‹ Les maris de Léontine; comédie en trois actesChapitre 6 sur 52 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

ADOLPHE, LEONTINE, PLANTIN

léontine. — Ta ne t'imagines pas comme je suis contente de te rencontrer. Je me disais: <( Pourvu qu'il ne soit pas encore à son bureau. »

Adolphe. — Je suis en congé.

léontine. — Et vous aussi, Plan tin, je suis contente de vous voir. J'ai lu dans les journaux que vous aviez été renommé député, ça m'a fait plaisir.

plantin. — Merci.

adolphe. — Tu as à me parler, Léontine?

léontine. — J'ai des tas d'histoires à te raconter. (.1 Plantin qui fait mine de s'en aller.) Mais non, mais non, vous ne me gênez pas, vous êtes notre ami.

adolphe, à Plantin. -- Peste donc, je t'en prie... (Insistant.) Je t'en prie.

léontine, regardant autour d'elle. — Je ne connaissais pas ton nouvel appartement... Tiens! tu as acheté un piano?

adolphe. — Cinquante francs par mois.

léontine. — Ce n'est pas cher. Ah ! tu as fait recouvrir les meubles. Ils en avaient bien besoin. Et puis tu as une nouvelle pendule... (Biant.) Tu as donc fait un héritage?

adolphe, vivement. — Mais non, mais non... au contraire.

léontine. — Enfin! tes affaires vont bien, c'est l'essentiel... (Lui prenant les deux mains.) Je ne voudrais pas que tu fusses malheureux... Ça me ferait beaucoup de peine, tu sais, Adolphe.

adolphe. — Je ne suis pas malheureux, mais je suis gêné, très gêné...

léontine. — Gêné de quoi ?

adolphe. — D'argent. Demande à Plantin. C'est lui qui m'a prêté de quoi payer ton billet...

léontine. — Quel billet?

Adolphe. — Celui que j'ai signé pour toi.

léontine. — Ah', oui, je me rappelle.

Adolphe. — L'échéance venait aujourd'hui. J'ai été obligé de le payer.

léontine. — Tu as bien fait. Ça vaut toujours mieux.

adolphe. — Deux mille francs que je dois à Plantin !

léontine. — Soyez tranquille, mon petit Plantin, il vous les rendra.

plantin. — Oh !

adolphe. — Mais tu vois dans quelle gêne je suis.

léontine. — N'aie pas peur, mon coco.

Je ne viens pas t' emprunter de l'argent.

adolphe. — Ah!... Ah!... tu ne viens pas m'emprunter de l'argent?

léontine. — Mais non... Ce serait de l'abus, et moi, vois-tu, je n'abuse jamais.

adolphe. — Ah! je respire... C'est gentil, ça... N'est-ce pas, Plantin?

plantin. — Très gentil.

adolphe, à Léontine. — Tu disais tout à l'heure que tu avais des tas d'histoires...

léontine. — J'y arrive. (Adolphe et Plan- Un sont assis, Léontine parle debout.) Mes enfants, il faut vous dire d'abord qu'il y a six semaines à peu près, j'ai eu une discussion avec Brunoy... le marchand de comestibles, mon amant.

adolphe. — Bon !

plantin. — A propos de quoi, cette discussion ?

léontine. — Des bêtises, comme toujours. Un souper avec des amis... où il n'était pas invité! Il s'est fâché, il m'a dit des choses désagréables. Alors, je l'ai mis à la porte.

adolphe. — Tu as eu tort.

léontine. — Oh! je ne l'aurais pas mis à la porte, il serait parti tout de même.

adolphe. — Continue.

léontine. — Lorsque Brunoy a été parti, je me suis trouvée très embêtée. 11 m'avait laissée sans le sou. J'ai mis mes bijoux au clou, ça n'a pas duré longtemps, vous pensez...

plantin. — Comment, jolie comme vous l'êtes, n'avez-vous pas?...

léontine, avec dignité. — Mon cher, je suis une femme divorcée, je ne suis pas une grue, et il y a certaines choses qu'on ne me fera pas faire. Bref, hier, après diverses péripéties qui ne vous intéressaient pas, j'ai été vendue.

adolphe, se levant. — Tes meubles ont été vendus ?

léontine. — Tous, mon chéri, excepté le lit,

plantin, lui serrant la main. — Ma pauvre Léontine...

léontine. — Oh! Je ne les regrette pas...

Je n'y tenais pas du tout à ces meubles, et il

y a longtemps que je voulais les renom eler

plantin. — Vous avez pris le meilleur

moyen.

avec toul ça, je

léontine. — Seulement , suis sans domicile.

ADOl.lMi . Tu n'as pas loué ailleurs?...

léontine. Pas encore : j'ai va un très joli appartement, pas trop cher, six mille francs. Combien payes-tu ici?

adolphe. Quinze cenl -.

LÉONTINE. C'est bien assez pour un

homme, mais tu comprends, pour une femme... D'ailleurs, je vais en voir d'autres, je ne suis pas décidée.

Adolphe. — Et, on attendant, tu vas demeurer elle/, une de tes amies -

léontine. — Oh ! Juliette m'a offert son appartement pendant quelques jours. Mais j'ai refusé.

adolphe. — Tl faut accepter. Tu seras très bien ohez elle.

léontine. — Tu la connais, Juliette?

Adolphe. — ■ Non.

léontine. — Juliette Primeur, qui est avec Bernichet. Bernichet doit l'épouser, seulement pas en ce moment-ci, il ne peut pas, parce qu'il est marié.

plantin. — Ce sera pour plus tard.

léontine. — Elle est charmante, Juliette, cl. armante, mais je ne veux rien lui devoir. 11 me serait très désagréable de demeurer chez elle. Alors, j'ai eu une autre idée.

adolphe, inquiet. — Et laquelle?

léontine. — C'est de te demander l'hospitalité pendant quelques jours, jusqu'à ce que la chance me revienne.

adolphe, sursautant. — L'hospitalité...

chez moi ?

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