Pièce justif
2. L'histoire topographique de cette région a été esquissée récemment par M. le D'" Ph. Daily dans la première partie de son ouvrage intitulé : Belleville, histoire d'une localité parisienne pendant la Révolution (Paris, 1912, in-4''); les documents qui existent en très grand nombre permettront certainement d'apporter de nouvelles précisions à cet égard et l'on verra paraître avec intérêt le travail que prépare M. l'abbé Paulus sur le fief Marcadé, et les monographies de La Villette et de Belleville, par M. Lambeau, qui doivent prendre place dans la collection de VHistoire des communes annexées à Paris en 18 5g, publiée sous les auspices du Conseil général.
fief était, en outre, aux mains des religieux de Saint-Martindes-Champs^
C'est dans cette partie du terroir de Paris que le censier du début du xiv^ siècle situe divers revenus fonciers dépendant de la marguillerie laïque de Notre-Dame.
i» 12 deniers de fonds de terre et la dîme sur un arpent et demi et demi-quartier de vigne au Martroi, au-dessus du gibet, ayant appartenu à Thibault de Chailly, et tenus, au début du xiv« siècle, par Charles Bourgot, de la Villette.
Une charte de i336, que nous analyserons plus loin, précise : au-dessus du gibet, très haut au-dessus, « bene alte », et fournit sur les occupants, les uns antérieurs, les autres contemporains de l'acte, quelques renseignements complémentaires : cette terre avait appartenu successivement à Thibault de Chailly, puis à Raoul de Pacy, clerc des Bourgeois, puis à Charles Bourgot, qui l'avait reçue à rente dudit Raoul; elle était partagée en i336 entre la veuve de Richard^ Bourgot et André Brice. Ces indications font remonter, quant aux tenanciers, au moins jusqu'au xiii^ siècle puisque nous avons deux noms antérieurs à celui de l'occupant de i3ii-i3i6, et que le moins ancien de ces noms est celui de Raoul de Pacy, personnage qui fut clerc du Parloir aux Bourgeois de 1290 à i3o5^.
Nous n'avons pas rencontré d'autre exemple du lieu-dit le Martroi en ces parages, mais l'indication « au-dessus du gibet » ne laisse guère de doute qu'il s'agisse ici de quelque terroir situé sur les flancs de la butte de Chaumont.
Le gibet dont il s'agit ici est, en effet, le célèbre édifice de Montfaucon qui s'élevait dès le temps de Philippe-Auguste entre les territoires de Saint-Martin et de Saint-Laurent sur un emplacement correspondant à peu près au quadrilatère formé par le quai de Jemmapes, la rue des Écluses-Saint-
1. Accord de septembre i233 (Guérard, t. II, p. 476; cf. p. 619, et t. III, p. 439). Voy. aux Arch. nat. les cartons S 2i3 à 2i5.
2. Peut-être ce prénom Richard n'est-il qu'une incorrection du copiste du XVI' siècle qui nous a conservé le texte de l'acte de i336 et faut-il lire Charles Bourgot; à moins, si la leçon Richard est bonne, qu'il ne s'agisse ici d'un fils et héritier de Charles, décédé lui-même et ayant laissé son bien à sa veuve.
3. Le Roux de Lincy, Histoire de l'Hôtel-de-Ville de Paris, i'* partie, p. 178.
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Martin, la rue Grange-aux-Belles, la place du Combat (boulevard de la Villette) et la rue Bichat\
Il suffit de considérer un plan de Paris ou d'avoir quelque connaissance des lieux pour placer sur les pentes des Buttes- Chaumont une pièce de terre située haut au-dessus du gibet. S'il demeurait quelque doute à cet égard, il suffirait, pour le lever, de se reporter à un passage du censier de Saint-Merry, où il est question d'une pièce de terre « en Chaumont », au-dessus du gibet^. L'Atlas de la censive de l'Archevêché ne fait pas rentrer les parages du gibet et de Chaumont dans le fief de l'évêque; mais il ne faut pas oublier que la seigneurie des marguilliers avait été constituée d'un commun accord parle Chapitre et par l'évêque ; or, les lieux dont il s'agit ici se trouvaient dans le Cens commun du Chapitre et de Saint-Lazare, ce qui explique la lacune apparente de V Atlas. Un accord de 1239 entre les chanoines et le prieur concerne quatorze arpents « circa gibetum » et quatorze arpents trois quartiers « apud Calvum montem y>^. Un acte de janvier i255 concerne une vigne momentanément transformée en carrière à plâtre, sise « versus patibulum parisiense ))^. Plusieurs chartes du xvi« siècle rela-
1. M. Halphen, dans son Paris sous les premiers Capétiens, p. 86, place le gibet, d'après des chartes de 1 189-1223, entre les églises Saint-Laurent et Saint-Lazare, nous pensons que c'est là une interprétation trop rigoureuse de textes qui n'offrent pas une telle précision; ces documents situent le gibet entre le val Saint-Martin et le territoire de Saint-Laurent; ces indications topographiques conviennent bien au gibet du xiv° et du XV* siècle (A. de Lavillegille, Des anciennes fourches patibulaires de Montfaucon, i836, in-S»; F. Maillard, le Gibet de Montfaucon, i863, in-i6). Au temps de Hugues Aubriot, on avait dressé en face du grand gibet de Montfaucon un gibet neuf dit Happe-Pillart (Le Roux de Lincy, Hugues Aubriot, p. i3). Inutilisé comme lieu de justice au xvir siècle, Montfaucon servit de voirie publique. Il fut alors, tout en conservant, à titre symbolique de la justice royale, des fourches patibulaires, déplacé à plusieurs reprises; mais il ne servit plus que de cimetière pour les suppliciés et de décharge. Le lieu de justice ayant lui-même été supprimé en 1790, la voirie subsista jusqu'au cours du xix" siècle. Dans le voisinage s'étaient établis de nombreux clos d'équarissage et usines de poudrette (Perrot, Impressions de voyage, Montfaucon, son gibet, sa voirie, son écorcherie, 1840, in-i8).
2. Publié par M. C. Couderc dans le tome XVIII des Mémoires de la Société de Vhistoire de Paris, p. 241.