‹ Les martyres de la ChariteChapitre 3 sur 38 · LA VICOMTESSE D'AVENEL · texte numérisé non relu

LA VICOMTESSE D'AVENEL

La place que M mo la Vicomtesse cTAvenel occupait dans la société parisienne était des plus brillantes. Elle avait su faire de son salon le rendezvous de toutes les élites. L'aristocratie des lettres, des arts, de la diplomatie, se rencontrait chez elle avec l'aristocratie de la naissance.

Elle était aimable, sa bonne grâce était charmante; avec un tact infini, un esprit délicat, elle savait mettre en lumière les mérites de ceux qui causaient avec elle.

Elle était enfin l'épouse qui convenait à un homme tel que M. d'Avenel dont les études sociales, publiées dans la Revue des Deux-Mondes, sont

si remarquées.

Au premier abord, M mo d'Avenel ne paraissait

pas mortellement atteinte.

Ramenée à son domicile, au cours de la soirée de ce fatal 1 mai, son mari espéra qu'elle n'avait souffert que de contusions sans gravité.

Le mal était infiniment plus grand qu'on ne l'imaginait.

La pauvre femme avait été atteinte de profondes blessures aux yeux, de lésions à la tête.

Elle souffrait abominablement.

Ce fut une nuit de tortures sans pareilles.

Au matin elle s'éteignait laissant son mari dans un indicible désespoir.

M a# d'Avenel était née Meinel.

Elle laisse une fille âgée de douze ans.

— ssii retourna sur ses pas.

Ce fut toute la nuit une recherche affreuse.

Enfin plus heureux — moins malheureux devrions-nous dire — que bien d'autres, M. de la Blotterie retrouva sans qu'ils fussent trop affreusement défigurés les restes de celle qui avait été la compagne affectionnée de toute sa vie.

M m * de la Blotterie avait quarante-cinq ans.

MADEMOISELLE ELISE BLONSKA

M 11 ' Élise Blonska était bibliothécaire de M. Jules Claretie. Elle était âgée de soixante-deux ans.

M lu Blonska était Russe. C'était une créature extraordinaire par le dévouement, par l'amour qu'elle avait pour les pauvres. Elle ne travaillait que pour pouvoir leur donner davantage.

Quant à elle, elle ne se connaissait pas de besoins.

Son déjeuner se composait d'un petit pain, un verre d'eau lui suffisait.

Ses yeux assez mauvais lui causaient des inquiétudes. Elle craignait de perdre la vue.

Est-ce pour cela que les aveugles avaient attiré la meilleure part de sa sollicitude?

Je ne sais !

Quoi qu'il en soit, elle vendait au Bazar de la Charité au comptoir de brosserie fabriquée par les ateliers d'aveugles.

Son cadavre était absolument méconnaissable.

On ne put ûxer son identité que grâce au corset orthopédique qu'elle portait.

MADAME

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