JOSEPH PUTOIS
Recouvrements de créances en France et à l'étranger
Renseignements de toute nature
Ventes et achats de fonds de commerce
Location d'immeubles
à Paris et à la campagne
Célérité et discréthn
On traite à forfait.
Un petit homme vint ouvrir et s'écria, en se frottant les mains :
— Vous? monsieur!... Une vraie chance... J'allais vous écrire...
— Avez-vous du nouveau?
— Oui... Donnez-vous donc la peine d'entrer... Dilson pénétra à la suite du petit homme dans un cabinet obscur entouré de
casiers verts avec les indications suivantes: Contentieux. — Recherches. — Cor-
res'pondance , etc. Sur un bureau de bois noir, une boîte à compartiments pleine de cartons de la grandeur d'une carte à jouer.
Un divan effiloqué portait, çà et là, des livres de jurisprudence et des manucrits. Quelques chaises de paille et deux fauteuils en acajou recouverts de drap bleu style Empire, complétaient le mobilier.
Au milieu de la cheminée, le buste en plâtre du célèbre M. Lecoq, coiflé de la casquette en peau de loutre de Joseph Putois, regardait le vide, avec ses grands yeux blancs de statue.
M. Putois ressemblait étrangement au petit animal dont il portait le nom : même museau agrémenté de poils roux, longs et raides; même nez rose aplati aux narines; même grimace débouche capricieuse aux dents fines et acérées. Ses yeux noirs aux lueurs de sang étaient dissimulés par des lunettes bleus.
L'agent d'affaires paraissait si petit, si fluet, sous sa jaquette et son pantalon gris souris, avec sa calotte de même couleur, que vraiment la comparaison s'imposait d'elle-même et que, tout autour de la chambre, on cherchait les lapins du Putois.
M. Putois avait quitté récemment les fonctions qu'il oc€upait à la Préfecture de police, pour se consacrer entièrement, disait-il, aux exigences de sa profession.
Venu de Lyon, pauvre et mal vêtu, il avait servi l'Empire et la République, et il profitait, dans son âge miir, des indications recueillies^ pendant vingt-cinq ans de service.
Dès que Dilson eut pris place en face de lui. Putois eut un sourire de triomphateur :
— J'ai retrouvé Georgette Roussellier...
— Parlez vite.
— Cette demoiselle a changé de nom. Elle s'appelle aujourd'hui la Bergamote.
— La Bergamote?
— Oui, monsieur... Un nom de guerre, comme elles en ont toutes. Elle demeure actuellement rue de Londres, 228, et elle passe pour la maîtresse d'un certain M. Karl Gismarck.
• — Alors, Georgette est?...
— Une horizontale, une chiffonnée, comme on dit aujourdhui... Autrefois, nous'disions une cocotte...
Petrus Dilson eut un « ah ! » d'écœurement,
— Voulez- vous des renseignements sur le baron Gismarck, l'amant de M"" Georgette? continua Putois.
— Liutile... Parlez -moi de Georgette...
— Parfaitement, monsieur... Après avoir traîné la misère dans tous les bouges de Paris jusqu'à l'âge de quinze ans, Georgette Roussellier est devenue la maîtresse d'un vieux monsieur seul, un nommé Gerbault, banquier, rue de
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('fiio. Puis, renvoyé par cet homme, Georgette est entrée au service de la famille de l'amiral Verlaine, rue Oudinol.
Putois crut devoir couper sa narration.
— La condition des femmes à Paris, dit-il, est déplorable... Voici une jeune fille qui...
— N'argumentez pas, je vous en prie. Poursuivez voLre récit... Nous |)liilosopherons ensuite. . .
— A vos ordres... Georgette se conduisait honorablement dans la maison Verlaine, lorsque le baron Karl Gismarck...
— L^a prise comme maîtresse?
— Oui... Et l'a installé, 228, rue de Londres... Elle est riche, monte à cheval...
— Bien, monsieur, écoutez-moi, interrompit l'Américain.
Et avec l'esprit synthétique des Yankees^ Dilson conta à l'homme d'affaires la scène qui venait de se passer à la cour d'assises, — l'intervention de Poitevine Raveaud et du docteur Hochecorne: les démentis formels de sœur Angélique.
Quand l'Américain eut fini de parler, l'ancien agent de la Préfecture de police fouilla dans la boîte aux fiches et il en tira un petit carton qu il lut, à haute voix :
— « Stanislas Hochecorne, docteur-médecin, rue de la Chaussée-d'Antin. Reçu docteur en 1852. — A habité successivement rue des Grès, 14; rueSouflot,22; rue de Lancry, 77. — A épousé en 1857, M"'" Héloïse Duchâtel qui est décédée à Paris, en 1882. — S'est remarié avec M"" Ilermance Lagrange. fille d'un ancien receveurdespostes.de Nemours. — D"^ Hochecorne, honorablement connu. — Bonne clientèle. — Passe pour riche et dévoué aux idées républicaines. »
Une fameuse canaille! dit Putois, en manière de conclusion.
— Le D' Hochecorne, une canaille?... demanda Petrus étonné.
— Mon Dieu, oui...
- — Cependant, vos renseignements
— Sont très bons, en apparence; je ne le conteste. pas; mais, regardez cette croix à l'encre rouge, au coin de la carte... Ici, à gauche...
Putois passa le document à son visiteur qui. put voir, en effet, à côté du nom de M. Hochecorne, une croix tracée à l'encre rouge suivie dv numéro d'ordre
— Que signifie ?...
— Vous allez le savoir.
L'homme d affaires prit dans un des casiers \ erts un gros livre à fermoir tle
cuivre :
— Voyez, dit-il à Dilson, en lui indiquant l'une des pages sur laquelle se trouvaient reproduits la croix rouge et le numéro 607.
Sur cette page, ou lisait :
123 — 422: — 0, xi-, 103. Z^ 50 — 3. 008 S, VV. 12'' 7 — 9,. 201. A-B. ,„ 908
L'ancien agent de la Préfecture de police donna la traduction suivante, à l'aide d'une clef :
+ 607 — Stanislas Hochecorne.
Docteur-médecin, rue de la Ghaussée-d'Antin. — Fréquente les tripots. — Vole au jeu. — Soupçonné d'avoir empoisonné sa première femme. — A surveiller. — Hostile au gouvernement républicain.
Puis, Joseph Putois, sans prendre gaide à l'étonnement de l'Américain, lut couramment les signes relatifs à Poitevine Raveaud :