‹ Les maris de Léontine; comédie en trois actesChapitre 37 sur 52 · ADOLPHE, LE BARON · texte numérisé non relu

ADOLPHE, LE BARON

adolphe. — Monsieur le baron, je vais peut-être me mêler d'une chose qui ne me regarde pas, mais permettez-moi de vous dire, respectueusement, que vous faites une folie.

Mfi "*"'"' — En quoi p

adolphe. — En divorçant.

t h i iMrtiin — — ■ Vous voudriez que, surprenant ma femme en flagrant délit d'adultère, je ne divorce pas? Car, enfin, vous ne niez pas que je viens de surprendre ma femme en flagrant délit d'adultère ? Elle ne le nie ion plus, d'ailleurs, et son complice pas davantage.

adolphe. — Non, je ne Je nie pas, je veux bien ne pas le nier !

ittiBnaoN. — C'est heureux, f

adolphe. — Votre femme vous trompe, il n'y a aucun doute, c'est entendu. Elle vous trompe avec un professeur d'agriculture.

la bm>on. — ■ Un simple professeur d'agriculture ! Et j'allais le faire décorer du Mérite agricole!

adolphe. — Eh bien ! monsieur le baron, quoique votre femme vous trompe, je suis convaincu que vous l'aimez encore !

uii t—rox. — Moi!...

adolphe. — Il suffit de vous regarder. Je comprends cela, d'ailleurs. Mme la baronne est charmante.

— Cest une pet ite coquine.

adolphe. • — C'est la plus jolie femme cfu pays, elle porte a ravir le costume de bieycliste. Elle est 1res élégante. Et quelles jambes! Reconnaissez-le vous-même, monsieur le baron, roue avez une femme délicieuse.

LMiMonw.N. — Au physique, je ne dis pas.

adolphe. — C'est énorme, et j'irai plus loin ! Je jurerais que cette femme-la vous aime encore, comme vous l'aimez! Il suffit de la regarder. Ce doit être la première fois que Mme la baronne se conduit mal, j'en suis sûr.

i iiinMiWX^N. — Nous ne sommes mariés que depuis t rois mois.

adolphe. — Ce n'est pas une raison.

Mme la baronne n'a pas de mauvais instincts, croyez-en ma vieille expérience, et je vous engage vivement à bien réfléchir avant de divorcer. Ah! si vous saviez!... Avez-vous déjà divorcé ?

TiiiiiiwwwN. — Non.

adolphe. — Vous ne savez donc pas ce que c'est qu'un divorce! Vous ne vous rendez pas compte de tous les tracas, de toutes les complications qui en résultent! Conférences avec les avoués et avec les avocats, plaidoirie bliques devant tous vos concitoyens alléchés par le scandale, où l'avocat de la partie adverse parlera avec indignation de la grossièreté de vos mœurs, de vos habitudes.

le -baron. — Permettez... Je défie un avocat de dire quoi que ce soit...

adolphe. — Si vous le défiez, il en dira le double. Il se montrera surpris que votre femme ait attendu si longtemps pour vous tromper, il insinuera que si elle n'avait pas été un ange de vertu elle aurait déserté le domicile conjugal après la première nuit de noces, il inventera sur \yotre vie privée des histoires croustillantes qui feront la joie de toute la ville, et vous serez peut-être, pardessus le marché, condamné à faire une forte pension à Mmc la baronne.

le KAJto.N. — Oh!... Ça...

Adolphe. — Et puis, admettons!... Que deviendra votre femme quand vous serez divorcé ? On ne se préoccupe jamais de ce que deviennent les femmes après le divorce, on a tort. La baronne a-t-elle de la fortune?... Non! De la famille? Non!... Ah! un oncle! A-t-elle seulement un oncle? Vous n'en êtes pas sûr vous-même! Donc, une fois libre, comment vivra-t-elle? Si elle devient une cocotte, est-ce que ça vous amusera beaucoup? Et si plus tard elle vient vous demander de l'argent, est-ce que vous lui en refuserez ? Non ! non ! non ! parce que vous êtes

un bon garçon. Et alors, monsieur le l*aron, savez-vous ce que vous ferez, avec votre caractère ? Vous la reprendrez ! Vous la reprendrez ! Eh bien ! puisque vous devez nécessairement La reprendre un jour, gardez-la !

le BA»Mi. — Je ne sais pas du tout quoi faire!...

ADOLPHE. — Vous xe savez donc pas

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