SCÈNE lï. 5 CÉCILE
C'est vrai , et je l'ai prévenue, avant son mariage, en temps utile, avec une franchise un peut vive peut-être : a Vous êtes « jalouse, lui ai-je dit; vous prenez un mari plus jeune que « vous, vous ouvrez la porte aux chagrins. » qui du reste savent bien entrer sans frapper.
OSCAR
Pas chez vous, Madame, je suppose?
Oh! non! et ceux-là surtout; car moi, j'ai bien le meilleur des maris!..
OSCAR, à part.
Tant pis!
CÉCILE
Du reste j'ai averti monsieur Courchamp; pas devant M. le maire, mais avant M. le maire.
OSCAR
De quoi donc?
CÉCILE
Que si jamais il donnait le moindre coup de canif au contrat, moi...
OSCAR, riant.
Àh! très-bien, très-bien!..
CÉCILE
Mais je suis bien tranquille... Libre de choisir un mari à mon gré , j'ai fait justement le contraire de ce qu'a fait madame de Mareuil. Je l'ai pris pas trop jeune, pas trop beau, par la raison que voici : tous les matins, mon mari se rase, et son petit miroir, qui est plein de bon sens, lui tient ce discours : « Courchamp, tu n'es pas beau, Courchamp, tu n'es <x pas jeune... Courchamp sois aimable, sois généreux, sois « bon! »
OSCAR
Et il croit son miroir?
CÉCILE, riant.
Oh! Monsieur, un homme croit à tout quand il se tient le nez et qu'il a du savon Windsor dans la bouche.
COURCHAMP, en dehors, à la porte du fond.
Porte , s'il vous plaît!
OSCAR
Qu'est-ce que cela?
CECILE
C'est la voix de mon mari ; il vient d'acheter mes cadeaux de
jour de l'an ! (Elle va lui ouvrir.)
COUKCHAMP , de même.
Porte, s'il vous plaît!