‹ Les marrons glacés, comédie mêlée de chant, en un acteChapitre 29 sur 36 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

CQURCHAMP, MAREUIL \

COURCHAMP

Eh bien !.. tu n'y as pas tenu... tu y as été ?

MAREUIL

Et je suis tombé au milieu des préparatifs d'un dîner,, d'une soirée... j'ait tout cassé!

COURCHAMP

Ça a été chaud ?

MAREUIL

Très-chaud !

COURCHAMP

Te voilà bien avancé.

Ça soulage ! (Avec rage.) Je casserais bien encore quelque chose.

COURCHAMP

Voyons, voyons, un peu de sang-froid, et compare, je t'en prie, ta situation à la mienne.

MAREUIL

Pourquoi faire?

COURCHAMP, le prenant par la main et le menant devant la glace de la cheminée.

Tiens... viens là **. et regarde la différence qu'il y a entre l'homme passionné et l'homme calme, Fhomme serein... r,e,i,n !

MAREUIL

Ah bah! laisse-moi donc tranquille!

COURCHAMP, le retenant.

Non , je t'en prie... pour te convertir... regarde mon teint clair, mon œil limpide, mon sourire radieux... comme on voit bien que je n'ai rien à me reprocher... non , mais rien... là... comme j'ai bien l'air d'un mari qui vient d'aller chercher une douzaine de gants pour sa femme !

MAREUIL

Eh bien! après? je ne peux pas me mettre à aller chercher des douzaines de gants à ma femme !... elle met les miens!

COURCHAMP

Tandis que toi, avec ton chapeau enfoncé sur les yeux, tes regards effarés , ton habit boutonné de travers, ton front soucieux... on voit ta faute, elle est écrite en lettres majuscules, sur ton visage !..,

Non, tiens... vois-tu, je veux savoir le nom de mon rival.

COURCHAMP

Bah! ton rival !... as-tu seulement une preuve?...

32 LES MARRONS GLAGÉ3.

MAREUIL

Oui, parbleu î... en mettant tout sens dessus dessous, j'ai trouvé...

COURCHAMP

Quoi donc?

MÀREUIL.

Un sac de marrons glacés.

COURCHAMP

Ce n'est pas une preuve, ça...

MAREUIL

Et des vers.

COURCHAMP

Des vers?

MAREUIL

Que voici, (il lui donne un billet.)

COURCHAMP, mettant son pince-nez.

Voyons? (Lisant.)

« C'est trop longtemps dissimuler ma flamme! niant.) Oh! oh ! flamme... Je parie que ça va rimer avec âme... tu vas voir...

MAREUIL

Va donc !

COURCHAMP, lisant.

« Sans me plaindre une fois, je ne veux pas mourir : « Vos yeux ont fait le mal, je m'adresse à votre àme.

(s'interrompant.) Quand je te le disais... àme... ou oriflamme, il

n'y avait que ça.

MAREUIL

Mais va donc !

COURCHAMP, achevant.

à votre Ame

« Qui seule a le pouvoir secret de me guérir ! »

Mais, c'est très-mauvais... ce sont des vers de mirlitons!

MAREUIL

C'est moi qui le guérirai, ce Monsieur, je le tuerai!

COURCHAMP

Tuer! tuer! tuer! tuer!... je te trouve superbe, ma parole d'honneur!... on ne tue pas les gens pour ça... Voyons... tu occupes un appartement qui te plait... mais tu n'as pas de bail... le propriétaire trouve à le louer plus cher à un autre... il te met à la porte... on ne tue pas pour ça le nouveau locataire...

Air de l'Artiste.

Connaissant mieux l'usage Et craignant un congé, Tout, à ton avantage, Pouvait être arrangé : Oui, prudent locataire

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