P. R). — Poitevine Raveaud
A été condamnée trois fois pour vol, cinq fois pour vagabondage, deux fois pour ivrognerie. —Entremetteuse, capable de tout.
Le petit homme ferma avec bruit le gros livre, en disant :
— Ah ! oui, ça m'en donné du travail pour recopier tout cela !
— Alors, vous partagez mes doutes ? interrogea Dilson ... Vous pensez que je suis la victime de ces deux chenapans ?
— Oui... La lumière éclate, de tous côtés... La fille que l'on devait juger aujourd'hui n'est pas Marie-Marguerite, comme elle le prétend... Elle se nomme Jeanne Raveaud; elle est fille de la marchande de chiffons de la rue dû Poteau,
— Cependant, l'acte de décès...
— B'aux... archifaux...
— C'est impossible...
— Tout est possible à Paris...
— La lettre écrite par M"" de Beaulieu est bien authentique... J'ai reconnu l'écriture...
— Sœur Angélique vous a bien dit que jamais sa mère n'avait eu la femme Raveaud à son service?
— C'est vrai.
— Donc, M"^ de Beaulieu n'a pu écrire dans les termes que vous m'avez rapportés...
— Vous croiriez ?
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Charles prit la main de Marguerite.
Liv. 71
i62 LES MARTYRS DE LA VIE
— Que cette lettre a été extorquée à la folle de la maison de Clermont ?... J'en suis sûr...
— Dans quel intérêt?
— C'est ce que nous allons rechercher et trouver, si vous voulezbien répondre à mes questions.
— Vraiment, vous espérez découvrir la vérité ?
L'ancien agent de police étendit solennellement la main vers le buste de M. Lecoq, ridiculement coiffé d'une casquette de loutre:
— Je vous le jure sur la tête de ce grand homme... Ecoutez-moi bien, monsieur Dilson... Vous êtes très riche, n'est-ce pas?
— Je possède plus de deux cents millions, répondit simplement l'Américain.
— Mazette!...
— Sans compter l'exploitation de mes brevets qui représentent au moins le double de cette somme...
— Suffit h.. C'est à vos millions qu'on en veut... Avez-vousfait un testament?
— Oui.
- — En faveur de qui ?
— En faveur de Marie-Marguerite, ma fille naturelle, et à son défaut de ma sœur Georgette.
— Le testament est-il olographe?
— Non, le testament est établi par acte authentique... Je l'ai fait, étant malade...
— En présence de quatre témoins?
— De deux témoins seulement et de deux notaires...
— Parfait ! . . . Les témoins ?. . .
— M.Durand, l'un des administrateurs du Grand-Hôtel, et M. le docteur Hochecorne...
— Et le notaire?... Le notaire qui a reçu le testament?
— M^ Pilou de la rue Sainl-Honoré...
En entendant le nom du notaire. Putois s'écria :
— Pilou !. .. Pilou!... De mieux en mieux!... Et frappant sur le dossier de son livre :
— Il est là-dedans, M" Pilou, et bien noté, je vous assure !... Mais, continuons, je vous prie, d'autres personnes connaissaient-elles vos dispositions testamentaires?
— Mon nègre Eau-de-Benjoin...
— Votre domestique?
— Oui... un très honnête garçon...
— Et encore?... Petrus Dilson réfléchit :
LES MAUTYUS l>K LA Vlli oW
— En France? Personne... En Amérique?
— Ah !... en AmériqiPe?
—r A New-York, il y a un an de cela, j'ai fait part à un de mes amis de mes intentions...
— Cet ami se nomme?...
— ïinders !
— Tinders.
— Ce souvenir est peu important ; je ne l'aurais même pas rappelé, si, aujourd'hui même, à la Cour d'Assises, il ne m'avait semblé reconnaître mon confident...
— Tinders, n'est-ce pas ?
— Oui... Tinders... Vous le connaissez?
L'agent de police hésita ; puis brusquement, il dit :
— Non!
— Enfin, monsieur Putois, votre conclusion?
— Voici : tout le monde est capable de tout, lorsqu'une fortune aussi considérable que la vôtre est en jeu... Comprenez-vous maintenant pourquoi on a voulu faire passer Jeanne Raveaud pour votre lllle ?
— Pas encore.
— C'est tout bonnement pour vous contraindre à rayer de votre testament une 11 lie indigne...
— Telle est, en effet, mon intention...
— Vous changerez d'avis tout à l'heure, monsieur... votre frère Jacques n'avait plus rien à attendre de vous^ n'est-ce pas?
— Non... Depuis que j'ai appris en Amérique la condamnation ou plutôt l'évasion de Jacques. ..
— Ah! c'est en Amérique?... Et par qui avez-vous été renseigné?...
— Une lettre anonyme...
— Beaucoup de gens, en France, savaient que le docteur Dilson n'était autre que Pierre Roussellier ?. . .
— Personne... Si... Tinders, que j'ai reçu à un cottage que j'avais loué près de la ville...
— Très bien... Et Tinders connaissait vos intentions?
— Je me confiais à lui comme à un ami...
— Alors, monsieur le docteur, Jacques et Marit-Marguerlte étant éliminés, c'est Georgette, votre sœur, qui deviendrait votre légataire universelle :
— Oui... si je ne savais que Georgette...
— Est capable d'agir contre vous?
— Ne disiez-vous pas, il y a un instant...
Le petit homme gris se promena de long en large dans son cabinet de travail. Il murmurait :
— Faire déshériler Marie-Marguerite et Jacques pour que Georgette reste seule... Se débarrasser ensuite du docteur...
— M'assassiner?
— Parbleu! On a joliment essayé, vous le savez bien?... Mais, rassurez-vous, monsieur, Georgette n'est qu'un instrument, comme Jeanne Raveaud, comme Hochecorne et les autres.
— Je ne comprends plus...
— Vous mort, Georgette prendra'un mari et je serais bien étonné que ce mari-là ne s'appelât pas Tinders... A eux vos mitions !.,.
— Que faire?
Joseph Putois eut un fin sourire. Ses yeux clairs brillèrent de vives lueurs; il se frotta les mains, ses petites mains sèches qui rendirent un bruit de parchemin froissé :
— Monsieui le docteur, vous avez à lutter contre des gens très habiles. Eli bien, luttons !... Rendez-vous immédiatement chez M" Pilou; n'épargnez pas vos imprécations contre Marie-Marguerite... Faites bien entendre que vous ne voulez pas laisser un sou à une voleuse, aune meurtrière ; et puis, demandez au notaire de dresser un nouveau testament en faveur de Georgette...
— De Georgette?..,
— Oui.
— Alors, Georgette épousera ïinders... Et l'on essaiera encore de me tuer?...
— Certainement... Mais, nous interviendrons...
Petrus Dilson tira de son portefeuille trois billets de mille francs, qu'il remit à l'ancien employé de la Préfecture de police :
— Je suivrai à la lettre vos indications... Vous êtes très fort, monsieur Putois.
— On fait ce qu'on peut, monsieur le docteur... Tenez-vous sur vos gardes..- Je veille...