cet événe-

ij*~**kov. - Ça ne m'est pas agréable, ment?

naturellement, v+mmmus. — Trop d'importance! Par

i.a marquise. — D ailleurs, j'ai peut-être exemple!... Savez-vous, ma tante, quel est

mal distingué. |e sentiment que j'éprouve le plus en ce mo»

î&Aèmos. — Oh! ma tante, n'essayez pas ci? Ge n'est pas la colère, ce n'est pas

LE BARON. - c'est fantastique!,.. Absolument fantastique ! pas d erreur, ,1 ne peut pas y aroir d'erreur. « u^mm. - Vous êtes étonné?

Les Maris de Léonline

le baron. — Je suis stupéfait. Comment ne m'en étais-je pas aperçu ?

la marquise. — Vous n'êtes pas le premier.

le baron. — J'étais donc aveugle! Mais c'est d'autant plas fabuleux qu'ils ne se sont jamais trouvés seuls ensemble.

la marquise. — Etes-vous sûr?

le. baron. — A peine quelques minutes parci par-là.

la marquise. — Ce n'est pas à moi de vous faire observer que cela suffit.

le baron. — Est-ce quand nous venons à Châtellerault?

la marquise. — Je dois vous dire, mon enfant, pour vous aider à vous débrouiller* dans cette histoire, que la personne en question murmurait, quand je suis entrée, à l'oreille de votre ami : ci A tout à l'heure, nvm amour. »

BBE-iaflltfMbN. — Elle a dit : ce A tout à l'heure? »

la marquise. — Mon amour!

lb-ba-ron. — Eh'! parbleu, elle va revenir chez lui, quand/ 'elle me croira parti. Mais je les pincerai, et je rouerai de coups le professeur ! Quant à elle...

la marquise. — Qu'en ferez-vous ?

le^baron. — Je divorcerai. Que voulezvous que je fasse?... Et encore, c'est bon à dire, je divorcerai. Il me faudrait des preuves, des preuves légales, s'entend.

la marquise. — Je me suis laissé conter que le commissaire de police, sur la demande du mari...

le- baron. — C'est beaucoup plus compliqué que vous ne croyez. Quand retrouveraije l'occasion de les pincer?

la marquise. — Pourquoi pas aujourd'hui?

le baron. — Mais, ma tante, il ne suffit pas d'aller dire à un commissaire de police : (( Ma femme me trompe, venez constater le flagrant délit... » pour qu'il se dérange. la marquise. — Que faut-il de plus?

le-3«a»on. — Il faut un ordre du parquet, une enquête.

la marquise. — Vous badinez?

LE.tBtfiON. — Pas du tout.

la marquise. — Ces formalités sont peutêtre nécessaires pour le commun des mortels. Mais avec vos relations et les miennes, il serait plaisant...

le baron. — Au fait, le substitut est de nos amis.

la marquise. — C'est même un de nos cousins au quatrième degré.

le baron. — Il suffirait peut-être qu'il envoyât immédiatement un ordre au commissaire de police.

la marquise. — Il sera enchanté, croyezle bien. C'est toujours Petitbon, ie commissaire de police.

LE BARON. Toujours.

la marquise. — Il se fera, lui aussi, un véritable plaisir...

le baron. — Enfin! On peut toujours essayer... (Il s'essuie le front.) Elle a bien dit : <( Mon amour? »

la marquise. — <(A tout à l'heure, mon amour ! »

le baron. — Allons ! Allons ! il n'y a plus à hésiter. (Il se trouve à la fenêtre.) J'étouffe! (Il ouvre la fenêtre, respire une seconde et s'éloigne.) C'est votre voiture qui est en bas?

LA MARQUISE. Oui.

le"B#ron. — Vous me la prêtez?

la marquise. — Comment donc!...

le baron. — Partons, voulez-vous? (A part.) Canaille!

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