‹ Les maris de Léontine; comédie en trois actesChapitre 9 sur 52 · DANS DES ÉTATS PAREILS · texte numérisé non relu

DANS DES ÉTATS PAREILS

léontine. — D'abord aucune ne sait ton adresse.

ADOLPHE. — Ah !

léontine. — Excepté Juliette, qui est mon amie intime.

adolphe. — C'est déjà trop.

léontine. — Et encore, je lui avais recommandé de ne venir me voir que si elle avait quelque chose de très intéressant à me dire.

adolphe. — Elle sait qui je suis?

léontine. — Oh! non! Juliette est mon amie intime, mais elle ne connaît rien de

ma vie. Je lui ai di< que j'allais ohea mon

oiu-k'. .J'ai plus de t;ut que tu ne crois.

Elle porte son mouchoir à ses yeux.

ADOLPHE, "/</' S UW silriii'r. — Ecoute

Léoutine. si m me promettais, si tu me jurais...

i i 'mine. — Je te le jure, mon coco.

adolphe. — Si j'étais sûr de ne pas avoir à me repentir...

léontine. — Puisque je te le jure?

adoli'he. — Je te donnerais bien l'hospitalité, le temps nécessaire pour...

léontine. — Pour me retourner. Ce ne sera pas long. Oh! que je suis contente, mon petit Adolphe, que je suis contente!

Elle lui saute au cou, piïis elle va enlever son chapeau devant la glace.

adolphe. — Il est bien entendu que ce n'est que pour quelques jours?

léontine. — Mais oui... Je n'abuse jamais, tu le sais bien.

Un temps.

adolphe. — Je me ferai dresser un lit dans ce salon, toi, tu prendras ma chambre.

léontine. — Mais je ne veux pas te priver de ta chambre, mon coco.

adolphe. — Et toi, alors?

léontine, riint. — Que t'es bête!

adolphe, indigné. — Oh!

léontine. — Qu'est-ce que ça aurait d'extraordinaire?

adolphe. — Ma pauvre enfant, ma pauvre enfant, tu n'as pas l'air de te douter que tu me proposes une chose d'une immoralité effroyable.

léontine. — C'est immoral?

adolphe. — Oui... Oh! oui!

léontine. — Pourquoi?

adolphk. — Ce serait trop long à t'expliquer, et d'ailleurs, je ne le sais pas moimême.

léontine. — Je n'insiste pas... Je ne veux déranger en rien tes petites habitudes. Mais, tu sais, mon chéri, je ne suis pas une ingrate et je me rends très bien compte des sacrifices que tu fais pour moi.

adolphe. — Inutile de parler de ça.

léontine. — Si, si, au contraire. Tu es un homme très délicat et très gentil avec ton air de rien. Quand je pense que tu as laissé prononcer le divorce en ma faveur...

adolphe. — Pour mauvais traitements et injures graves.

léontine. — On a cru que tu me battais. Ça peut t'empêoher un jour de te remarier.

adolphe. — Je l'ai ii

léontine. — Tu as beau rire. Il n'y a peut-être personne, parmi Les gens les plus chics que j'ai connus, qui serait capable de se conduire comme tu le fais.

ADOLPHE. — Oh!

léontine. — Je t'assure, ça a toujours été mon opinion, et même quand j'ai eu la bêtise de te tromper avec Emile, je n'avais pas pour lui le quart de l'estime que j'ai pour toi.

adolphe. — Ce n'est pas la peine de rappeler... Ce qui est passé est passé.

Il fait un mouvement. Léontine se lève.

léontine. — Tout ça serait très triste si on y réfléchisait ; heureusement que moi j'ai une drôle de nature et que je n'y réfléchis jamais.

adolphe. — Oh ! ça ! Jamais.

léontine. — Mais, vois-tu, Adolphe, je n'oublierai pas comme tu as été bon... (Allant de nouveau s'asseoir sur ses genoux.) Et je voudrais qu'il t'arrivât un jour une histoire très désagréabe, et dont moi seule je pourrais te tirer. Je n'hésiterais pas, mon coco, je reviendrais tout de suite.

Elle l'embrasse longuement.

adolphe, se levant brusquement. — Ah!

mais... Ah! mais... Où vais-je? Mon Dieu! où vais-je ?

léontine. — Qu'est-ce que tu as?

adolphe. — Rien.

léontine, se rapprochant. — Mais...

adolphe. — Eloigne-toi, je t'en prie* Eloigne- toi.

Entre Virginie.

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