INTRODUCTION
Jadis comme aujourd'hui, le soin de pourvoir à l'entretien intérieur des églises cathédrales et paroissiales était confié à des serviteurs laïcs. L'importance de l'édifice déterminait le nombre de ces oflftciers inférieurs. Par une exception à la règle commune qui les faisait désigner généralement du nom de servi^ sej'vitores^ bedeaux^ on les appelait à Notre-Dame de Paris, et dans quelques autres églises cathédrales, matrîcularii^ marguilliers. Ce nom désigne généralement ailleurs, à l'origine, les clercs préposés à la tenue du registre ou matricula où l'on inscrivait les noms des pauvres secourus par le clergé et, plus tard, des laïcs, élus par les paroissiens pour les représenter dans l'administration du temporel de l'église, nous dirions aujourd'hui des fabriciens^
I. C'est à établir cette différence d'origine et de fonction entre les marguilliers de Notre-Dame et ceux des autres églises parisiennes que paraît avoir été consacrée une thèse présentée à l'Ecole des chartes en 1849 par M. Boisserand de Chassey, et dont les Positions seules ont paru. Cette même différence a, par contre, échappé à M. l'abbé P. -F. Guélon, auteur d'un Essai sur les marguilliers des collégiales de France (Paris, 1905, in-8°), consacré surtout aux marguilliers de la collégiale de Saint-Genès à Clermont-en-Auvergne. La cathédrale de Sens semble avoir eu des marguilliers laïcs dont la situation et les fonctions n'étaient pas sans analogie
6 LES MARGUILLIERS LAÏCS [nS]
A l'époque carolingienne, la garde de la cathédrale de Paris était confiée à des marguilliers qui couchaient dans l'église et joignaient à leurs attributions ordinaires celle de distribuer le vin au clergé. C'est du moins ce que nous apprend une charte d'Eudes, comte de Paris, antérieure à son élection comme roi, c'est-à-dire antérieure à Tannée 887. Par cet acte, Eudes restitue à l'église des biens et revenus usurpés à Fontenay et à Charenton et il attribue aux marguilliers, en particulier, no muids de vin sur diverses villas, à charge pour celui qui sera de garde le jour de la célébration de son obit de distribuer aux frères de l'église 60 muids dudit vin^
C'est sans doute au ix^ siècle aussi qu'il faut placer une fondation et des libéralités faites par Nicolas, chantre de Paris, à l'église Saint-Etienne, au temps où celle-ci avait remplacé l'église Notre-Dame, détruite par un incendie ou tombée en ruines. Le don fait par Nicolas, relaté dans VOhitiiaire de Notre-Dame, comportait une somme de 200 livres à appliquer au marguillier qui sera au service de l'église et aura la garde de l'édifice 2.
avec celles des marguilliers de Notre-Dame de Paris (E. Chartraire, Cartul. du chapitre de Sens, Sens, 1904, in-S", passim). La cathédrale d'Amiens, au contraire, présentait une organisation toute différente pour le personnel des bas officiers de la Trésorerie, sonneurs, sergents et valets (M. Leroy, Employés du chœur et officiers de la cathédrale d'Amiens, Montdidier, 191 1, in-8°).
1. « Matriculariis vero qui in jam dicta ecclesia excubant, dono in villa que vocatur Très Molendinos modios vini lx, de Villa Nova modios x, de Verno modios xx, de Wasiringo modios xx; eo ordine ut, in die obitus mei, custos ejusdem ecclesie pro absolutione anime mee fratribus ipsius ecclesie dare studeat ex vino modios vini lx » (B. Guérard, Cartul. de l'église de Notre-Dame de Paris, t. I, p. 299).
2. « Item dédit ce libras implicandas ad sustentationem matricularii qui deserviet in illa ecclesia [Sancti Stephani Parisiensis] et habebit custodiam ecclesiae » (Guérard, t. II, p. 91). — La raison donnée par Guérard à rencontre de G. Dubois pour repousser l'identification entre le chantre Nicolas mentionné dans cette notice avec deux autres chantres homonymes vivant au xiii* siècle n'est pas péremptoire. Si, en 1218 comme en 1248, il y avait bien quatre et non pas un marguillier, comme le fait remarquer Guérard, on ne doit pas oublier que, pendant au moins la première moitié du xiii"' siècle un seul marguillier, le premier ou l'ancien, est en nom dans les chartes (voy. par exemple le règlement des stations de 1280, Guérard, t. III, p. 447, et ce que nous disons plus loin du marguillier ancien). Ce qu'il importe de marquer avec plus de force que ne l'a fait Guérard, pour conserver toute sa valeur à la thèse qu'il soutient.
[lig] DE NOTRE-DAME. y
A l'église, reconstruite après les invasions normandes et sans doute encore réduite à des dimensions restreintes, un seul serviteur suffisait. Peu ou point de souvenir n'est demeuré de ceux qui se sont succédé alors dans l'emploi de marguillier.
Le premier dont la trace est parvenue jusqu'à nous vivait au temps du roi Louis VII; il s'appelait Raoul Bordon ou Bourdon. Bien que portant un nom qui devait au cours du siècle suivant être honorablement connu dans la bourgeoisie parisienne', il était encore de condition servile. Il est vrai qu'un serf de l'église de Paris n'était pas un serf ordinaire, comparable aux serfs des seigneurs laïcs, c'était un serf improprement dit serf (servi vulgo improprie nuncupantur)^ affirme le pape Pascal II, un serf qui jouissait de l'une des prérogatives réservées à l'homme libre. Au même titre que celui-ci, le serf de l'église de Paris était admis à témoigner en justice, en vertu d'un diplôme royal de iio8^, confirmé par une bulle pontificale de 1114^. Personnellement, Raoul Bordon devait jouir d'une particulière considération. Sa femme Constance avait reçu de la famille royale un témoignage éclatant de con-
c'est que l'église « Sancti Stephani Parisiensis », mentionnée dans un texte des archives de Notre-Dame, ne peut s'identifier qu'avec la vieille église Saint-Etienne située à l'est de l'église Notre-Dame, qu'avec celle qui, de la fin du vu* siècle jusqu'au début du xi% fut appelée à plusieurs reprises, par suite des malheurs des temps, à être le siège de l'église cathédrale. Cette identification acquise, il est bien évident que la fondation de Nicolas est antérieure à l'institution des quatre marguilliers en 1204.
1. Renoult Bourdon, propriétaire d'une maison voisine de celle du chanoine Geoffroy en 1218 (Guérard, t. II, p. Siy); Renier Bordon, bourgeois de Paris, arbitre, en 1247-1248, avec le doyen et un chanoine de Notre- Dame, dans un différend entre l'abbaye de Saint-Antoine et les chanoines de Saint-Merry (Couderc, Cartiilaire et cerisier de Saint-Merry, dans les Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris, t. XVIII, p. 142, 145); Pierre Bourdon, 1264 (Guérard, t. II, p. 5io); Adam Bourdon, 1260 (Guérard, t. II, p. 5i2), échevin en i263 (Le Roux de Lincy, Histoire de VHôtel-de-Ville, 2" partie, p. 2o3); Guillaume Bourdon, prévôt des marchands en 1280 et 1296 (Ibid.); Etienne Bourdon, échevin en i3o4 {Ibid.); Jacques Bourdon, échevin en i3i4 [Ibid.), etc. On trouve aussi plusieurs personnages de ce nom dans les obituaires de Saint-Martin-des-Champs, de Saint-Germainl'Auxerrois et de la Grande-Confrérie. Encore aujourd'hui la rue des Bourdonnais rappelle le lustre dont jouit jadis la famille Bourdon.