‹ Les maris sans femmesChapitre 6 sur 23 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

MATHURINE, seule, les regardant s'en aller.

Ça frait-il un joli couple!... c' n'est pas comme les père et mère du nourrisson que j'ons depuis deux mois. Ah! 1' drôle de ménage! je n'ies ons pas vus une seule fois d'accord, et qu'est-ce qui met comme ça la guerre entre eux? c' qui ordinairement ramène la paix chez les autres... leur enfant, quoi! C M. Bernard est si vaniteux d'être père, qu'il prendrait volontiers une trompette et deux tambours pour le faire savoir à tout 1' monde , comm' si c'était un miracle; tandis qu' sa femme , tout au contraire, n' veut pas seul'ment qu' personnes' doute qu'elle est mariée , comme si c'était une honte ; et si je 1' sais, moî, Mathurine , qu' allaite l'enfant , c'est qu'elle n'a pas pu me 1' cacher... j' connaissons si ben toutes ces manig*ances-là ;

Air : Suzon sortait de son village.

Un' bell' dame d' Paris n" 'amène En tapinois un p'tit marmot, S' disant sa tante ou sa marraine, Pour ne pas dire le fin mot.

Elle a beau faire, A sa magnière De me prier, D' ben veiller, d' ben choyer, Puis à sa mine, Inquiet', chagrine Quand vient 1' moment D' s'éloigner de l'enfant, J' perçons tout d' suite le mystère Dont elle espérait s'env'lopper; Un' nourrie' peut quelq' fois s' tromper, Mais c' n'est pas sur la mère.

( Elle regarde à la cantonade. )

Ah! mon Dieu, qu'est-ce que je vois donc là-bas? un coucou; c'est M. Bernard, Dieu m' pardonne, et sa femme avec lui. Allons vite mettre, sans qu' ça paraisse, un maillot et un béguin blanc à l'enfant.

( Elle entre chez elle. )

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