ADOLPHE
ici?
léontine. — Dame ! tu es mon mari, après tout, et tout le monde ne pourrait pas en dire autant.
adolphe. — Mais sapristi, non, je ne suis pas ton mari !
léontine. — Enfin, tu l'as été.
adolphe. — Je l'ai été, c'est vrai, mais je ne le suis plus! Comprends donc que je ne le suis plus. Nous sommes divorcés par jugement du Tribunal de la Seine.
léontine. — Qu'est-ce que ça fait?
adolphe. — Comment, ce que ça fait? Tu as des raisonnements qui m'épouvantent.
Demande à Plantin qui est député, ce que ça fait?
PLANTIN. — La loi est formelle.
léontine. — Je m'en fiche pas mal de la loi.
PLANTIN. Oll !
Naturellement.
- Ici?
Mais oui.
— Tu voudrais venir t'installer
LÉONTINE. Alors, tu me (liasses?
ADOLPHE. — Je ne te chasse pas!... Je te
■ li gentiment qu'il m'est impossible, de toute
impossibilité de te garder ici ! C'est une maison tranquille, je mène une vie régulière, j'ai mes habitudes. Kn outre, je fais des démarches au ministère pour être nommé souschef. Si on apprenait une pareille histoire, n't un scandale, je serais flambé.
léontine. — Depuis notre divorce, il a dû venir chez toi des femmes qui ne me valait ni pas, mon cher.
adolphe. — Il n'est jamais venu aucune femme, n'est-ce pas, Plant in ?
PLANTIN. Je n'en ai jamais rencontré.
léontine. — C'est bon, mon ami, c'est bon, je m'en irai.
Elle va s'asseoir au piano et se met à faire des gammes.
adolphe, bas à Plantin. — Ah! bien! il ne manquerait plus que ça.
plantin. — Sois ferme !
adolphe, à Léontine. — Tu me rendras cette justice, Léontine, que je me suis toujours bien conduit avec toi... mais, cette foisci, je ne peux pas, je te jure que je ne peux pas...
léontine, tout en jouant. — Je ne te fais aucun reproche. Tu es dans ton droit. J'irai à l'hôtel, à l'hôtel meublé. Je te demande seulement la permission de rester encore quelques minutes pour attendre les commissionnaires. Je partirai avec eux.
adolphe. — Quels commissionnaires?
léontine. — Ceux qui portent mes malles. Je leur avais donné ton adresse, moi- Mais, rassure-toi, ils ne monteront pas. Je vais dire à la femme de chambre de les guetter dans la rue.
plantin. regardant sa montre. — Mes amis, je vous quitte... (A Adolphe.) J'ai un rendez-vous avec le ministre.
adolphe. — Parle-lui de mon affaire, n'est-ce pas?
plantin. — Je n'y vais que pour ça.
Adolphe. — Je devrais être sous-chef depuis trois ans, au moins.
plantin. — Parbleu ! je le sais bien.
adolphe. — Crois-tu que je serai nommé bientôt ?
plantin. — Je l'espère !
adolphe. — C'est mon tour, j'y ai tous les droits.
plantin. — C'est ça qui nous retarde. Au revoir, Léontine.
léontine. — Au revoir, Plantin.
adolphe, à Plantin. — Tu reviendras me dire la réponse du ministre?
plantin. — Tout de suite.
adolphe. — Où as-tu rendez- vous?
plantin. — Au café. A tout à l'heure.
(Bas, en sortant, à Adolphe.) Pas de faiblesse.
adolphe, même jeu. — Je suis faible, ■c'est vrai, mais je ne suis pas idiot.
piiANTiN. — Au revoir, Léontine.
léontine. — Au revoir, Plantin.