‹ Les martyres de la ChariteChapitre 37 sur 38 · MADEMOISELLE CHRISTIANE MEILHAC · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE CHRISTIANE MEILHAC

Le docteur Rochet était fort aimé dans le quartier Beaumarchais où, depuis de longues années, il exerçait son ministère.

Avec le tact qui vient du cœur, cet excellent homme savait mieux que pas un juger de la situation de ses clients.

Quelle que fût leur fortune ceux-ci avaient droit aux mêmes soins ; les plus pauvres étaient peutêtre les mieux partagés. Seulement à ces derniers le docteur oubliait toujours d'envoyer sa note...

M me Rochet avait été priée par M mo la comtesse de Malézieux de vendre avec elle.

Son obligeance habituelle l'avait décidée à accepter.

Elle était partie de bonne heure.

Vers le milieu de l'après-midi, le docteur vint la rejoindre accompagné de l'un de ses amis, M. Poidevin, et de la petite-fille de ce dernier.

Elle était charmante, cette Christiane Meilhac, dans la fraîcheur de ses quinze ans, avec ses longs

cheveux sur les épaules, sa robe rose et son chapeau couronné de muguet.

La première visite du docteur et de ses amis fut naturellement pour le comptoir de M mo Rochet.

Leur aumône faite ils se retirèrent.

Cependant le gracieux aspect de la salle les avait séduits; avant de sortir, ils voulurent parcourir la longue enfilade des comptoirs :

Cette innocente curiosité devait être payée de leur vie.

Ils étaient tout au fond du Bazar lorsque l'incendie éclata. Tout à coup environnés de flammes, ils ne purent arriver jusqu'à la porte.

Pendant ce temps, M B0 Rochet qui les croyait déjà loin, avait réussi à fuir. Non sans de douloureuses brûlures.

On peut juirer de son anxiété, lorsque arrivée à son dumirilc. elle n'y trouva pas son mari. Cette anxiété se elian-ea bientôt en une triste certitude.

Les «li'ux anii>, sur leur déclin, la jeune fille à son aurore axaient subi le même destin.

M. I Vide vin lui le premier retrouvé.

Quant à .M. Uuchft et àCbristiane Meilhac il fallut de patientes recherches pour retrouver d'eux

quelques Iraees.

Comme toujours ce lurent des lambeaux de vêlements encore adhé'-ents à leurs chairs brûlées qui Ie\èrenl 1rs derniers doutes.

M. Ktn.'bel portait allègrement ses soixante-sept ans. Ses clients, surtout ceux qui ne le payaient pas, le regrettent profondément.

fi-

si r

•ïf.

b luauuesiauon ann d'atténuer la rigueur du désastre.

Que la généreuse chrétienne qui, à elle seule, a voulu assurer aux Œuvres les ressources qu'un mois de vente leur eût données, nous laisse lui dire toute noire vénération, toute notre gratitude. Qu'elle nous pardonne aussi notre laconisme : les paroles nous font défaut pour exprimer ce qu'on ressent en présence d'un acte aussi magnitique, accompli avec tant de modestie, je dirai presque d'InunilitO.

Ce mol n'est-il pas d'essence divine.' Vuici venir ensuite celte jeune femme, française

Page 1