‹ Les MaritimesChapitre 2 sur 4 · PREFACE VII · texte numérisé non relu

PREFACE VII

qu'il faut. L'être complet semble la somme de certaines qualités admirables et de vices affreux qui, fraternellement, cohabitent.

On lira curieusement les belles pages consacrées au voyage du navire vers la Chine ; et, durant lequel, •es officiers peu à peu s'énen-ent, se taquinent, resserrés dans les flancs du bateau. Obhgés de se frôler sans cesse, de se tenir côte à côte, de se rendre des services de commande, de se surveiller, et de s'obéir, leurs vanités se rebiffent, leurs orgueils s'exaspèrent. Dans cette compagnie d'éhte, la haine la plus folle s'invétère. Chacun médit, menace, regimbe, vitupère, humilie et envie. Les caractères se précisent, redeviennent sauvages et souples. Les violences des instincts percent les masques imposés par fintelligence. A propos de la table commune, des menus, et du cuisinier, ces savants héros se' turlupinent, s'attaquent, se calomnient, se condamnent, se trahissent auprès des chefs, souhaitent, probablement, la mort et la ruine des adversaires.

A merveille, M. Seylor marque les étapes de cette effervescence qui corrompt une société de messieurs polis, contraints de vivre à l'étroit, devant la monotonie de la mer. Stendhal eût chéri cette façon d'analyser les mouvements d'âmes robustes et fières, que domptent ces fohes naïves des ancêtres, subitement ressuscitées. J'aime infiniment cette étude sereine et un peu féroce d'humanité perfide. Hélas, marins, fonctionnaires, artistes, boursiers, marchands, juges et soldats ne diffèrent point en cela. Dans un bureau de ministère, derrière un comptoir de magasin, autour des tables d'un cabaret esthétique, le long d'une salle de pas-perdus, sous les colonnes de la Bourse, comme dans un café de garnison, les mêmes hideurs de convoitises particulières gâtent le

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