ACTE DEUXIEME
HENRI-
Eh bien! quoi, Henri?
SUZANNE, de môme.
Tu ne sens donc pas combien je t'aime et chaque fois...
HENRI, la repoussant.
Oh! je t'en prie, pas de scène d'amour, surtout... ah! non pas de scène d'amour... Au théâtre, dans les pièces, c'est déjà ennuyeux... chez soi, dans la vie privée, c'est ridicule! (un temps.) Si tu tious absolumout à me prouver que tu as plus que de l'affection pour moi, tâche de ne pas être ainsi continuellement sur mon dos... j'adore avoir mes coudées franches, moi... et d'une!
SUZANNE
Tes coudées franches!
HENRI
Oh! puis, ne soupire pas ainsi, je t'en conjure!
SUZANNE
Il n'y a pourtant que deux ans que nous sommes mariés et tu me traites comme une femme avec laquelle tu vivrais depuis vingt ans.
HENRI
C'est ça, je te conseille de te plaindre... mais plains-toi donc, je t'en supplie... (un temps.) Vois Arthur, il est marié depuis neuf mois seulement, est-ce qu'il ne fait pas ce qui lui plaît.
C'est qu'il n'a pas ça, pour sa femme, voilà tout... Du reste il la trompe assez, c'est toi qui me l'as dit.
HENRI, en s'asseyant.
Oh ! bien, ma foi !...
SUZANNE
Quoi?
HENRI
Rien.
SUZANNE
Je devine ce que tu allais me répondre... Pourquoi es-tu méchant, ainsi, gratuitement?... tu n'as cependant pas mauvais cœur.
HENRI
Moi ? certainement je n'ai pas mauvais cœur... j'ai trop bon cœur, au contraire, voilà ce qu'il y a de malheureux, voilà ce qu'il y a d'idiot j
SUZANNE
Qu'est-ce que je t'ai donc fait ?
HENRI, en se levant.
Ce que tu m'as fait ?
SUZANNE
Oui.
Ah ! non, voilà qui est risible ! Tu me demandes ce que tu m'as fait ? n'est-ce pas bien cela que tu me demandes ? Vois-ta, réponds-moi encore affirmativement ; sans cela, parole d'honneur, je ne le croirais pas !
SUZANNE
Eh bien ! oui.
HENRI
Tu ne t'aperçois donc pas que mon existence, depuis trois mois, est devenue insipide, infernale, effrayante !