‹ Les maris de Léontine; comédie en trois actesChapitre 4 sur 52 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

ADOLPHE, PLANTIN

Adolphe. — Ce qui m'empêche de me fâcher, c'est qu'elle a absolument raison.

PLANTiN. — Comment, malheureux, c'est vrai?

ADOLPHE. — Oui.

plantin. — Tu as été assez nigaud?...

adolphe. — Qu'est-co que je pouvais faire ?

plantin. — Mais refuser, et carrément. Si tu avais refusé la première fois, elle se se- /rait débrouillée toute seule e'c elle n'aurait pas recommencé.

adolphe. — C'était bien difficile. Elle pleurait à chaudes larmes.

plantin. — Chez toi?

adolphe. — Oh! non, je l'ai suppliée de ne jamais venir ici. Elle m'avait donné rendez-vous au Bon Marché.

plantin. — Et c'est au Bon Mcrché qu'elle pleurait à chaudes larmes?

adolphe. — J'ai même été oblig-j }e lui acheter des mouchoirs.

plantin. — N'importe! Ça pourrait te mener loin, ces histoires-là.

adolphe. — Je le sais bien. Aussi, c'est fini. J'ai dit à Léontine que c'était la dernière fois; que mes moyens ne me permettaient plus... Elle a compris et depuis trois mois, je n'ai pas entendu parler d'elle.

plantin. — D'ailleurs, elle doit être hors d'affaire; je l'ai rencontrée il y a quelque temps dans une Victoria très élégante.

adolphe. — Tant mieux.

plantin. — Elle m'a fait un petit signe amical de la tête. Je crois qu'elle est avec Brunoy, le grand marchand de comestibles.

adolphe. — Pourvu que ça dure !

plantin. — Espérons-le, car ce n'est pas une mauvaise fille au fond.

adolphe. — Pas du tout. Elle me trompait sans aucune noirceur, naïvement, comme un enfant qui va manger des confitures en cachette. Lorsque j'ai trouvé des lettres d'elle, qui ne laissaient aucun doute, elle m'a tout avoué tout de suite en me demandant pardon. Je lui ai pardonné. Quelque temps après, elle recommençait avec la même insouciance. Ah! alors!... je me suis aperçu de l'erreur que j'avais commise en T épousant. C'est une de ces femmes qu'on ne devrait jamais épouser soi-même. On devrait les laisser épouser par ses amis.

plantin. — Comment a-t-elle pris le divorce ?

adolphe — Très gaiement, comme elle avait pris le mariage, et sans y attacher plus d'importance. Puis elle est entrée dans la galanterie qui était sa véritable vocation.

plantin. — Et je vois qu'elle ne t'a pas gardé rancune, ni toi non plus...

adolphe. — Eh! mon Dieu! je sais bien que ce n'est pas très malin ce que je fais là, mais que veux-tu ? Le divorce casse le mariage, mais il ne fait pas qu'on n'a pas été marié : et quand on a aimé une femme, quand on a vécu avec elle pendant des années, elle a beau vous avoir fait des tas de misères, on a beau être heureux d'en être enfin débarrassé, il ne vous en reste pas moins pour elle l'espèce de sympathie qu'on a pour un gentil petit animal, même quand il vous a mordu ; et, si on est un bon garçon, on ne lui refuse pas un morceau de

sucre.

Entre Virginie.

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