PREFACE
le désert et parmi les profondeurs des eaux, leurs martyrs se sont abattus. Cependant, d'autres rivalisent pour les imiter ; car le goût de la gloire enthousiasme encore des jeunes hommes, que la prudence et l'égoïsme ne tentent pas.
L'un d'eux nous montre dans ce livre, combien cet héroïsme des idées et des actes modifie peu les faiblesses communes à tous. Une fort laide ambition, des manigances et des intrigues, des trafics louches, des complaisances blâmables, des haines injustes, l'envie, la morgue, la platitude, se disputent la suprématie dans ces âmes fortes, pourtant, et, de par leurs sacrifices, réellement supérieures. L'extrême savoir actuellement nécessaire aux chefs de la Marine ne les exempte pas de bêtise ni de préjugés ridicules. Ils nous paraîtront,^ tout à l'heure, entichés de préséances niaises et prêts à des bassesses malpropres afin de parvenir. Ce contraste, M. Seylor l'a noté sans indulgence, sincèrement. Son livre est révélateur de grandes misères morales. Une excellente sagacité psychologique éclaire l'auteur. Fibre à fibre, il dissèque les passions. Point de tare qu'il ne découvre, dans ces cœurs aux saines apparences. Les défauts du condottiere renaissent dans la nature de ces navigateurs instruits dix années sur les bancs des lycées et des écoles, aux leçons du Christ, de Caton et de Corneille..
C'est une raison âpre et impitoyable qui juge ici l'antinomie entre le caractère et le sens du devoir. Chose toujours surprenante, les défauts de l'un ne gênent guère l'autre. L'héroïsme et la vertu ne s'apparentent pas. La noble convoitise des dangers à courir n'exalte pas les sentimeLts élevés, dans l'ordinaire de la vie. Un coquin s'accommode d'être martyr et grand homme, et de faire, pour cela, tout ce